mardi 22 septembre 2020
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Harambe Entrepreneur Alliance, un réseau très discret né au cœur de Harvard University

Harambe Entrepreneur Alliance, un réseau très discret né au cœur de Harvard University
Depuis 2008, les membres de la Harambe Entrepreneur Alliance, engagés dans le développement de projets à impact en Afrique, ont levé près de 500 millions de dollars pour des sociétés dont la valorisation globale a atteint le milliard de dollars, tout en générant quelque 3000 emplois. Okendo Lewis-Gayle revient sur le réseau qu’il a créé en 2008 et qui mobilise aujourd’hui des investisseurs aussi puissants que Mark Zuckerberg, Jack Ma ou Oprah Winfrey.

La Tribune Afrique – Que représente la Harambe Entrepreneur Alliance à ce jour?

Okendo Lewis-Gayle – La Harambe Entrepreneur Alliance est une organisation enregistrée dans l’Etat du New Hampshire, aux Etats-Unis, créée en 2008. J’achevais mes études à Harvard lorsque j’ai lancé cette alliance « sous l’impulsion » de Barack Obama [le président américain exhorta Okendo à « atteler -son- chariot à quelque chose de plus grand que -lui,», à l’occasion de sa remise de diplôme, ndlr]. Le célèbre « Yes we can » était dans l’air du temps et je l’ai pris au mot…

L’objectif de la Harambe Entrepreneur Alliance est de permettre aux jeunes leaders africains d’avoir accès à la formation, aux marchés, aux capitaux et à des réseaux de soutien, pour développer des projets à impact en Afrique. Nous accompagnons « des gens ordinaires à faire des choses extraordinaires », car nous pensons que l’union fait la force [une orientation qui rejoint le célèbre « ubuntu » sud-africain : « je suis parce que tu es », ndlr]. En langue swahili, «  Harambee » signifie « travailler ensemble » […]

Depuis 2008, plus de 300 membres de notre réseau [les « Harambeans », ndlr] ont généré près de 3 000 emplois et collectés plus de 500 millions de dollars auprès de la Chan Zuckerberg Initiative, Google Ventures, GSK ou encore Alibaba. Aujourd’hui, la valorisation des entreprises des Harambeans s’élève à 1 milliard de dollars.

Comment sont réparties les activités des Harambeans en termes géographiques et sectoriels ?

Nous sommes présents dans des secteurs aussi variés que la Tech, les transports, la logistique, la santé, l’éducation ou l’agribusiness. Vous trouverez les Harambeans sur les principaux marchés africains tels que l’Afrique du Sud, le Nigéria, le Ghana ou encore le Kenya. Nous sommes également présents en Afrique francophone, que ce soit au Sénégal, au Cameroun ou en Tunisie.

Vous évoquiez Barack Obama. Quel soutien a-t-il apporté aux entrepreneurs africains ?

A mon sens, le président Obama a participé à soutenir la jeunesse africaine dans leurs projets entrepreneuriaux, à travers différents programmes, bien conscient qu’elle fait partie de la solution. C’est Barack Obama qui est à l’origine de la « Youth African Leaders Initiative », YALI, par exemple. L’objectif de ce programme qui relève du département d’Etat des Etats-Unis, est de constituer un réseau actif de jeunes leaders sur le continent. Chaque année, une sélection de « Young leaders » reçoit une formation de 6 semaines au sein des campus américains.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les jeunes entrepreneurs africains ?

L’un des principaux défis qu’ils rencontrent se situe au niveau des fonds d’amorçage. Lorsque vous avez besoin de 10 millions de dollars, vous vous tournez vers les acteurs de l’equity. Si votre besoin s’élève à 10 dollars, alors vous vous orientez vers la microfinance. Entre les deux, vous pouvez commencer à prier… Le risque est souvent considéré comme trop grand.

Quel est le rôle de la diaspora africaine en matière de développement sur le continent ?

Il est considérable au regard du poids des diasporas chinoise, israélienne ou indienne dans la croissance de leur pays respectif. Tous ces pays se sont appuyés sur leur capital humain et je pense que l’Afrique doit en faire autant.

Comment évolue l’intérêt des Africains-Américains pour le continent africain ?

En termes de lien « historique », la relation entre les Africains-Américains et le continent est longue, mais concernant l’entrepreneuriat, les échanges restent embryonnaires. On observe néanmoins un intérêt grandissant des Africains-Américains pour le continent depuis plusieurs années. Récemment Oprah Winfrey [la grande prêtresse des talk-shows américains, ndlr] a misé sur un Harambean au Nigeria et j’espère que ce n’est que le début d’un mouvement bien plus large qui favorisera l’investissement des Africains-Américains sur le continent.

Comment sont sélectionnés les membres de la Harambe Entrepreneur Alliance ?

Nous recevons plus de 3 000 candidatures par an et nous sélectionnons une trentaine de nouveaux membres. A l’origine, les candidats étaient surtout des étudiants de Harvard, d’Oxford ou d’autres grandes universités, mais aujourd’hui, les candidatures se diversifient. En substance, les Harambeans sont des Africains, issus des grandes écoles et universités du monde entier, portant un projet à impact en direction du continent. Notre réseau leur permet d’échanger sur les best-pactices de ceux qui disposent d’une expérience avérée en Afrique. Nous leur proposons également des fellowships à travers le monde.

De quelle manière avez-vous réagi à la pandémie de la Covid-19 ?

La pandémie nous a sévèrement impactés, consécutivement à la perturbation de l’écosystème entrepreneurial, au gel des marchés financiers et aux changements d’usages des consommateurs. Dans les mois qui viennent, 30% de nos membres pourraient se retrouver dans une situation critique. Plus des trois quarts d’entre eux ont signalé des besoins financiers allant jusqu’à 100 000 dollars pour soutenir leurs activités commerciales.

C’est la raison pour laquelle nous avons lancé le Harambean Prosperity Fund en juin 2020. Ce nouveau véhicule financier permettra d’accroître les flux de capitaux vers les entreprises gérées par nos membres […] Le Harambeans Prosperity Fund alloue 1 million de dollars aux Harambeans touchés par la crise du coronavirus, à travers des prêts à faible taux d’intérêt et des investissements en actions. Le financement que nous proposons est le suivant : 25 000 dollars pour les entrepreneurs dont les revenus par mois sont de 5 000 dollars [sur une période de 6 mois dans l’année, ndlr], 50 000 dollars pour les entreprises ayant levé 250 000 dollars [dette ou capitaux propres, ndlr] au cours d’une période récente, et 100 000 dollars pour celles qui ont levé au moins 1 million de dollars sur les douze derniers mois.

Quelles sont les principales réussites des Harambeans depuis la création du réseau ?

Parmi les réussites que nous comptons, je citerai Andela, créée en 2014, qui est présente dans une demi-douzaine de pays d’Afrique. La startup américaine s’est fixé pour objectif de former les meilleurs codeurs du continent avant de les mettre en relation avec les plus grandes entreprises technologiques mondiales. Flutterwave, une fintech nigériane créée à San Francisco en 2016, représente également un franc succès [la startup a levé 35 millions de dollars en janvier dernier, annonçant par ailleurs, un partenariat avec Worldpay FIS, ndlr], mais il en existe beaucoup d’autres…

Quels sont les grands rendez-vous de la Harambean Entrepreneur Alliance ?

Nous disposons de plusieurs rendez-vous réguliers comme notre Sommet annuel à Harvard, la rencontre au Parlement britannique ou bien des dîners à travers le monde. Tous les 2 ans, nous organisons également un événement au Vatican. Enfin, nous avons lancé un Global Summit [en partenariat avec Oppenheimer Generations Philanthropy, ndlr] réunissant des entrepreneurs et des investisseurs, qui se déroule en Afrique du Sud cette année.

afrique.latribune

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