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Guichets uniques d’Afrique : des services améliorés et plusieurs défis à relever

Guichets uniques d’Afrique : des services améliorés et plusieurs défis à relever

L’expérience marocaine intéresse de près les nations africaines. L’inter-opérabilité entre guichets, un défi important selon les participants. Les métiers d’intermédiation doivent se réinventer.

 

Les guichets uniques du commerce extérieur d’Afrique se sont donné rendez-vous à Marrakech pour la 5e édition du Single Window Conference (SWC). Objectif : faire leur bilan d’étape, s’enrichir mutuellement des expériences pour améliorer leurs plateformes et offrir, in fine, des services plus efficaces à leurs usagers. Pour Jalal Benhayoun, DG de PortNet, cet impératif d’efficacité constitue la trame de fond de cette édition. Il cite à cet effet le discours du Souverain à Abidjan où il affirme que la coopération, hier basée sur les liens historiques, est aujourd’hui de plus en plus fondée sur l’efficacité, la performance et la crédibilité. S’exprimant lors de la séance d’ouverture, Mohamed Abbou, ministre chargé du commerce extérieur, souligne que le Maroc accorde depuis plus de deux décennies un intérêt particulier à la simplification des procédures et l’allègement des formalités du commerce extérieur à travers leur dématérialisation, étant conscient qu’ils sont des leviers majeurs de compétitivité et de modernisation de l’économie. De son côté, Aziz Rabbah, ministre de l’équipement et du transport, affirme que la tutelle travaille en continu pour renforcer la dynamique d’amélioration des services liés au commerce extérieur. Selon lui, PortNet est une réussite au vu de son utilisation et son positionnement national et international. Ce qui plaide pour sa généralisation, en cours, aux services du fret aérien.

C’est justement ce positionnement du guichet unique marocain qui le place en exemple pour plusieurs guichets de pays africains membres de l’Alliance africaine pour le commerce électronique (AACE). «Le partage d’expériences est le signe du grand intérêt que portent nos homologues africains et européens au modèle marocain», relève en substance Nadia Laraki, DG de l’Agence nationale des ports. Les responsables des guichets uniques du Bénin (Segub), Cameroun (Guce), Égypte (Eipt), Kenya (Kentrade) et Sénégal (Gainde 2000) ont ainsi exposé leurs expériences respectives et les points d’amélioration. Ils ont pour leur majorité souligné l’importance de la fluidification des échanges de données entre les autorités portuaires et l’inter-opérabilité entre guichets.

Tendre vers des ports intelligents

De leur avis, les liaisons sont de plus en plus établies entre les guichets nationaux à travers des alliances régionales dont le rôle est de mettre en place des systèmes interopérables. L’échange de données informatisées (EDI) a bien servi dans ce sens. Par ailleurs, «l’échange des données du commerce extérieur entre pays se révèle également être un moyen efficace de politique et de diplomatie», indique Virginia Cram-Martos, directrice de la Division de la coopération économique et du commerce à l’ONU.

En énumérant les voies de perfectionnement de leurs plateformes, les gestionnaires des guichets uniques veulent tendre au maximum vers des ports intelligents. «Les smart ports sont les seuls qui survivront», affirme Olaf Merk, administrateur des ports et de la navigation à l’ITF de l’OCDE. Pour lui, dans ces enceintes, il n’y a pas de gaspillage de temps, d’espace, d’argent et de ressources naturelles.

Cependant, pour atteindre cette intelligence portuaire, plusieurs défis se dressent devant les gestionnaires de guichets uniques. A leur tête, les mouvances réglementaires exigent une réactivité permanente des guichets pour s’adapter aux textes du commerce entre les nations. Selon les experts, il n’existe pas, à proprement parler, un cadre réglementaire institutionnel universel qui régit la marche des guichets uniques. Leur vocation première étant la facilitation du commerce et l’efficacité logistique à l’intérieur des frontières nationales. Toutefois, le caractère international du commerce fait apparaître des exigences fonctionnelles dépassant le cadre national, notamment la reconnaissance par le pays de destination des formalités électroniques accomplies dans le pays d’origine, et les règles d’interopérabilité entre plateformes. Du coup, la conception d’un guichet unique doit prévoir cet aspect évolutif afin de pouvoir prendre en charge l’ensemble des changements à venir.

Pour les métiers d’intermédiation des services du commerce extérieur, la dématérialisation des flux à travers les guichets uniques fait peser des menaces sur leurs activités. Par conséquent, comme l’estiment plusieurs panélistes, ces métiers classiques doivent se réinventer en offrant grâce à l’utilisation de la technologie plus de valeur ajoutée aux usagers et de nouvelles perspectives à l’international.

Un autre défi, et pas des moindres, réside dans la gestion coordonnée des frontières et procédures de contrôle. Si le volume de personnes et de marchandises ne cesse de croître, les ressources allouées à la gestion de ces flux n’augmentent pas proportionnellement. Pour les intervenants, il s’agit de trouver un équilibre entre facilitation et sécurisation du commerce. Ce défi se pose avec acuité aujourd’hui, étant donné que la chaîne logistique internationale est plus que jamais exposée aux menaces du crime organisé, des trafiquants et fraudeurs et du terrorisme. Aussi, les guichets uniques ne peuvent-ils remplir leur fonction sans une collaboration optimale entre les différentes parties prenantes du commerce extérieur dont les autorités portuaires, administrations, banques, intermédiaires et usagers. Ce qui constitue en soi un challenge vu la multiplicité des intervenants et la divergence de leurs objectifs.

 

 

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