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La « Bourse » du capital-investissement s’envole

La « Bourse » du capital-investissement s’envole

Le marché de « seconde main » des fonds a bondi de 60 % en un an. Les prix d’acquisitions élevés, la faible croissance et l’environnement de taux bas poussent les investisseurs en quête de rendement à revendre leurs parts plus vite.

La « Bourse » des fonds d’investissement s’envole. Les échanges de participations des institutionnels investis dans le capital-investissement ont bondi de près de 60 % en un an, à 58 milliards de dollars, selon Greenhill, agent sur ce marché.

D’origine réservée aux investisseurs qui cherchaient à se désengager de fonds peu performants (les fonds de capital-risque après la bulle internet et les fonds de LBO après la crise financière), cette « Bourse » touche désormais aussi les « bons » gérants. « C’est la conséquence d’une sélectivité accrue des institutionnels qui se focalisent uniquement sur l e « top » des gérants , et délaissent ceux un peu moins performants ou dont la stratégie d’origine n’est plus tenue », explique Bernhard Engelien, managing director à Londres chez Greenhill.

Les cas de déception sont, de fait, plus nombreux qu’avant. Entre les prix d’acquisitions élevés, la faible croissance et l’environnement de taux bas, « il est difficile et plus long pour certains gérants de dépasser la barre classique des 15 à 20 % de taux de rendement annuel net promise, en retournant deux fois leur mise aux investisseurs », précise-t-il. « Du coup, leurs clients peuvent vouloir revendre leurs parts avant le terme prévu ».

Un marché alimenté par la dette

Alors que les banques et les assureurs étaient les principaux vendeurs sur cette « Bourse » spécialisée du fait de la multiplication des réglementations (Bâle, Solvency, Volker rule) qui rendaient leur exposition au capital-investissement trop coûteux, ils n’en sont plus les seuls animateurs.

« La croissance du marché secondaire tient beaucoup à la gestion plus active de leur portefeuille par l’ensemble des institutionnels. Par opportunisme, ils peuvent vouloir sortir plus rapidement afin d’avoir les moyens de redéployer leurs capitaux dès que d’autres équipes très performantes lèvent leur nouveau fonds. Il faut être très rapide dans ces conditions, car la demande est forte », ajoute Thomas Liaudet, associé à Londres chez Campbell Lutyens, conseil sur ce marché. « Un changement de stratégies d’investissement, d’exposition géographique de régionale à nationale, ou une nouvelle pondération d’actifs sont autant de motifs qui justifient aujourd’hui une gestion permanente du portefeuille au-delà même de la performance financière », appuie François Aguerre, coresponsable de l’origination chez Coller Capital .

De leur côté, les acheteurs historiques spécialisés, comme Ardian, Coller et Lexington ont d’autant plus d’appétit à investir qu’ils optimisent leur rendement en finançant leur acquisition par la dette, grâce aux taux bas. Au total plus de 125 milliards de dollars de « poudre sèche » sont ainsi prêts à être déployés sur le marché secondaire, selon Greenhill.

Les gérants tentent de reprendre la main

Cette ébullition fait grimper les prix. Les parts de fonds de LBO se cèdent aujourd’hui en moyenne quasiment à leur prix d’origine, et certaines avec plus-values. Même celles qui s’échangent au taux le plus bas, celles de fonds de capital-risque, ont vu leur prix remonter de 75 % (de la valeur initiale) en 2015 à 83 % aujourd’hui.

Cette effervescence a déclenché une réaction en chaîne chez les gérants. Inexistants sur ce marché il y a 4 ans, ils initient désormais eux-mêmes un quart des transactions. « Certains profitent de ce marché pour embarquer rapidement de nouveaux clients investisseurs à l’approche de leur nouvelle levée de fonds », indique Bernhard Engelien. BC Partners, qui vient d’annoncer la levée de son nouveau fonds à 7 milliards d’euros, a organisé une enchère via Campbell Lutyens sur les parts de ses investisseurs du fond 9 pour 1,2 milliard d’euros. A cette occasion, l’acquéreur, Lexington réinvestit jusqu’à 600 millions d’euros dans le nouveau véhicule.

D’autres tentent aussi d’anticiper le non-renouvellement attendu d’une partie de leurs investisseurs. Mais l’opération n’est pas gagnée d’avance. La société d’investissement 21 Centrale Partners aurait ainsi fait une tentative. Certains gérants cherchent enfin à nettoyer des millésimes de fonds plus compliqués.

Dans une transaction à 2 milliards d’euros, Nordic Capital a ainsi réorganisé l’un de ses fonds qui associait actifs cotés et non cotés. Et le gérant star Warburg Pincus a négocié l’extension de la durée de vie de l’un de ses fonds en revendant une partie de ses actifs en Asie, à Lexington et Goldman Sachs AM.

Anne Drif
lesechos

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