vendredi 30 octobre 2020
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La CEMAC s’offre un no-deal roadshow à l’occasion de Paris-Infraweek 2020

La CEMAC s’offre un no-deal roadshow à l’occasion de Paris-Infraweek 2020
Paris Infraweek, le rendez-vous consacré aux infrastructures organisé par Paris-Europlace, qui s’est tenu du 5 au 9 octobre, a été placé sous le signe de la pandémie de Covid-19. Une importante délégation d’Afrique centrale avait saisi cette occasion pour présenter ses projets intégrateurs, en amont de la table-onde des bailleurs de fonds qui se déroulera les 17 et 18 novembre prochains à Bruxelles…

« A l’origine, nous souhaitions consacrer la priorité au G20 et à la tech mais la Covid-19 s’est invitée au programme », explique Karim Zine-Eddine, directeur des Etudes au sein de Paris Europlace. Chaque année, le rendez-vous parisien des infrastructures dévoile sa « carte africaine » et cette année, l’Afrique centrale était à l’honneur. « L’Afrique a besoin de 1700Mds d’euros pour combler les besoins en financement de ses infrastructures. Plusieurs projets ont été présentés lors de cette édition 2020 dont ceux qui sont portés par la CEMAC [Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, ndlr] et par la CEAC [Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale, ndlr], a souligné Karim Zine-Eddine. Des projets qui pourraient bien être perturbés par le contexte sanitaire…

En effet, les impacts de la Covid-19 devraient lourdement peser sur le financement de grands projets infrastructurels à venir et l’endettement des Etats promet d’être exacerbé à court terme. « Au niveau local, la dette progresse rapidement dans un certain nombre de pays qui sont par ailleurs, entrés dans la crise, déjà très endettés. S’agissant de la dette internationale, plusieurs pays africains ont revu leur programme d’émission, ou l’ont arrêté comme le Nigéria en février », explique Karim Zine-Eddine. En parallèle à cet endettement, se pose la question de la baisse prévisible des notes des Etats africains par les agences internationales comme Moody’s, Fitch Ratings et S&P, qui compliqueront d’autant plus la levée de fonds sur les marchés internationaux.

« Cette situation devrait ralentir un certain nombre de projets, c’est la raison pour laquelle, l’Afrique doit développer plus que jamais, l’investissement privé dans ses infrastructures, pour accélérer ses programmes de Partenariats publics-privés (PPP) et pour trouver des solutions, car les Etats seuls, ne pourront pas répondre à leurs besoins immenses, en infrastructures » a-t-il conclu. Un point de vue largement partagé par la délégation d’Afrique centrale, qui était venue nombreuse en dépit des contraintes sanitaires.

Un no-deal roadshow pour la CEMAC à Paris

« Le Gabon est engagé dans la diversification de son économie, mais nous ne pourrons y parvenir qu’en investissant suffisamment dans les infrastructures (…)Nous voulons attirer le secteur privé, car c’est lui qui crée de la richesse en prenant des risques et en investissant. C’est la raison de notre présence à Paris », a déclaré Jean-Marie Ogandaga. Le ministre de l’Economie du Gabon accompagnait la délégation de la CEMAC à Paris, à l’occasion de Paris Infraweek, le rendez-vous annuel des infrastructures organisé par Paris-Europlace, pour présenter la dizaine de projets d’infrastructures intégrateurs qui restent à financer, en amont de la table ronde des bailleurs de fonds, qui se déroulera les 17 et 18 novembre à Bruxelles, en présence du président Denis Sassou-Nguesso.

Cette table-ronde est structurée autour de 4 axes. Premièrement, la facilitation des échanges et des transports pour développer la libre circulation des biens et des personnes et pour renforcer l’intégration commerciale. Ce remier axe comprend les constructions d’un pont entre le Cameroun et la Guinée équatoriale, d’une voie express entre le port de Kribi et le nord de la Guinée équatoriale, de tronçons manquants entre Ndendé et Dolisie, d’une route entre le sud-est de la Guinée équatoriale et le Gabon, du corridor Brazzaville-Ouesso-Bangui-Ndjaména.

Le second axe concerne la production et l’interconnexion des réseaux électriques et de communications, avec l’aménagement hydroélectrique de Chollet et de lignes électriques, l’interconnexion des réseaux électriques (Cameroun-Tchad), et l’interconnexion du Cameroun avec les pays de la CEMAC via la fibre optique.

Le troisième axe relatif au marché commun comprend la construction du port sec de Beloko (Corridor Douala-Bangui) et du port sec de Dolisie (Corridor Gabon-Congo). Enfin, le dernier marché s’applique au capital humain, avec la construction de l’Université Inter-Etats (Cameroun-Congo). « Elle sera financée par le FODEC [fonds de développement de la CEMAC, ndlr] et le projet d’interconnexion électrique entre le Cameroun et le Tchad a déjà trouvé son financement. Il ne nous reste que 10 projets à financer, soit 3 milliards d’euros à lever », a déclaré Daniel Ona-Ondo, président de la Commission de la CEMAC, précisant par ailleurs, être à Paris, « non pour lever des fonds, mais pour présenter ces projets aux investisseurs français », en amont de la table ronde du mois de novembre.

Lancement de l’Africa Infrastructure Fellowship Program (AIFP)

« Que faut-il pour que les projets que nous accompagnons prennent corps ? » a interrogé Bertrand Fournier Montgieux, Directeur des investissements chez Meridiam, à l’occasion du webinaire qui s’est tenu le 6 octobre au sein du cabinet CMS Francis Lefebvre à Neuilly. « Des fonds d’investissement bien sûr, mais il est aussi nécessaire, de résoudre une certaine faiblesse des capacités administratives et institutionnelles qui sont pourtant indispensables pour structurer un projet (…) Il faut que les Etats fassent un véritable effort en matière de ressources humaines et y mettent les moyens » a-t-il souligné.

Une nouvelle initiative publique-privée, l’Africa Infrastructure Fellowship Program (AIFP) a d’ailleurs été annoncée à l’occasion de Paris Infraweek, pour renforcer les capacités sur le continent. Développé par le Global Infrastructure Hub, Meridiam et le Forum économique mondial, l’AIFP a été pensé comme un support aux gouvernements africains pour développer leurs projets d’infrastructures durables et résilients, à travers des formations dispensées à Paris. Il s’agit du premier programme PPP d’infrastructure entièrement dédiée à la formation des hauts fonctionnaires concernés par la passation de marchés sur ce type de projets, impliquant des gouvernements, des acteurs du secteur privé et des institutions académiques. « Les étudiants de ce nouveau programme ont assisté à cette édition 2020 de Paris Infraweek » s’est félicité Karim Zine-Eddine, qui a ajouté que cette initiative venait compléter une autre formation, lancée en juillet 2020 par Paris Europlace, l’IFC et l’Université Paris-Dauphine pour renforcer les compétences en finance de marché, des cadres résidant dans les pays émergents francophones.

Le renforcement des compétences locales est non seulement nécessaire pour être en mesure d’élaborer des projets de PPP viables et soutenables, mais il relève aussi du domaine de la souveraineté, selon le professeur Le Professeur Djiena Wembou, Secrétaire permanent de la CEMAC.« Les locaux connaissent mieux leurs besoins que les conseillers étrangers » s’est-il fendu lors du webinaire organisé le 6 octobre dernier au sein du cabinet CMS Francis Lefebvre. « Les conseillers doivent intervenir dans un second temps, car il nous revient de choisir les projets que nous entendons mener, sans quoi : que restera-t-il de notre souveraineté ? », a-t-il interrogé.

afrique.latribune

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