Accueil / International / Interview de Hollande: Le président a-t-il enjolivé son bilan économique?

Interview de Hollande: Le président a-t-il enjolivé son bilan économique?

Interview de Hollande: Le président a-t-il enjolivé son bilan économique?

FACT CHECKING Le chef de l’Etat a accordé un entretien au quotidien « Les Echos ». « 20 Minutes » a vérifié certaines de ses déclarations…

Brexit, impôts, présidentielle… Le président François Hollande a accordé un entretien au quotidien Les Echos, mis en ligne mercredi et publié ce jeudi dans leur édition papier. Dans cette (très) longue interview, le chef de l’Etat dresse notamment un bilan (très) positif de son action. A raison ? 20 Minutes a tenu à le vérifier.

Affirmation n°1 : « Les allégements accordés depuis 2014 ont déjà concerné 12 millions de contribuables »

VRAI. Des baisses de l’impôt sur le revenu (IR) ont été accordées en 2014, en 2015 et en 2016. Sur l’ensemble de cette période, elles ont effectivement permis à 12 millions de ménages, soit les deux tiers des foyers français, de voir leurs impôts baisser ou être annulés. Au total, 5 milliards d’euros de pouvoir d’achat leur ont ainsi été rendus, comme le prévoyait le Pacte de responsabilité et de solidarité. En 2016, 46 % des foyers s’acquittent de l’IR, contre 52 % en 2013, mais autant qu’en 2010.

Affirmation n°2 : « En 2015, nous avons fait mieux puisque nous avons réduit le déficit plus fortement que prévu »

VRAI ET FAUX. Dans la mesure où tout dépend de la date à laquelle le « prévu » fait référence. L’exécutif français a en effet présenté un déficit public de 3,6 % en 2015, contre 3,8 % attendus. Mais ces 3,8 % n’avaient été promis qu’en février 2015. Car avant cette date, la France était censée faire passer son déficit public sous la barre des 3 % dès la fin de l’année 2015. C’est ce à quoi s’était engagé François Hollande auprès de ses partenaires européens en 2013. Toutefois, il faut quand même rappeler que le déficit public de la France est passé de 87 milliards en 2012 à 70,5 milliards d’euros en 2015 et ce, malgré la faiblesse de la croissance et de l’inflation. Pour mémoire, ce déficit public avait atteint les 148,8 milliards d’euros en 2010, sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Affirmation n°3 : « Les régimes de retraite ont été équilibrés »

VRAI ET FAUX. Ils n’ont pas été « équilibrés » dans le sens où le système reste déficitaire, mais ils ont été « équilibrés » dans le sens où le système ne semble plus désormais menacé. Ainsi, en 2012, le Conseil d’orientation des retraites (COR) estimait que le solde financier du système de retraite s’établirait à -1 % du PIB en 2020. Grâce aux nouvelles réformes et aux nouveaux accords, il estime désormais que ce solde s’établira à -0,2 % du PIB en 2020. Si le système devrait revenir à l’équilibre dès le milieu des années 2020 et même dégager des excédents à plus long terme, ce ne sera pas sans effort : les futurs retraités perdront jusqu’à 18 % de leur pension de retraite complémentaire.

Affirmation n°4 : « Nous avons réduit le déficit de l’Assurance-maladie »

VRAI. Le déficit du régime général de la sécurité sociale est passé de 17,4 milliards d’euros fin 2011 à 6,6 milliards fin 2015. Et, en ajoutant le fond de solidarité vieillesse (FSV), le déficit de la sécurité sociale est passé de 20,9 milliards en 2011 à 10,8 milliards en 2015. Il a donc été pratiquement divisé par deux. Selon la commission des comptes de la Sécurité sociale (CCSS), ce déficit de la Sécurité sociale devrait se réduire encore en 2016, pour atteindre 9,1 milliards d’euros.

Affirmation n°5 : « Depuis 2012, il n’y a pas de domaine où les prestations ont été réduites »

FAUX. Bon, la phrase exacte de Hollande est : « Est-ce qu’il y a un domaine depuis 2012 où les droits aient été amputés, les prestations réduites, la protection sociale entamée ? ». Le chef de l’Etat sous-entend que non, mais la réponse est oui. Les prestations ont bien été réduites pour certains. Ainsi, le montant de la prestation d’accueil du jeune enfant (Paje) a été divisé par deux pour certains parents (ceux qui gagnent autour de 2.000 euros par mois et par personne, si leur enfant est né après le 31 mars 2014). Par ailleurs, le gouvernement a décidé fin 2015 de repousser du 1er janvier au 1er avril la date de revalorisation du RSA et de l’Allocation de solidarité spécifique (ASS), destinée aux chômeurs en fin de droits. Il a donc fait perdre à leurs bénéficiaires trois mois de revalorisation. Le gouvernement a également changé pour 2016 le mode de calcul des prestations sociales dans leur ensemble (RSA, ASS mais aussi allocations familiales, pensions de retraite ou encore allocations pour adulte handicapé). Ces deux mesures lui permettent de ne pas verser cette année 500 millions d’euros de prestations. Et ce, sans compter la réforme des APL (les aides au logement), dont les changements s’opéreront le 1er juillet et le 1er octobre. Au total, 750.000 personnes verront cette allocation baisser en 2016.

Céline Boff
20minutes.fr

Aller en haut