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Intel, Qualcomm, Samsung… Qui a intérêt à racheter AMD ?

Intel, Qualcomm, Samsung… Qui a intérêt à racheter AMD ?

En galère depuis 5 ans, le fournisseur américain de puces AMD pourrait trouver son salut auprès d’un repreneur puissant. Sa position de seule alternative à Intel dans les processeurs au cœur des PC et serveurs et sa faible valorisation en font une proie attractive. Tour d’horizon des acquéreurs potentiels.

 

Officiellement, le fournisseur américain de puces électroniques AMD n’est pas vendre. En difficultés chroniques depuis 5 ans, il pourrait toutefois trouver son salut auprès d’un repreneur puissant. Cela lui donnerait les moyens d’alléger son endettement (2 milliards de dollars), d’accroitre son investissement en R&D et de tenir la course technologique avec son grand concurrent Intel, numéro un mondial des semiconducteurs. Sa capitalisation boursière raisonnable (environ 6 milliards de dollars) en fait une proie particulièrement attractive.

Alors une question se pose : qui a intérêt à le racheter ? Sur le blog boursier Seeking Alpha, l’analyste au pseudonyme “The Structure of Price” fait le tour des prétendants potentiels. Parmi les repreneurs les plus crédibles, il se penche sur trois grands noms : Qualcomm, Samsung et Intel.

Qualcomm, pour se diversifier dans les serveurs

N°4 mondial des semiconducteurs derrière Intel, Samsung et Broadcom, Qualcomm dépend presque entièrement des mobiles. S’il domine largement ce marché avec ses processeurs à architecture ARM, il est confronté à une concurrence croissante non seulement de fournisseurs de puces comme MediaTek, mais aussi de clients comme Apple, Samsung ou Huawei qui développent leurs propres circuits.

Pour sortir de cette dépendance, Qualcomm tente de se diversifier dans des marchés “adjacents”. C’est ainsi qu’il chercher à entrer, avec des processeurs à architecture ARM, dans les serveurs, aujourd’hui chasse gardée d’Intel. Mais cette technologie ne peut s’accaparer qu’une petite part du gâteau : celle des microserveurs, estimée par IDC à moins de 10% de l’ensemble du marché des serveurs en 2020.

Pour aller plus loin, Qualcomm a besoin de s’approprier l’architecture X86 de processeurs au cœur de l’écrasante majorité des PC et serveurs. Pour cela, il doit mettre la main sur AMD, la seule alternative à Intel dans cette famille de puces. Avec plus de 17 milliards de dollars de cash et une capitalisation boursière de 93 milliards de dollars, il en a amplement les moyens. Mais ce projet se heurterait au veto d’Intel qui licencie la technologie X86 à AMD.

Samsung, pour maîtriser le processeur graphique

N°2 mondial des semiconducteurs, Samsung est présent dans les processeurs mobiles à architecture ARM qu’il utilise essentiellement sur ses smartphones Galaxy S et Galaxy Note pour dépendre moins de Qualcomm. Pour les fonctions graphiques, il embarque aujourd’hui sur ses puces des cœurs Mali d’ARM. En mettant la main sur AMD, il accèderait à une technologie de traitement graphique bien plus performante, considérée comme l’une des meilleures au monde aux cotés de celle de Nvidia. Ainsi, il pourrait mieux se différencier de son rival Apple, qui embarque la technologie graphique d’Imagination Technologies, ou de Qualcomm qui développe sa propre technologie. Ce serait aussi l’occasion de se diversifier dans les serveurs et les PC, et de sortir du carcan des mémoires, qui représentent près de 70% de son activité dans les semiconducteurs.

Selon l’analyste, la transaction serait mutuellement bénéfique pour les deux parties en matière de production. AMD, qui sous-traitait jusqu’ici la fabrication de ses puces à GlobalFoundries et TSMC, pourrait ainsi faire fabriquer ses nouveaux processeurs Zen et Polaroid chez Samsung en FinFET 14 nm, l’un des procédés de fabrication nec plus ultra aujourd’hui. Et le géant coréen de l’électronique, qui a perdu le contrat de fabrication du processeur A10 de l’iPhone 7 au profit de TSMC, pourrait ainsi mieux remplir ses usines et développer son activité de fonderie. Mais là encore : la transaction se heurterait à l’opposition d’Intel.

Intel, pour barrer la route à des concurrents puissants

Le dernier mot pourrait revenir à Intel qui déciderait de se débarrasser, une fois pour toute, de son seul challenger dans les processeurs à architecture X86 en l’avalant. L’opération s’inscrirait dans une démarche défensive visant à éviter qu’AMD ne tombe entre les mains d’un acteur puissant comme Qualcomm, Broadcom ou Samsung, susceptible de le concurrencer mieux que ne le fait aujourd’hui AMD. Elle lui donnerait également accès à une technologie de traitement graphique bien plus performante que la sienne et lui ouvrirait le marché des consoles de jeu vidéo. Combiné à ses énormes moyens, cela le mettrait en position de rivaliser avec Nvidia, non seulement dans les jeux vidéo, mais dans le calcul intensif, où les processeurs graphiques sont appelés à la rescousse pour accélérer le traitement des processeurs classiques.

Mais cette opération conduirait à un monopole absolu d’Intel dans les processeurs à architecture X86. Elle aurait peu de chances d’être approuvée par les autorités de la concurrence.

Les chinois en embuscade

L’analyste évoque d’autres acquéreurs potentiels comme Broadcom, Microsoft ou TSMC. Il parle également des chinois qui dépendent entièrement des processeurs X86 d’Intel et d’AMD pour leurs PC et serveurs, et qui sont engagés dans une folle course à l’autosuffisance. S’il ne cite pas de noms, deux grands acteurs pourraient être intéressés : Tsinghua Unigroup, le fer de lance de l’offensive de Pékin dans les circuits intégrés, et HiSilicon Technologies, le bras armé de l’équipementier numérique Huawei dans les semiconducteurs. Mais Washington verrait d’un mauvais œil l’un de ses fleurons de la nanoélectronique filer en Chine…

 

 

Ridha Loukil / usine-digitale.fr

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