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KLM hostile à ouvrir la porte de son conseil au PDG d’Air France-KLM

KLM hostile à ouvrir la porte de son conseil au PDG d’Air France-KLM

La direction de KLM grince des dents à l’idée que le PDG d’Air France-KLM, Jean-Marc Janaillac ait suggéré de prendre la vice-présidence du Conseil de KLM, pour respecter les équilibres avec Air France dont il va devenir le président non exécutif. Ces tensions sont renforcées par le fait que la performance économique de KLM est redevenue en 2016 meilleure que celle d’Air France.

A quelques jours de l’annonce du plan stratégique d’Air France le 2 novembre, la tension monte d’un cran côté Hollandais. Si les relations entre Air France et KLM mais aussi entre KLM et Air France-KLM (la holding qui coiffe les deux compagnies aériennes) ont toujours été compliquées depuis le rachat de la compagnie batave par Air France en 2004, elles vivent aujourd’hui un nouveau passage délicat avec l’agacement des Hollandais face, non seulement au retard pris par la compagnie tricolore en termes de gains de productivité, mais aussi à l’évolution de la gouvernance prévue par le nouveau PDG d’Air France-KLM, Jean-Marc Janaillac.

Un nouveau DG va être nommé à Air France

En raison des difficultés sociales attendues à Air France dans les semaines qui suivront la présentation du projet stratégique du groupe le 2 novembre prochain, Jean-Marc Janaillac va prendre, en plus de ses fonctions de PDG d’Air France-KLM, la présidence non exécutive d’Air France, aux côtés d’un directeur général dont l’identité reste encore inconnue. Ce duo remplacera l’actuel PDG d’Air France, Frédéric Gagey, qui prendra les fonctions de directeur financier d’Air France-KLM en remplacement de Pierre-François Riolacci, qui a annoncé sa démission en juillet.

Juge et partie

La double casquette de Jean-Marc Janaillac suscite l’inquiétude de l’opinion néerlandaise et des politiques hollandais (le sujet a été évoqué au Parlement), lesquels dénoncent un déséquilibre entre Air France et KLM. Elle pose, selon eux, la question de la neutralité du PDG d’Air France-KLM quand il faudra procéder à des arbitrages entre les deux filiales. Pour autant, c’est un autre projet qui irrite la direction de KLM : celui de Jean-Marc Janaillac d’être également Vice-Président du conseil de surveillance de KLM, dans le but justement de respecter les équilibres. Cette suggestion du PDG français passe mal chez KLM. Même si elle relève plus du symbole que d’une volonté d’affirmer son pouvoir chez KLM, elle heurte tous ceux qui, chez KLM, militent pour le moins d’intégration possible de KLM à Air France-KLM. Ce poste de Vice-Président n’existe pas aujourd’hui. Jean-Marc Janaillac ne peut dans tous les cas prétendre à la présidence puisque les statuts imposent d’être Hollandais. Avec le départ de Pierre-François Riolacci, un des cinq membres du conseil de KLM que peut nommer le camp français est vacant.

« Les gens de KLM sont par principe hostiles à la présence d’un PDG de holding dans une filiale. C’est, à leurs yeux, contraire à sa neutralité. Cela ne s’est jamais fait chez KLM. Certes, ils l’acceptent pour Air France, parce que la situation le justifie à leurs yeux, mais la rejettent pour KLM, car ils estiment qu’ils n’en ont pas besoin », explique un bon connaisseur de l’entreprise.

Autonomie de KLM

Cette montée d’adrénaline n’est que l’énième marque de la volonté de KLM de préserver l’autonomie de la compagnie à l’égard du groupe et de se préserver du bourbier Air France. Cette autonomie remonte aux origines du rapprochement entre Air France et KLM. Depuis le début du rapprochement en 2004, Air France a en effet toujours caressé KLM dans le sens du poil. Le mot «rachat» était tabou pour ne pas froisser le camp hollandais tandis qu’Air France-KLM a toujours été qualifié de groupe franco-néerlandais et non de groupe français, comme cela est le cas au sens strict du terme. Racheté pour 800 millions d’euros par Air France, le groupe KLM est en effet devenu en mai 2004 une filiale hollandaise du nouveau holding de droit français Air France-KLM. Le groupe Air France en est la deuxième filiale. Alors qu’elle ne pèse qu’un tiers du chiffre d’affaires d’Air France-KLM, KLM a obtenu d’emblée la parité avec Air France dans les organes de management du groupe, même si le directeur général d’Air France-KLM, qui était obligatoirement celui d’Air France selon l’accord de fusion (jusqu’en 2011), disposait d’une voix prépondérante. A l’époque, il s’agissait de Jean-Cyril Spinetta.

« Ce cadeau a été fait pour créer un climat de confiance avec les Hollandais, pour leur assurer qu’il n’y aurait pas d’amoindrissement de KLM dans Air France-KLM et qu’il n’y aurait pas de pillage du marché hollandais par les équipes d’Air France », se souvenait un très bon connaisseur de l’entreprise dans un article précédent de La Tribune sur les relations franco-néerlandaises. Une parité de façade qui ne se déclinait pas au sein du conseil d’administration d’Air France-KLM, dominé par les Français.

«Ce n’était pas une fusion entre égaux, mais Air France-KLM a préservé beaucoup d’autonomie à KLM, non seulement pour instaurer un climat de confiance, mais aussi pour profiter de leur expérience », reconnaissait un proche du dossier.

Renforcement d’Air France-KLM

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Cette autonomie s’est très vite trouvée justifiée par une performance économique supérieure à celle d’Air France. Lors de l’exercice 2005-2006, le résultat d’exploitation de KLM s’est élevé à 504 millions d’euros, contre 432 millions pour Air France. Une différence qui s’est creusée avec la crise, puisque KLM est toujours restée dans le vert à partir de 2009 quand Air France a cumulé près de 2,5 milliards d’euros de pertes d’exploitation entre 2009 et 2014.
L’histoire du cash pooling

L’arrivée en juillet 2013 d’Alexandre de Juniac à la tête d’Air France-KLM n’a pas changé grand chose. Alors qu’il devait orchestrer le renforcement de la holding de tête décidé fin 2012 par son prédécesseur, Jean-Cyril Spinetta, celle-ci n’a jamais pu se mettre en en place. Beaucoup accusent en France une nouvelle fois les Hollandais de ne pas avoir joué le jeu. La situation sociale à Air France (grèves, refus d’enclencher le plan Perform) et la dégradation des relations entre Alexandre de Juniac et le président du directoire de KLM, Pieter Elbers, ont au contraire creusé le fossé entre Air France et KLM. La crise du « cash pooling » début 2015 en atteste. Actée depuis plusieurs mois en interne, cette histoire de gestion centralisée de la trésorerie au profit du holding (qui se pratique de nombreux groupes) a monté en épingle le sentiment aux Pays-Bas qu’Air France vivait au crochet de KLM. Hostiles à cette réorganisation financière, certains dirigeants hollandais ont laissé courir l’idée qu’Air France pillait la trésorerie du groupe. Ce qui avait provoqué une vive émotion dans l’opinion et dans la classe politique néerlandaise, KLM étant avec Philips et Heineken, l’un des emblèmes économiques du pays. Le projet avait été retiré.

Dans la foulée, en février 2015, quand Alexandre de Juniac avait été reconduit à la tête d’Air France-KLM, le conseil avait demandé qu’il s’implique davantage dans Air France en assistant à son conseil. Par souci de cohésion, il avait été demandé au directeur financier d’Air France-KLM, d’assister au conseil de surveillance de KLM, tandis que le président du conseil de surveillance de KLM, Hans Smits était invité au conseil de la holding Air France-KLM. Ces “invitations croisées” avaient pour objectif de compenser le manque de cohésion lié à l’existence de trois conseils (Air France-KLM, Air France, et KLM).

Meilleure performance de KLM

Grâce au plan Transform (2012-2014) et à la baisse du prix carburant, Air France a pu renouer avec les bénéfices en 2014 (hors impact de la grève des pilotes d’Air France) et 2015. Au point de dépasser pour la première fois dans l’histoire du groupe le niveau de bénéfices de KLM. Cette situation n’a pas duré longtemps. Selon des sources concordantes, contrairement à l’an dernier, où la contribution aux bénéfices d’exploitation de la compagnie française était supérieure à celle de KLM (462 millions d’euros contre 384 millions), KLM dégage aujourd’hui les plus gros bénéfices. Publiés le 3 novembre prochain, les résultats du troisième trimestre le montreront : les résultats de KLM devraient être du même ordre que ceux de l’an dernier, tandis que ceux d’Air France sont en forte chute, en raison de la grève des navigants en juin et fin juillet-début août et surtout de la désaffection des touristes pour la destination France. Les résultats du groupe devraient par conséquent être inférieurs à ceux de l’an dernier, lesquels furent les plus importants jamais réalisés par le groupe au cours d’un trimestre (898 millions d’euros).

Idem pour l’ensemble de l’année : les résultats d’Air France vont non seulement baisser en 2016 mais ils seront aussi inférieurs à ceux de KLM. Selon plusieurs observateurs, la compagnie hollandaise devrait même creuser l’écart en 2017, en raison notamment de sa moindre dépendance à la destination France et par la mise en place l’an prochain de mesures d’économies décidées cette année. Et ce, en dépit d’une hausse des charges de retraite des pilotes de KLM. Comme Frédéric Gagey l’a maintes fois répété, il est bon pour le groupe d’avoir des filiales contribuant à la même hauteur aux résultats.
Cette divergence des résultats ne va donc pas arranger les relations entre Air France et KLM. Les Hollandais sont exaspérés de l’absence de réforme de la compagnie française. Leur souhait est vraiment qu’Air France relève la tête. A défaut, ils n”ont comme unique préoccupation que de préserver KLM des difficultés d’Air France, et de continuer de croître de manière rentable.

Fabrice Gliszczynski
latribune

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