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Jatropha: «l’agro-carburant miracle» n’a pas tenu toutes ses promesses.

Jatropha: «l’agro-carburant miracle» n’a pas tenu toutes ses promesses.

Le jatropha, arbuste qui pousse dans les sols pauvres et secs du Sahel, donne des graines riches en huile, faciles à transformer en gazole. Les rendements à l’hectare de cet agro-carburant, présenté dans les années 2010 comme un futur or vert, n’ont jamais été au rendez-vous. Depuis la chute du prix du pétrole, le miracle s’est transformé en mirage. Mais l’idée n’est pas pour autant abandonnée.

Le jatropha est un arbuste qui sert de clôture pour les animaux dans les villages d’Afrique de l’Ouest. Ses fruits toxiques sont couramment utilisés dans la médecine traditionnelle et servent également à fabriquer du savon. Dans les années 2010, on s’est aperçu que ses graines, très riches en huile, étaient faciles à transformer en carburant.

Le «jatropha curcas», connu en Afrique sous le nom de pourghère (ou tabanani en wolof), a été massivement planté au Brésil et à Madagascar, dans l’espoir de produire le carburant du futur. Au Mali, les superficies plantées en jatropha ont connu une croissance constante depuis 2013, passant de 500 hectares à plus de 15 000 hectares en 2016. Avec la hausse des prix du pétrole, de nombreux pays comme l’Egypte, le Bostwana ou le Zimbabwe, se sont montrés interessés.

Ce carburant végétal a également attiré l’attention des investisseurs et producteurs de biocarburants. La société pétrolière africaine Taleveras Group s’est associée au Global Green Development Group pour exploiter 15 000 hectares de jatropha au Nigeria, en Côte d’Ivoire, au Ghana, en Afrique du Sud et en Éthiopie.

Rendements insufisants

Considérant que les graines de jatropha peuvent avoir jusqu’à 40% d’huile, tolérer la sécheresse, vivre dans des sols pauvres, on pensait avoir trouvé le nouvel or vert.
Mais première déception, le jatropha n’a pas obtenu les rendements attendus. Les calculs laissaient espérer aux entreprises un rendement de 9 tonnes d’huile par hectare. Mais les récoltes se révèlent beaucoup moins juteuses: de 1,5 à 7 tonnes par hectare.

Chaque arbre adulte donne entre 2 et 6 kg de graines par an, généralement en deux fructifications. mais la productivité est très inégale, d’une région à l’autre : «Selon la zone géographique et le climat sous lequel elle prospère, le développement de cette plante peut varier entre 3 et 10 mètres de haut», affirme Claudine Campa chercheuse à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). De même, la production de graines est très inégale, et en général plutôt décevante.

Difficile dans ces conditions de rentabiliser une plantation: le groupe pétrolier BP s’est retiré d’une joint-venture créée avec l’entreprise britannique D1 Oils pour exploiter le jatropha, tandis que la compagnie hollandaise BioShape, qui avait acquis des terres en Tanzanie, a fait faillite en 2010.
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Au Rwanda, après quatre années de tentatives infructueuses pour faire décoller la production de jatropha, le gouvernement a abandonné son projet de biodiesel.
La majeure partie du jatropha produit au Mozambique est cultivé sur des terres arables. Il nécessite engrais et pesticides chimiques. Malgré ces traitements, la plante reste vulnérable aux maladies, aux champignons et insectes nuisibles. L’irrigation des plantations est nécessaire au Mozambique, même dans les régions où les précipitations moyennes se situent entre 800 et 1400 mm/an.

Irrigation et fertilisants

Même sur des sols riches, l’arbuste a besoin de beaucoup d’eau et de fertilisants pour donner de bons rendements. Une eau qui manque parfois déjà à l’agriculture vivrière. L’utilisation d’eaux usées pour irriguer les arbres de jatropha serait une solution pour économiser le précieux liquide mais ce n’est pas toujours possible dans une agriculture sahélienne essentiellement pluviale.Bilan: les rendements ne sont pas au rendez-vous, et le jatropha concurrence les autres productions agricoles.

De son côté, le Mozambique a renoncé au jatropha, car la rentabilité économique du projet n’a pas survécu à la chute des prix du pétrole. Le programme avait été lancé avec un prix du baril de pétrole à 130 dollars, mais avec les niveaux actuels, autour de 52 dollars, les projets ne sont plus aussi rentables.

Alors, est-ce la fin du jatropha? Selon les experts, il faudrait que les scientifiques créent des variétés et des hybrides qui augmentent les rendements et les quantités de graines. Objectif: en faire une matière première rentable pour fabriquer du biocarburant. Une fois sélectionnées, certaines variétés à haut rendement pourraient produire plus de 700 graines par arbuste. Ce qui commence à être plus intéressant économiquement, car il faut également investir dans des pressoirs et raffiner l’huile.

En attendant ces progrès agronomiques, le pourghère reste une bonne option pour alimenter en énergie les tracteurs et les générateurs électriques en milieu rural.

geopolis.francetvinfo

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