jeudi 24 septembre 2020
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La CEDEAO menacée plus que jamais d’implosion

La CEDEAO menacée plus que jamais d’implosion

Présentée comme l’exemple en matière d’intégration concernant les Communautés économiques régionales (CER), la CEDEAO fait face à la plus grave crise de son histoire à cause de l’Eco et de la fermerture des frontières.

Concernant la monnaie unique africaine, le désaccord est manifeste entre les pays de la West African Monetary Zone (WAMZ) et ceux de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

La première organisation comprend six pays, dont les cinq anglophones de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) que sont le Nigéria, le Ghana, le Liberia, la Sierra Leone et la Gambie, auxquels s’ajoute la Guinée.

Quant à l’UEMOA, elle est composée de huit pays, à savoir le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Burkina Faso, le Bénin, le Togo, le Niger et la Guinée Bissau.

Les divergences entre la WAMZ et l’UEMOA ont commencé à émerger en décembre dernier, quand, lors de son voyage à Abidjan, le président français Emmanuel Macron et son homologue ivoirien ont annoncé d’importantes réformes de la monnaie unique héritée de la colonisation, le franc CFA. Dans la foulée, ou plutôt dans l’euphorie, ils ont commis l’impair de dire qu’au cours de l’année 2020, le franc CFA deviendra l’Eco.

Or, ce nom, Eco est justement celui choisi par la CEDEAO pour sa future monnaie unique. De sorte que les pays de la WAMZ y ont vu une imposture, une manière pour l’UEMOA de s’accaparer le projet communautaire.

Au sein de la CEDEAO, on ne veut pas que les désaccords éclatent au grand jour. Mais dans les deux institutions qui se font face, on ne cache plus les divergences sur le sujet de la monnaie.

Par exemple, lors de la réunion de la CEDEAO d’Abuja, le 24 décembre et de celle d’Addis-Abeba, le 9 février courant, la déclaration finale des chefs d’Etat a semblé saluer les réformes entreprises par l’UEMOA afin de permettre l’avènement de l’Eco. Pas un seul mot n’a été dit sur la volonté des pays de l’UEMOA de lancer l’Eco, dans la première comme dans la seconde déclaration, Alassane Ouattara n’a, peut-être, jamais soulevé cette question, officiellement au sein des instances de la CEDEAO.

Cependant, dans les deux cas, à Abuja comme à Addis-Abeba, les pays de la WAZM n’ont pas tardé à montrer leur opposition. Ainsi, le jeudi 16 janvier, soit trois semaines après l’annonce faite par Ouattara et Macron, ils ont dénoncé la décision de remplacer le franc CFA par l’Eco. Ils ont qualifié ce projet de « non conforme » aux engagements pris au sein de la CEDEAO.

Deuxième camouflet pour l’UEMOA, après la rencontre d’Addis-Abeba, le pays de la WAZM sont revenus à la charge, par la voix de Muhammadu Buhari, président du Nigeria, qui a publié un tweet qui exprime sa désapprobation. « La position du Nigeria concernant la monnaie Eco est que les critères de convergence ne sont pas encore atteints. Par conséquent, il est nécessaire de retarder la date de lancement de la monnaie unique », a-t-il écrit.

Cette position a été confirmée jeudi dernier, 13 février, lors la réunion que les gouverneurs des banques centrales des six pays de WAMZ ont tenue à Freetown, en Sierra Leone. Dans son allocution d’ouverture, le gouverneur de la Banque centrale de Sierra Leone a insisté sur les mêmes critères de convergence si chers à Buhari.

L’unique pays de la WAZM qui a montré un certain enthousiasme face aux réformes de l’UEMOA est le Ghana qui s’est dit déterminé à les rejoindre, dans un communiqué. Mais la question se pose de savoir s’il veut réellement aller plus loin.

Il faut noter que cette divergence entre la WAMZ et l’UEMOA n’est à l’avantage d’aucune des parties. Il s’agit donc d’un dilemme cornélien. L’UEMOA est forte d’au moins deux choses, mais elle n’en est pas moins faible. Car, elle a une grande longueur d’avance qu’elle tire de sa monnaie unique, laquelle est en train de se départir de ses tares. Elle dispose également d’une seule banque centrale, là où les pays de la WAMZ en ont 6. Ses réserves sont co-gérées, ce qui en fait déjà un mécanisme de solidarité entre les 8 pays membres.


Sauf que ces huit pays de l’UEMOA ont économiquement un poids très faible par rapport aux pays anglophones. le Nigéria, à lui seul disposant du 29e PIB mondial avec quelque 445 milliards de dollars en 2019. Le PIB des pays de la WAMZ est de 530 milliards de dollars, représentant 80,21% de celui de la CEDEAO, contre 127 milliards de dollars pour ceux de l’UEMOA, soit à peine 20,5%.

La Côte d’ivoire, qui est l’économie la plus puissante de l’UEMOA, arrive loin derrière le Ghana (9,77% du PIB de la CEDEAO) et ne représente, en 2019, que 6,98% du PIB de la future zone Eco, contre 3,48% pour lé Sénégal.

Dès lors, même si sur le plan institutionnel, ces pays ont un acquis plus solide, il serait plus logique qu’ils se rangent derrière le Nigeria ou, du moins, qu’ils travaillent de concert avec la WAMZ. Hypothèse malheureusement peu probable compte tenu de la rivalité exacerbée entre la Côte d’Ivoire et le Nigeria.

Le fait est qu’en plus de leur avance sur le plan institutionnel, les huit pays de l’UEMOA disposent de plus de droit de vote au sein de la CEDEAO qui ne compte que quinze pays. Cela signifie que s’ils veulent rester sur le calendrier initial du lancement de l’Eco à partir de juillet 2020, il sera difficile de les en empêcher. L’unique possibilité serait d’évoquer le retard pris concernant les critères de convergence. C’est pourquoi le Nigeria et les autres pays de la WAMZ ne se gênent pas de le rappeler.

La question est de savoir jusqu’où Alassane Ouattara et ses soutiens sont prêts à aller pour transformer le CFA en Eco dans les délais les plus brefs.

Le deuxième danger qui guette la cohésion de la CEDEAO vient, cette fois, du géant nigérian lui-même depuis qu’il a décidé de fermer les frontières avec ses voisins en août dernier. Et voilà six longs mois que les économies fragiles du Bénin, du Togo et du Niger sont asphyxiées.

Le Nigeria estime que ces pays, en particulier le Bénin, vivent à ses dépens, puisque des biens de toutes sortes sont importés, puis réexportés au mépris des règle d’origine. De sorte qu’il lui est impossible de développer son industrie ou son agriculture.

Pourtant, si la démarche du Nigeria a le défaut d’être radicale, ce n’est pas le seul pays qui s’oppose à la circulation des biens importés par les Etats membres pour être réexportés au sein de la CEDEAO.

Par exemple, sans aller jusqu’à la fermeture pure et simple de sa frontière avec la Gambie, le Sénégal n’autorise tout de même pas la libre circulation des produits venant de ce pays. La douane sénégalaise veille au grain et impose de lourdes taxes aux marchandises ayant transité par la Gambie. Pourtant, la libre circulation est garantie à la fois aux personnes et à toute autre marchandise dont l’origine gambienne est certifiée. De sorte que Dakar garantit la protection de sa propre économie sans nuire à celle de la Gambie.

Il est certain que le NIgéria, qui n’a jamais appliqué une telle stratégie avec ses voisins, gagnerait à profiter de l’expérience sénégalaise en la matière.

Sur ce dossier, les réunions se multiplient à Abuja, Cotonou, Niamey ou Ouagadougou. Mais aucune solution réelle ne se profile à l’horizon. Le Nigéria continue de camper sur sa position et, à la longue, cela constitue une grave menace pour la pérennité de cette communauté économique citée régulièrement en exemple.

afrique.le360

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