mardi 20 août 2019
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Guerre commerciale UE-États-Unis: Bruxelles manœuvre pour apaiser les tensions

Guerre commerciale UE-États-Unis: Bruxelles manœuvre pour apaiser les tensions

Malgré l’opposition de la France, l’Europe va aujourd’hui donner son feu vert à l’ouverture de négociations commerciales avec les États-Unis. Quasiment un an après la guerre déclenchée par Donald Trump sur l’acier et l’aluminium, il y a un espoir d’apaiser les tensions ?

Apaiser les tensions, c’est en tout cas le but recherché par les Vingt-Huit. Pour amadouer leur interlocuteur, ils se sont fixé des objectifs très modestes : élargir les pouvoirs des autorités de certifications et surtout réduire les tarifs douaniers, déjà très bas pour la plupart, sur les seuls biens industriels. Pas question de parler agriculture, ou même pêche, ont insisté les négociateurs français. Pas question non plus de rouvrir des discussions pour un grand traité type TTIP. Un contenu fidèle à la feuille de route de la trêve signée en juillet dernier par Jean-Claude Juncker et Donald Trump. Paris est 100% d’accord avec ce mandat. Et pourtant, la France votera contre. Paris refuse désormais de négocier avec un pays qui s’est retiré de l’accord sur le climat. C’est faire beaucoup de bruit pour pas grand-chose s’agacent en coulisse certains Européens. Car tout le monde sait très bien que cette main tendue des Européens ne sera pas saisie par Donald Trump.

En effet les négociateurs américains ne font pas du tout la même lecture que les Européens de cette fameuse feuille de route…

Ils jurent sur tous les tons que l’agriculture est concernée. Une différence d’interprétation, sincère ou pas, qui de fait bloque toute réelle avancée. Les altermondialistes accusent aussi Emmanuel Macron d’être dans une posture de façade. C’est vrai que le président a durci sa position sur le climat depuis que le vert Pascal Canfin a accepté d’être numéro deux de la liste En marche (LaREM) pour les élections parlementaires européennes. Mais il n’y a pas que le calendrier électoral qui motive la fermeté française. Paris considère que l’administration américaine a lancé les hostilités et que rien ne l’arrêtera, autant donc montrer les muscles. Les Allemands pensent a contrario qu’il est encore temps de faire changer d’avis le bouillant président. Il faut dire que l’industrie allemande est littéralement tétanisée par les menaces américaines.

Comme l’acier et l’aluminium, ce sont maintenant les automobiles fabriquées en Europe qui sont exposées à une hausse massive des droits de douane américains…

L’administration américaine a réalisé une enquête pour déterminer si ces véhicules exportés mettent en péril la sécurité nationale. Les conclusions ont été rendues en février mais non publiées. Donald Trump doit en tirer les conséquences au plus tard avant la mi-mai. Cette épée de Damoclès affole les Allemands, car ils sont en première ligne. Une hausse de 25% des droits pourrait réduire leur volume exporté de moitié du jour au lendemain. Voilà qui accélérera la délocalisation de l’industrie allemande sur le sol américain pour sauter par-dessus ces tarifs. Cela tombe bien, c’est précisément ce que cherche à obtenir Donald Trump. Une méthode expéditive mais radicale pour alléger le déficit commercial américain. Les États-Unis l’ont employé avec succès avec les Japonais dans les années 70-80 remarquer l’économiste Lionel Fontagné, un expert des questions de commerce international.

Comment Bruxelles peut éviter ce piège ?

En jouant la montre et la bonne volonté. Pour éviter que le conflit ne dégénère l’Europe fait donc mine d’être prête à ouvrir des discussions. L’objectif est selon la commission de « passer de la confrontation à la coopération ». Un peu sur le modèle de ce qui se pratique à l’OMC sur l’aéronautique : Boeing et Airbus s’étripent depuis quinze ans, c’est très coûteux financièrement, cela donne lieu à des coups de sang réguliers mais cela reste un conflit juridique, à basse intensité qui n’entrave pas les affaires très prospères des deux constructeurs.

Dominique Baillard

rfi

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