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La BCE surprise par la Banque nationale suisse

La BCE surprise par la Banque nationale suisse

La décision de la BNS d’abandonner le cours plancher vis-à-vis de l’euro a pris aussi la BCE par surprise. Celle-ci est pressée d’agir en décidant de racheter des titres d’Etat pour soutenir l’inflation. Un programme qui devrait être «vaste» pour marcher, estime Benoit Coeuré, membre de la BCE.

La décision de la Banque nationale suisse (BNS) de mettre hier fin au cours plancher du francs vis-à-vis de l’euro a surpris tout le monde, y compris la Banque centrale européenne. Celle-ci n’avait reçu auparavant aucun signal de la BNS sur ses intentions, pas même lors d’une réunion le week-end dernier entre cadres des deux banques centrales, rapporte le quotidien «Frankfurter Allgemeine Zeitung». Francfort aurait été prévenu d’un simple coup de téléphone reçu jeudi matin de Suisse. La BCE ne souhaite pas commenter cette information. Selon les commentateurs, l’annonce de l’abandon du cours plancher de 1,20 franc suisse pour un euro, est un signe que Berne voit la BCE se lancer dans un vaste «QE» dès jeudi prochain, sous la forme d’un rachat de dette souveraine dans la zone euro. Les déclarations ce vendredi de Benoit Coeuré, membre du directoire de la BCE, renforcent la conviction que cette mesure sera de grande ampleur et ne tardera pas à être prise.

«Le moment de la décision [de la BNS] n’est sûrement pas le fait du hasard. L’attente d’un programme de rachat de dette par la BCE doit encore faire baisser l’euro à moyen terme et ainsi creuser les pertes de la Banque centrale suisse», a commenté Marcel Fratzscher, président de l’institut berlinois DIW. Avec l’euro perdant encore du terrain, la BNS subirait de lourdes pertes sur ses énormes réserves de devises, dont une bonne part est en euros, ainsi que sur son portefeuille d’obligations du Bund, la Suisse étant un des principaux créanciers de Berlin.

Un programme qui doit «être vaste»

Sans préjuger si la BCE agira dès jeudi prochain, Benoit Coeuré déclare ce vendredi au journal «Irish Times» que «pour être efficace, [un programme d’assouplissement quantitatif] doit être vaste». Dans un entretien donné aujourd’hui à «Libération» , le banquier central français déclare qu’outre l’ampleur de l’opération, la BCE devra décider «si le rachat portera sur la dette de certains pays ou s’il devra être pondéré sur l’ensemble de la zone euro». L’effet recherché doit être de stimuler l’activité et l’octroi de crédit en diminuant le coût de financement des acteurs économiques. «La manière dont cela fonctionne, c’est d’ancrer les taux de financement dans le plus grand nombre possible de pays à des niveaux très bas afin de garantir aux entreprises et aux ménages européens des conditions d’emprunt à des taux très faibles sur des périodes beaucoup plus longues qu’aujourd’hui», déclare-t-il.

L’avis rendu mercredi par l’avocat général de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), validant de fait la politique anti-crise de la BCE via les opérations monétaires sur titres (OMT), donne un soutien légal à la BCE pour se lancer dans un «QE». Opposé à un assouplissement quantitatif incluant des rachats de dette d’Etats de la zone euro, le président de la banque centrale allemande, Jens Weidmann, a estimé jeudi que le magistrat du Luxembourg avait signalé des limites juridiques aux actions de la banque centrale. Cela veut dire que la BCE ne peut ni procéder à du financement d’Etat ni pratiquer une politique économique, «alors que la frontière entre la politique monétaire et la politique économique peut être tirée de différente manière», a observé le banquier central allemand.

Réunion historique le 22 janvier

Jeudi prochain se tiendra la première réunion de politique monétaire de l’année et, sans doute, l’une des plus attendues dans l’histoire de l’institution. En toile de fond, les prix qui ont baissé de 0,2% en décembre dans la zone euro , principalement sous l’effet de la chute des prix de l’énergie. De quoi renforcer la pression sur les épaules de la BCE pour agir en vue de maintenir les attentes d’inflation à moyen terme à un niveau proche de 2%. Mais l’institut est aussi conscient que la chute des prix de l’énergie a de quoi doper le pouvoir d’achat de même que les marges des entreprises. Un élément capable, à lui seul, de relever la croissance en zone euro.

Le 22 janvier planera aussi l’ombre des élections en Grèce prévues trois jours plus tard, qui pourraient amener au pouvoir le parti de gauche radicale Syriza. A la question de savoir si cela remettra en cause l’appartenance du pays à la zone euro, Benoît Coeuré déclare à Libération qu’«il n’est pas question que la Grèce sorte de l’euro». Et de poursuivre que «l’enjeu des élections est ailleurs, c’est la composition du cocktail de réformes qui va permettre à ce pays de sortir définitivement de la crise et de réintégrer le concert des économies européennes».

Jean-Philippe Lacour Correspondant à Francfort
lesechos.fr

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