Accueil / International / La Banque centrale européenne commence à réduire ses rachats d’actifs

La Banque centrale européenne commence à réduire ses rachats d’actifs

La Banque centrale européenne commence à réduire ses rachats d’actifs

La BCE va racheter 60 milliards d’euros d’actifs par mois à partir d’avril. Les marchés s’interrogent sur la stratégie de sortie du « QE ».

 

Comment la Banque centrale européenne (BCE) va-t-elle pouvoir ­sortir de sa politique monétaire ultra-accommodante ? La question pourrait paraître prématurée. La BCE a annoncé, en décembre dernier, qu’elle poursuivrait, autant que de besoin, sa stratégie non ­conventionnelle. Au moins jusqu’à la fin de l’année pour son « bazooka monétaire » – son programme d’achat massif d’obligations (ou « quantitative easing », « QE ») – et peut-être bien au-delà pour ses taux directeurs, actuellement à un niveau extrêmement bas.

Mais sur les marchés, une certaine fébrilité se fait déjà sentir. D’autant que, à compter d’avril, la BCE réduira l’enveloppe qu’elle ­consacre à ses achats de titres, la faisant passer de 80 à 60 milliards d’euros mensuels. Une diminution annoncée dès décembre, mais qui apparaît de plus en plus comme la première étape d’une normalisation de sa politique exceptionnelle. Le contexte semble plaider en faveur de cette hypothèse. Malgré un léger recul en mars (à 1,5 %), les prix sont sur une dynamique de hausse en zone euro. Et c’est ce retour de l’inflation qui est l’objectif visé par la BCE. Outre-Atlantique, la Reserve féderale a enclenché la dernière étape du retour à la normale de sa politique monétaire, donnant le signal, pour certains analystes, de la fin des interventions des banques centrales sur les marchés.

Face aux interrogations des investisseurs, la banque centrale ne donne pas de réponse. Certains de ses membres ont laissé entendre que les taux directeurs, et notamment le taux de dépôt qui est actuellement à -0,40 %, pourraient être relevés avant même la fin du programme. « Ce serait un moyen de montrer que la BCE ne calque pas sa stratégie de sortie sur celle de la Fed », analyse Thierry Million chez Allianz GI. L’institution monétaire américaine avait d’abord mis fin à son « QE », avant de remonter très ­lentement ses taux.

Pas de calendrier

En fait, le plan de sortie de la BCE ne devrait pas être connu avant juin. De l’avis général, Mario Draghi n’annoncera rien lors de la prochaine réunion de politique monétaire, le 27 avril. Trop risqué, notamment dans le contexte de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle française. Mais, même lors de sa réunion avant l’été, il n’est pas certain que la BCE dévoile un calendrier définitif. Pour Patrick Artus chez Natixis, « la BCE, voulant éviter une crise de la dette, est ­contrainte de poursuivre le “QE” pour réduire les taux d’intérêt à long terme tant que les investisseurs craindront l’explosion de la zone euro ».

Sauf surprise, un « tapering » – l’extinction programmée du « QE » – sera annoncé dans les prochains mois. Ainsi que, peut-être, une hausse des taux. Mais la BCE devra être prudente. « La politique de taux négatifs de la banque centrale a maintenu l’euro à un niveau bas face au dollar, explique Thierry Million. La seule rumeur d’une hausse des taux, il y a quelques jours, l’a fait remonter significativement, ce qui n’est pas ce que ­souhaite la BCE. » Elle devra aussi mesurer les effets d’un resserrement sur la dette des Etats. Les taux des pays d’Europe du Sud commencent déjà à remonter. Un phénomène qui devrait s’am­plifier avec la diminution de ­l’enveloppe du « QE ». Il a fallu près de trois ans à la Fed pour commencer à normaliser sa politique monétaire, la BCE ne souhaitera sans doute pas se précipiter.

Guillaume Benoit
lesechos

Aller en haut