Accueil / Tic & Telecoms / La Bourse doute encore du mariage Time Warner-ATT

La Bourse doute encore du mariage Time Warner-ATT

La Bourse doute encore du mariage Time Warner-ATT

Wall Street redoute l’antitrust mais ATT promet qu’il cassera, avec Time Warner, des oligopoles comme Google et Facebook.

A environ 88 dollars, le cours de Time Warner doit encore progresser de plus de 20 % pour s’aligner sur celui de l’offre d’ATT. C’est un signe clair signifiant que Wall Street ne croit pas que la fusion obtiendra le feu vert des autorités, rendues frileuses par certaines voix politiques populistes anti-mégafusions, comme celles de Donald Trump et Bernie Sanders. La direction du géant des médias et celle du numéro deux américain de la téléphonie mobile ont donc du pain sur la planche.

Mais ce qui ressort des débuts de leur croisade, c’est qu’ils ne sont pas du tout sur la défensive. Au contraire : en se projetant loin dans le monde de la convergence des médias, des tuyaux et des géants du Web, qui sont de plus en plus actifs sur ces métiers, ils sont persuadés que leur mariage bénéficiera en fait au consommateur en cassant des oligopoles. L’avenir dira s’ils réussissent à convaincre. Mais les pistes qu’ils lancent intéresseront tous les acteurs de ces secteurs dans le monde.

D’abord, Jeff Bewkes, le patron de Time Warner, estime que cette fusion peut « casser le duopole dans la publicité en ligne » de Google (32 % du marché mondial, selon eMarketer) et de Facebook (13 % et en croissance). La logique est la suivante : aujourd’hui, un peu plus de 1 % seulement de la pub télé est ciblée en fonction de qui la regarde, car les chaînes n’accordent aux opérateurs de box qui les diffusent qu’une toute petite partie de leur temps pour faire du ciblage. Avec CNN, les chaînes Turner et HBO dans son portefeuille, ATT pourrait considérablement améliorer cette proportion. En tout cas si ces chaînes trouvent plus d’intérêt à ce système qu’à vendre leur pub à l’échelle nationale, comme aujourd’hui. Surtout si ATT et Time Warner parviennent, comme ils le promettent, à combiner leurs forces pour innover plus vite afin d’imposer la télévision « over the top », c’est-à-dire passant directement par le Web (comme Netflix, et non pas en bouquet de type Canalat), le ciblage publicitaire de ce média devient beaucoup plus facile. ATT travaille déjà dans cette voie. Il a racheté en 2015 DirecTV, le plus gros bouquet de télévision payante aux Etats-Unis, et gère sa mutation en DirecTV Now, qui diffuse 100 chaînes premium en « over the top » pour 35 dollars par mois.

« Evangélisation »

Time Warner et ATT pourraient parallèlement croiser les données sur leurs abonnés afin d’être plus pertinents dans leur ciblage, et ce sur toutes les plates-formes (télévision, mobile, tablettes). « Time Warner pourrait avoir enfin autant d’infos sur ses consommateurs que les géants du Net », dit Mark Cuban, un grand investisseur américain, au site Recode. Sachant que Google ou Facebook se lancent dans les télécoms (pose de câbles sous-marins, wi-fi, etc.) et, quoi qu’ils en disent, dans les médias aussi, ces arguments contre leur domination pourraient plaire à l’antitrust.

Le mariage Time Warner et ATT pourrait également briser la domination du câble dans le « triple play », téléphone, télévision et haut débit, plaident les deux groupes. Aux Etats-Unis, le consommateur se plaint de ne pas avoir assez d’alternatives. « Je fais quasiment de l’évangélisation sur le sujet, répond Randall Stephenson, le patron d’ATT. C’est une certitude, les consommateurs veulent les meilleurs contenus dans un environnement mobile. » A partir de 2018, ATT, numéro deux du mobile, veut faire de la 5G, qui permet de passer des contenus lourds. Allié avec Time Warner, ATT est persuadé de pouvoir inventer les offres de télévision numérique de demain (les « câblos » n’y ont pas intérêt), en ayant la garantie d’avoir assez de contenus au départ pour qu’elles puissent séduire. Dans ce domaine, un élément peut toutefois inquiéter les régulateurs de la concurrence. ATT pourrait contourner la neutralité du Net en exemptant les contenus Time Warner du décompte des données consommées par ses abonnés mobiles (ce qu’on appelle le « zero-rating »). Il le fait déjà pour les clients de sa filiale DirecTV.

Nicolas Madelaine
lesechos

Aller en haut