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La Chine construira le chemin de fer le plus difficile du monde

La Chine construira le chemin de fer le plus difficile du monde

Des ingénieurs chinois font face à la fois à des paysages spectaculaires et à de grands dangers, alors qu’ils s’engagent à construire le chemin de fer le plus difficile du monde.

La ligne ferroviaire Sichuan-Tibet sera le deuxième chemin de fer dans la région autonome du Tibet (sud-ouest) après la ligne Qinghai-Tibet. Celle-ci traversera le sud-est du plateau Qinghai-Tibet, l’une des zones les plus actives au monde d’un point de vue géologique.

“La construction et l’exploitation du chemin de fer Sichuan-Tibet doivent surmonter les plus grands risques du monde”, a indiqué You Yong, ingénieur en chef de l’Institut des catastrophes de montagne et de l’environnement, dépendant de l’Académie des sciences de Chine (ASC), qui est à la tête d’une équipe de soutien scientifique et technologique visant à éviter les risques de montagne.

La China Railway Eryuan Engineering Group Co. Ltd., qui conçoit la ligne, a précisé qu’elle prendrait son départ à Chengdu, capitale de la province chinoise du Sichuan (sud-ouest), et entrerait au Tibet via Qamdo, en passant par Ya’an et Kangding. Elle traversera ensuite les préfectures de Nyingchi et de Shannan, avant d’arriver à Lhassa, capitale du Tibet. La longueur totale de la ligne atteindra 1.700 kilomètres et la construction coûtera 250 milliards de yuans (environ 36,88 milliards de dollars).

UN VOYAGE EPIQUE

Qualifié de voyage épique, le chemin de fer Sichuan-Tibet est un projet important du 13e Plan quinquennal 2016-2020 de la Chine. Depuis le bassin du Sichuan, il s’élèvera de plusieurs centaines de mètres au-dessus du niveau de la mer jusqu’au “toit du monde”, à une altitude de plus de 4.400 mètres.

Xia Lie, ingénieur principal de la China Railway Eryuan Engineering Group, le décrit comme une énorme “montagne russe” à travers des terrains montagneux et des canyons dangereux.

Il traversera huit montées et descentes, et plus de 80% de la ligne passera à travers des tunnels et sur des ponts.

“L’ascension cumulée du chemin de fer Sichuan-Tibet dépassera 16.000 mètres, soit le double de la hauteur du Qomolangma, la montagne la plus haute du monde”, a noté M. Xia, “Il représentera le super projet le plus difficile dans l’histoire de la construction ferroviaire”.

Les travaux ont commencé aux deux extrémités du chemin de fer. La section entre Chengdu et Ya’an devrait être mise en service en juin 2018. L’étude de faisabilité sur la section entre Ya’an et Kangding a été achevée et la section entre Lhassa et Nyingchi est en construction.

Cependant, la section reliant Kangding à Nyingchi, la plus difficile et la plus longue, est toujours en cours de conception. Sa construction devrait commencer en 2019 et durer environ sept ans, a-t-il ajouté.

Le chemin de fer Sichuan-Tibet sera une ligne principale du réseau ferroviaire de l’ouest de la Chine, reliant le Tibet aux régions centrales et orientales plus développées. La vitesse des trains pourra atteindre entre 160 km/h et 200 km/h sur cette ligne.

Une fois achevé, le temps du voyage en train de Chengdu à Lhassa sera réduit, et passera de 48 heures à environ 13 heures.

UN PAYSAGE MAGNIFIQUE MAIS DANGEREUX

Des montagnes enneigées, des glaciers limpides, des cols escarpés, des canyons profonds, des forêts denses, des prairies vertes, des lacs aux eaux limpides et des rivières à fort courant… Le chemin de fer Sichuan-Tibet traversera de nombreux paysages magnifiques, mais comportant des dangers cachés.

You Yong, qui a passé près de 30 ans à étudier les dangers dans les zones montagneuses, a précisé que la ligne traversera l’est du plateau Qinghai-Tibet, qui présente des changements brusques de terrain.

Elle traversera 21 montagnes enneigées à une altitude de plus de 4.000 mètres et 14 grandes rivières. La région regorge de pentes abruptes et de vallées profondes, a poursuivi M. You.

La structure géologique active de la région provoque de violents séismes. La ligne ferroviaire traversera des zones exposées aux tremblements de terre, telles que les ceintures sismiques de la montagne de Longmen et du fleuve Yarlung Zangbo, a-t-il noté.

Le séisme de magnitude 8.0 qui a dévasté en 2008 le district de Wenchuan, au Sichuan, a entraîné de grands changements environnementaux et a détruit un nombre incalculable de routes. Le tremblement de terre a provoqué des dangers de montagne, tels que des glissements de terrain et des coulées de débris.

D’après M. You, le chemin de fer Sichuan-Tibet comporte quatre caractéristiques environnementales majeures : des différences importantes d’altitude du terrain, de fortes activités de plaques, des catastrophes de montagne fréquentes, ainsi qu’un environnement écologique sensible. Les dangers de montagne constituent un défi majeur. “Les régions le long du chemin de fer Sichuan-Tibet présentent des risques de montagne les plus développés, les plus actifs, les plus divers et les plus sévères en Chine”, a-t-il souligné.

Par exemple, il y a 399 sites dangereux dans la région le long du fleuve Yarlung Zangbo au Tibet, considérée comme l’une des sections routières les plus risquées dans le monde. De fréquents désastres bloquent des routes et provoquent des collisions.

Des scientifiques ont indiqué que les dangers le long de la voie ferrée incluaient des glissements de terrain, des coulées de débris ainsi que des dommages causés par la neige et la glace. Les glissements de terrain se produisent principalement dans les gorges alpines des monts Hengduan et dans le sud-est du Tibet.

La section au Tibet pourrait subir des coulées de débris les plus denses, fréquentes et graves en Chine. La région compte 341 ravins, grands ou moyens, formés suite aux flux de débris.

Le sud-est du Tibet et l’ouest du Sichuan possèdent de nombreux glaciers, qui sont sensibles au changement climatique mondial. La fonte des glaces et de la neige provoque des débordements dévastateurs de lacs glaciaires et des flux de débris, a précisé Chen Xiaoqing, directeur adjoint de l’Institut des catastrophes de montagne et de l’environnement de l’ASC.

En juillet 1988, un débordement brutal d’un lac glaciaire et une coulée de débris ont balayé un village dans le ravin de Midui, dans le district de Bomi au Tibet, et ont bloqué la route pendant six mois.

Le 9 avril 2000, un autre glissement de terrain important et une coulée de débris survenus dans la rivière de Zhamu, dans le village de Yigong du district de Bomi, ont détruit tous les ponts, les routes et les installations de communication construits au cours des quatre décennies précédentes dans la région en aval, entraînant des pertes économiques directes de 300 millions de yuans et des pertes indirectes d’un milliard de yuans.

LES PRECAUTIONS DES SCIENTIFIQUES

“La construction d’un chemin de fer dans un environnement géologique aussi complexe, fera face à beaucoup de difficultés scientifiques et technologiques. Et la prévention et le contrôle des dangers de montagne seront les clés de son succès”, a estimé M. You.

D’autre part, un grand projet de construction traversant la région pourrait aggraver les risques de catastrophes de montagne et compromettre le projet lui-même.

“Nous devons maîtriser immédiatement le schéma de répartition des glissements de terrain, des coulées de débris et des autres catastrophes de montagne, ainsi que leur influence sur le projet ferroviaire. Nous avons besoin de délimiter des zones sûres et dangereuses, et d’étudier comment prévoir et prévenir les catastrophes”, a-t-il ajouté.

L’ASC a commencé en 2014 à analyser le schéma de répartition et les risques des catastrophes de montagne, et à expérimenter la prévention des désastres le long de la route. Actuellement, les scientifiques ont identifié la répartition et les activités principales des dangers de montagne, et ont créé une banque de données sur les risques le long de l’itinéraire.

Sur la base de l’analyse des risques, les chercheurs ont apporté leurs conseils sur la sélection de l’itinéraire et les technologies pour prévenir et contrôler les glissements de terrain et les coulées de débris.

En outre, le gouvernement projette de construire une autoroute reliant le Sichuan et le Tibet. Les conclusions scientifiques seront aussi appliquées à cette construction.

Selon certains experts, ce chemin de fer et cette autoroute stimuleront l’ouverture et le développement économique du Tibet.

La recherche et l’expertise de la Chine à l’égard de la prévention et du contrôle des dangers de montagne ont également été présentées à ses pays voisins.

L’ASC a lancé un plan de recherche en 2016 afin d’aider les secours en cas de catastrophes naturelles dans les pays et les régions le long de “la Ceinture et la Route”.

Cui Peng, académicien de l’ASC et directeur adjoint de l’Institut des catastrophes de montagne et de l’environnement, a indiqué que des pays, comme le Népal et le Kazakhstan, souffraient aussi de nombreux dangers de montagne. “Notre expertise peut aussi être appliquée dans ces pays”.

Chen Xiaoqing a dirigé une équipe de recherche pour aider à résoudre les problèmes technologiques clés liés aux secours en cas de catastrophes le long de l’autoroute reliant la Chine au Pakistan, à travers les montagnes de Karakorum.

Les scientifiques chinois ont également aidé le Tadjikistan à établir un plan pour surveiller un lac de barrage présentant des risques élevés.

BEIJING, 1er octobre (Xinhua)

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