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Jacques Kamenga : « (…) Gécamines a bien soumis une offre de rachat de TFM à TF Holdings »

Jacques Kamenga : « (…) Gécamines a bien soumis une offre de rachat de TFM à TF Holdings »

Jacques Kamenga : « Je peux vous annoncer que Gécamines a bien soumis une offre de rachat de TFM à TF Holdings » (Entretien)

La Gécamines, compagnie minière appartenant à l’Etat de RDC, a présenté une offre à la société américaine Freeport McMoran, pour acquérir la participation de cette dernière dans le projet de cuivre Tenke Fungurume Mining. L’information a été annoncée à Reuters par le directeur général par intérim de la Gécamines, Jacques Kamenga, et constitue un nouvel épisode de ce feuilleton impliquant le premier producteur de cuivre du pays.

Tout a commencé en mai, lorsque Freeport, 18ème plus grande compagnie minière au monde selon le dernier rapport de PwC, a accepté de vendre sa participation de 56% dans le projet, à China Molybdenum pour 2,65 milliards $. L’Etat avait alors réagi, traitant d’unilatérale la décision qu’il n’a apprise qu’à travers les médias, et appelé la société à honorer ses engagements vis-à-vis du pays. Un peu plus tard, Freeport avisait du droit de première offre dont disposait la multinationale Lundin (détenant 30% dans le projet), pour acquérir sa participation. Elle a alors accordé à Lundin, jusqu’au 8 août pour exercer ce droit, date qui, à la fin du mois de juillet, a été reportée au 15 septembre prochain.

Le projet Tenke Fungurume porte sur un des plus grands gisements de cuivre et de cobalt au monde, dans des concessions contiguës couvrant plus de 1500km² au Katanga.

Jacques Kamenga, directeur général par intérim de la Gécamines, nous livre ici son point de vue sur cette affaire :

Quelles sont les autorisations que la China Molybdenum doit obtenir pour finaliser son projet d’achat de TFM ?

Écoutez, il faut déjà rappeler ce dont il s’agit. Du jour au lendemain, Gécamines, qui détenait 100% des permis de Tenke et Fungurume et qui a un accord de coopération et de développement avec Lundin et Freeport, découvre par les media que Freeport a décidé de se retirer définitivement du projet, en vendant aux Bermudes sa participation indirecte de 56% à China Molybdenum. D’après ces annonces de Freeport et China Molybdenum, la vente était définitive sous réserve, en autres, de certaines autorisations, notamment celle des autorités chinoises et de diverses agences de Turquie, de Zambie ou d’Afrique du Sud. La RDC, où se trouve la mine, et Gécamines n’étaient mentionnés nulle part.

Gécamines a fait savoir, dès qu’elle a pris connaissance de l’opération, que la liste des autorisations était incomplète dans la mesure où il lui paraissait évident qu’une autorisation préalable de la RDC était nécessaire. Vous devez savoir que cette condition a été rappelée hier encore par l’État aux parties concernées. En outre, non seulement Gécamines devait également approuver un éventuel changement de contrôle de TFM, elle s’est surtout aperçue que les termes de la cession telle qu’annoncée constituaient une possible violation de son droit de préemption. En effet, si Freeport et China Molybdenum avaient bien évoqué un droit de préemption au profit de Lundin, elles ont parfaitement passé sous silence les droits de Gécamines, ce qui est totalement inacceptable. C’est l’une des causes du blocage du dossier aujourd’hui.

Gécamines s’étonne d’ailleurs que Freeport et China Molybdenum continuent de traiter à la marge, notamment dans le cadre de leurs communications, ces différents obstacles. Les conditions de réalisation défendues par Freeport et China Molybdenum sont incomplètes selon nous. Il va falloir maintenant qu’elles fassent connaitre la position de la RDC et de Gécamines.

Quelle possibilité existe-t-il d’un rachat par Lundin des parts de Freeport à la place de China Molybdenum ? Est-ce que quelqu’un a fait une offre selon vos informations ?

Ici encore, les problèmes posés sont sérieux. Depuis le 9 mai 2016, date de l’annonce de l’opération Freeport-China Molybdenum, on parle du ROFO, c’est à dire du droit de préemption de Lundin. À l’examen, il nous a semblé que ce droit de préemption n’est pas fondé. Selon les informations publiques communiquées, Freeport propose de vendre à China Molybdenum les actions d’une société dans laquelle Lundin n’est pas actionnaire. C’est pourquoi tout le monde s’interroge sur le fondement du ROFO de Lundin. D’autant que Freeport conteste le droit de préemption de Gécamines en faisant valoir que les actions cédées ne sont pas celles de TFM, dans laquelle Gécamines est actionnaire. De son côté, sans expliciter ce droit, Lundin a fait des annonces et des déclarations qui évoquent différentes options, en particulier la possibilité pour elle de racheter les actions mises en vente par Freeport en lieu et place de China Molybdenum. Elle n’exclut pas non plus de se désengager elle-même de TFM et de vendre sa participation. Vous voyez l’absurdité de la situation. Un beau jour, alors que les accords prévoient un droit de préemption au profit de Gécamines, Gécamines se verrait imposer un nouveau partenaire reprenant la totalité des droits de Freeport et de Lundin et de surcroît opérant Tenke, sans que Gécamines n’ait eu un avis à donner.

La vérité, selon nous, est que dans le contexte de l’opération Freeport-China Molybdenum, aucune de ces voies n’est viable, parce que nous considérons que l’opération est intrinsèquement mal conçue et relève d’une tentative de contournement du droit de préemption de Gécamines. Cette opération de base étant viciée, Lundin ne peut valablement en tirer de droits, qu’il s’agisse pour elle de bloquer China Molybdenum ou de vendre elle-même à cette dernière. Et il est encore moins concevable que Lundin bloque China Molybdenum grâce à un droit de préemption contestable pour revendre le tout à des tiers, au mépris des droits de Gécamines et de l’État, comme cela a pu être annoncé récemment. Les mêmes motifs qui ont bloqué Freeport bloqueront Lundin.

Est-ce que la Gécamines envisage de proposer à Freeport de racheter, avec des partenaires, la participation de Freeport directement dans TFM ? Avec quels partenaires et d’où viendrait le financement ?

En effet, des informations publiques indiquent que Freeport a pris la décision irrévocable de se retirer de TFM. Dans ces conditions, c’est la responsabilité de Gécamines, en tant que titulaire d’origine des permis et actionnaire actuel de TFM, de proposer une voie de sortie convenable et respectueuse des droits de tous. Vous avez raison, je peux vous annoncer que Gécamines a bien soumis une offre de rachat de TFM à TF Holdings, l’entité commune qui porte la participation de Lundin et Freeport dans TFM. Il s’agit pour nous de structurer une nouvelle joint-venture, avec de nouveaux partenaires, pour faciliter la sortie de Freeport et rassurer l’État et les travailleurs.

C’est une bonne nouvelle, nous avons en effet reçu des propositions sérieuses de potentiels partenaires industriels et financiers, qui apporteraient le financement, et avons fait savoir, sans trahir de secret, que notre schéma n’excluait pas China Molybdenum, compte tenu de l’importance stratégique que représente Tenke pour leur plan de développement dans le secteur du cuivre, un secteur nouveau pour cette société.

Des hauts responsables de China Molybdenum étaient à Kinshasa récemment pour rencontrer des ministres et responsables de la Gécamines. Est-ce que vous étiez satisfaits avec ce qu’ils ont dit ?

Nous ne pouvons pas parler pour les autorités. En ce qui concerne Gécamines, je pense pouvoir dire qu’il y a eu une prise de contact.

Si Lundin ne rachète pas des parts de Freeport à la place de China Molybdenum et que Freeport insiste pour vendre à China Molybdenum, est-ce que vous pouvez envisager prendre des mesures pour bloquer la transaction ?

TFM est la plus grande entreprise minière du pays. Personne ne devrait jouer avec elle. Les problèmes posés par le dossier Freeport sont si nombreux et sérieux qu’il faut espérer que nos interlocuteurs descendent de leur posture et cessent de tenter de faire du juridisme. Et disons-le clairement, si China Molybdenum est si déterminée à mettre la main sur TFM, le bon sens commande qu’elle soit plus à l’écoute des sentiments du pays hôte et du partenaire potentiel Gécamines, plutôt que de celui qui attend de recevoir son chèque pour se retirer. Gécamines est absolument convaincue de la force et de la pertinence de ses arguments contre le schéma présenté. La question n’est donc pas de savoir si Gécamines envisage de bloquer l’opération. L’opération est mal conçue. Elle s’est tuée d’elle-même.

Donc si Freeport est décidée à sortir de TFM, la sagesse commande sans doute qu’elle revoit sa copie et qu’elle discute avec les parties véritablement concernées.

Louis-Nino Kansoun / agenceecofin.com

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