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Iran, le nouvel eldorado?

Iran, le nouvel eldorado?

Intransigeant lors des négociations sur le nucléaire, Laurent Fabius se rendra mercredi à Téhéran. Une première visite afin de faciliter le retour des entreprises françaises dans un marché à fort potentiel.

Deux semaines après la signature de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, les entreprises mondiales se pressent pour décrocher des contrats dans le pays des mollahs. Et pressent les politiques de se rendre rapidement à Téhéran pour les y aider. Ainsi Laurent ­Fabius se rendra-t-il dans la ­capitale iranienne mercredi alors qu’il y a seulement une semaine le ministre des Affaires étrangères disait vouloir observer un délai de décence avant de faire le voyage.

Le marché iranien et ses 80 millions de consommateurs potentiels auront donc eu raison des réticences françaises. Officiellement, le Quai d’Orsay assure cependant que cette visite est d’abord politique. Laurent Fabius ne devrait d’ailleurs pas être accompagné d’industriels français. Une erreur? Sigmar Gabriel, vice-chancelier et ministre de l’Économie allemand, n’a en tout cas pas eu cette pudeur quand lundi il atterrissait à Téhéran en compagnie d’une douzaine de chefs d’entreprise.

Alstom et le métro de Téhéran

Oui mais pour Paris, avant de parler argent, il va falloir régler des problèmes de taille : faire oublier sa position très dure vis?à-vis de l’Iran lors des négociations mais aussi sa diplomatie très favorable à Israël et aux monarchies sunnites du Golfe, ennemis héréditaires de l’Iran. Selon Azadeh Kian, professeure de sociologie à Paris-VII et spécialiste de l’Iran, l’obstacle ne serait pas insurmontable : “Si l’Iran veut faire payer à la France ses positions, cela se fera sur d’autres plans que celui de l’économie, comme les échanges scientifiques ou les visas touristiques.”

«Total n’a jamais coupé les ponts avec l’Iran.»

Faisant le pari d’un Iran ­magnanime, le Medef y organisera la visite d’une délégation d’entreprises en septembre. Mais les multinationales françaises n’ont pas attendu le syndicat patronal pour reprendre contact avec les Iraniens. Énergie, automobile, tourisme, agroalimentaire, transports… Des entreprises comme Alstom, Total ou Peugeot espèrent revenir en force dans un pays avec lequel ils n’ont jamais cessé d’échanger. Chez Renault, les discussions auraient commencé bien avant la signature de l’accord du 14 juillet. Le groupe va racheter des parts à son partenaire iranien, Pars ­Khodro. En fin d’année, il lancera aussi la production locale de sa voiture Sandero, vendue sous la marque Dacia en France.

De son côté, PSA espère décrocher un marché important : “40% des voitures qui roulaient en Iran avant les sanctions étaient des Peugeot, signale Pierre-Olivier ­Salmon, responsable communication du groupe. Aujourd’hui, nous nous tenons prêts. Nous avons le potentiel pour détenir un quart du marché automobile d’ici à 2020.”

“Le génie industriel français est évident”

De son côté, Alstom souhaite rénover et développer le métro de Téhéran et le transport ferroviaire entre les principales villes du pays. Mais c’est surtout dans le domaine de l’énergie que le pays fait des envieux. Grand producteur de ­pétrole, il détient la deuxième réserve mondiale de gaz. Les ­pétroliers français ont bon espoir d’en tirer profit. “D’autant qu’on n’a jamais coupé les ponts avec l’Iran, confie une source haut placée chez Total. La fidélité paie dans une industrie à cycle très long.”

Les entreprises françaises jouissent aussi d’une image positive grâce à la qualité de leur offre. Pour Kami Haeri, avocat d’origine iranienne, “le génie industriel français est évident. Les Iraniens ne vont pas bouder les entreprises françaises”. Avec sa collègue ­Mahasti Razavi, iranienne elle aussi, il dirige le desk iranien du cabinet August & Debouzy. Leur clientèle, des groupes industriels souhaitant se développer en Iran, vient chercher des conseils ­juridiques et culturels. Pour ­Thomas Flichy de La Neuville, chercheur en relations internationales à la Sorbonne, “le levier culturel est le seul moyen pour la France de décrocher des contrats. La réussite des entreprises françaises dépendra de l’approche de leurs patrons”.

Éléonore Payro – Le Journal du Dimanche
lejdd.fr

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