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Guide des Startups : 12 recommandations pour réussir son projet entrepreneurial

Guide des Startups : 12 recommandations pour réussir son projet entrepreneurial

Fonder une startup n’est pas une mince affaire et en Tunisie cette affirmation est doublement valable. Financement, levée de fonds, relation avec les collaborateurs, recrutement, recherche du partenaire idéal, lenteur des procédures administratives … les startuppers sont confrontés à une multitude de difficultés d’ordre humain car monter son propre projet est un pari périlleux.

Entrepreneur téméraire, Haroun Bouchrit est le gérant du studio de jeux Nuked Cockroach et CEO de la startup tunisienne Polysmart spécialisée dans le développement de jeux vidéo. Sa startup a réussi à lever la somme considérable de 6 millions de dinars et emploie aujourd’hui 30 ingénieurs.

Dans sa poussée en avant, Polysmart a récemment obtenu l’autorisation F2 de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) pour transférer les fonds nécessaires à l’ouverture d’une filiale à Lyon, une première pour une startup en Tunisie. Curieux de découvrir cette jeune startup tunisienne qui a réussi là où plusieurs autres ont échoué, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, s’est rendu au siège de la startup à la Marsa lors de sa dernière visite en Tunisie.

Grâce à cette internationalisation en France, Polysmart va pouvoir finaliser le déploiement de son désormais jeu vidéo VETERANS ONLINE, actuellement en négociation avec la 4ème plus grande entreprise de “Publishing” de jeux vidéo en ligne dans le monde.

« C’est facile de raconter de belles choses une fois la guerre terminée. Moi, je suis encore en plein dedans et j’ai acquis une expérience que je voudrais partager avec ceux qui le souhaitent. Dans ce mini mémoire d’un startupper en plein front, je voudrais me focaliser sur le côté Humain » a t-il déclaré en adressant 12 recommandations aux startuppers tunisiens désireux de réussir leur projet entrepreneurial.

1/ L’importation d’idées et d’expériences venues d’ailleurs peut se révéler dangereuse

« Le startupper tunisien n’a rien à voir avec un startuper aux Etats-Unis ou en Chine. Les règles sont différentes d’un pays à l’autre, nous n’avons pas les mêmes inputs et on ne ne peut donc pas s’attendre à obtenir les mêmes outputs. D’ailleurs si 90% des startups dans le monde ne dépassent pas leur première année, ce n’est pas le cas en Tunisie où les startups ont une meilleure espérance de vie à la naissance » a avancé Haroun Bouchrit.

Pour expliquer ce phénomène, il a évoqué 3 raisons. D’abord, le temps en Tunisie est beaucoup plus dilaté qu’ailleurs car tout prend plus de temps. Ensuite, certains entrepreneurs tunisiens refusent de vivre l’échec et prolongent des projets déjà morts nés par peur « d’être stigmatisés, bannis de l’écosystème et de ne plus pouvoir accéder à un futur investissement ».

L’entrepreneur à la sensation qu’il n’a pas le droit à l’erreur et que son aventure entrepreneuriale est du OneShot. Dans la même lignée, les investisseurs ne doivent pas transmettre leur stress aux entrepreneurs ni dénigrer leurs échecs car cela engendre des entrepreneurs qui sont soit hésitants soit flambeurs, on se retrouve ainsi avec des startups dans un état d’agonie infini.

L’entrepreneur doit quant à lui préserver sa réputation et son sérieux pour sauvegarder la confiance des investisseurs pour d’autres projets futurs. Enfin, il arrive que certains investisseurs poussent trop les entrepreneurs vers le succès et continuent à retarder l’inévitable au détriment d’autres projets plus viables.

A la fameuse question « Pourquoi certaines startups ne décollent pas ? », Haroun Bouchrit a répliqué que le jour où on créera 300 startups par an on pourra parler de Success Story à la pelle. Cette sensation de pénurie de Success Story s’oppose selon lui à la flambée des séminaires, cocktails, évènements et workshops qui sont hypers médiatisés et induisent en erreur les startuppers.

2/ La patience et le sang froid

 

Le parcours d’un startuper est long et miné d’embûches mais tant que son produit est à jour et à la pointe de la technologie il ne prendra pas de retard. Il arrive que les levées de fonds prennent plus de temps que prévu et que les clients fassent des retards de paiement. Face à ces obstacles, Haroun Bouchrit recommande de se montrer patient et d’avoir du sang froid. « Je vois ça comme un jeu où à chaque fois que je prends une décision à chaud je perds une vie …Avoir du sang froid c’est avoir un Joker et c’est une chance de plus ! » a-t-il assuré.

3/ Le Recrutement 

« Il faut éviter de recruter les personnes trop enthousiastes qui changent de boîte de façon frénétique et les personnes peu innovantes qui attendent des instructions pour avancer. C’est à eux qu’il revient d’identifier les besoins du projet sinon ils deviennent de véritables fardeaux pour la startup », a indiqué Haroun Bouchrit. Par ailleurs, il se révèle très avantageux de payer ses collaborateurs au-dessus du prix du marché sans pour autant leur vendre du rêve. « Laissez-les découvrir une belle aventure sans pour autant faire une communication frénétique. Le porteur de projet ne doit pas non plus prêcher la bonne parole, le projet le fait à sa place ».

4/ La gestion des problèmes 

Selon le CEO de Polysmart, il ne s’agit pas de prévoir les problèmes ni de les résoudre instantanément dès qu’ils pointent le bout de leur nez mais de les régler avec 100% de concentration au moment le plus propice. Ceci sous-entend que le porteur de projet doit pouvoir intervenir à tout moment « sans paniquer et quel que soit la taille du problème ». L’idée est de rester “Focus” et de faire appel à son sang-froid.

5/ Le leadership 

Le fondateur d’un projet est un employé comme les autres a affirmé Haroun Bouchrit. Il est un employé ordinaire même si c’est lui qui passe le plus de temps au travail et que c’est lui qui connait le mieux les problèmes de tout le monde. Il s’agit d’un sacerdoce porté par les startuppers qui font presque vœux de chasteté lorsqu’ils se lancent dans leur projet.

6/ Levée de fonds et relations avec les investisseurs

« Il ne faut pas trop demander quand il est trop tôt et ne pas non plus sous demandé quand l’offre d’investissement arrive tard. N’attendez pas la dernière minute pour donner à vos investisseurs les meilleures raisons qui les pousseront à réinvestir dans votre boîte » a expliqué Haroun Bouchrit. Il a aussi avancé l’idée que de petites levées de fond étalées sur des années valent plus qu’une grosse et unique levée.

D’après son expérience ce que les investisseurs détestent c’est les changements de plan mais ce qu’ils exècrent encore plus c’est de ne pas comprendre les causes de ces changements. « La plupart des investisseurs n’ont jamais vécu d’expériences entrepreneuriales et ne peuvent donc pas se mettre à votre place. Il arrive aussi que l’intérêt de l’investisseur aille à l’encontre de l’intérêt de la startup. Imposez alors votre vision et vos choix non pas par un bras de fer mais avec des arguments concrets à l’appui » a-t-il conseillé.

7/ Le sens des responsabilités, la prise de conscience et le bridage émotionnel 

Le porteur de projet est responsable de tout et il ne peut pas blâmer qui ce soit en cas d’échecs. « Il faut arrêter de regarder les vidéos faisant l’éloge de l’émulation entrepreneuriale. Visionnez des vidéos d’atterrissage réussis d’avion ne fera pas de vous un pilote » a critiqué Haroun Bouchrit arguant que l’argent de l’investisseur n’est ni un don, ni un gain ni un crédit. « Votre ego doit être rangé dans un placard et le placard vendu au plus offrant, c’est du business, ce n’est pas personnel » a avancé Haroun Bouchrit.

8/ Votre premier jour au travail

« Le jour où vous craquez et que vous pouvez à peine quitter votre lit marquera votre véritable premier jour au travail et parce que cette situation vous accompagnera tout le long de votre parcours, le burnout maitrisé sera votre état normal » a affirmé le CEO de Polysmart. Ainsi, un entrepreneur efficace saura geler momentanément ses émotions sans se montrer hésitant.

9/ Trouvez le partenaire parfait 

Ce partenaire doit être quelqu’un qui vous facilite la tâche et qui va s’occuper de tout ce qui est compliqué comme le système bancaire, les factures, la comptabilité, les salaires, les Business plan, les comités. L’administration tunisienne à elle seule nécessite un fin stratège qui connait les rouages de la machine sur le bout des doigts. Ce partenaire est « une des clés de la réussite, il faut avoir de la chance pour le dénicher ».

10/ Voyagez et soyez une personne universelle 

Un startupper doit aller voir ce qui se passe ailleurs dès qu’il le peut. S’inspirer des personnes qui réussissent, découvrir les nouvelles tendances, placer son produit à côté de celui de ses compétiteurs apportera beaucoup au projet. Haroun Bouchrit a expliqué qu’il fallait être une personne universelle ayant la capacité de s’intéresser à tout ce qui tourne autour de son projet. L’entrepreneur doit spontanément porter plusieurs casquettes pour pouvoir communiquer avec ses multiples interlocuteurs, cela peut engendrer une certaine schizophrénie.

11/ Mon joli cauchemar !

L’entrepreneur doit être capable de profiter de la vie en même temps qu’il ressent du stress, l’insomnie, la dépression, la faillite et le doute. Dès que sa situation s’améliore, il doit se challenger. « Même lorsque le cauchemar touche à sa fin, j’en redemande car au final j’aime ce cauchemar » a avancé Haroun Bouchrit usant de l’adage de John Wilmot « Toute expérience digne d’intérêt ne peut être vécue qu’à nos dépends ».

12/ L’écosystème est le futur 

« Les bailleurs de fonds sont là et ils prennent des risques, la preuve chez Polysmart où nous avons réussi à lever 6 Millions de dinars, un montant que même des studios aux Etats-Unis ont eu des difficultés à récolter » a avancé Haroun Bouchrit.

Il a également relevé la multiplication des incubateurs de startups en Tunisie, le rythme de création qui s’accélère, les fonds plus conséquents et la promulgation récente de la Loi Startup Act. Concernant la BCT et le gouvernement tunisien, Haroun Bouchrit a indiqué qu’ils suivaient les évolutions et montraient leur soutien. « Je suis très heureux d’avoir participé à cette phase de la Tunisie et d’appartenir à l’éclosion de l’écosystème des startups qui est le plus dynamique de la région et même du monde, si on prend en considération les conditions du pays. Il y a une jeunesse vraiment prometteuse qui nous fera sans doute oublier cette médiocrité sans égale dont nous sommes témoins depuis la révolution », a-t-il conclu.

 Khawla Hamed

ilboursa

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