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La chute des prix du pétrole déstabilise de nombreux pays exportateurs

La chute des prix du pétrole déstabilise de nombreux pays exportateurs

Iran, Russie, Venezuela, Nigeria sont très dépendants du pétrole pour leurs recettes en devises et fiscales.
Les perspectives de croissance sont aussi affaiblies, certains pays risquant un désastre financier.

« Le temps où le baril valait 100 dollars est définitivement révolu », lançait, voici quelques jours, sur un ton mi-provocateur, mi-résigné le prince Al Walid ben Talal, d’Arabie saoudite. Pour bon nombre d’analystes, la tendance aujourd’hui se dessine pour un baril autour de 30 à 40 dollars. Hier, le brent à Londres cotait 46,50 dollars. Contre encore 110 dollars l’été dernier !

Même si elle a pris tous les opérateurs de court tant par son ampleur que par la rapidité de baisse des cours, la chute du pétrole ne met pas les pays sur un pied d’égalité. Elle donne de l’oxygène aux importateurs (Chine, Corée du Sud) qui voient leur facture énergétique allégée, même si dans certains cas et notamment pour les pays occidentaux, cette baisse accentue les pressions déflationnistes. En revanche, les exportateurs jettent un tout autre regard sur cette situation inattendue. La plupart ont besoin d’un baril au-dessus de 100 dollars pour équilibrer leur budget. A 40 dollars, c’est un effondrement de la valeur de leur devise, voire la banqueroute qui menace… Il y a ceux qui, comme l’Arabie saoudite, le Koweït ou les Emirats arabes unis, malgré leur dépendance envers l’or noir, ne sont pas particulièrement menacés. Et pour cause : leurs réserves pétrolières et financières sont gigantesques, leur endettement nul et les actifs qu’ils possèdent à l’étranger leur permettent largement d’amortir le choc. Seul bémol, à ce niveau de prix les monarchies pétrolières vivent largement au-dessus de leurs moyens. Elles ont les capacités de résister pendant plusieurs années, mais pas indéfiniment.

Face à la chute accélérée du baril, une autre catégorie de pays, plus fragiles, a très vite minimisé l’impact budgétaire de cette baisse. « Ils ont laissé filer le cours de leur monnaie », explique Christian Déséglise, directeur d’HSBC. C’est le cas bien sûr de la Russie dont le rouble a cédé près de 35 % de sa valeur entre le 27 novembre et le 15 décembre et qui est encore sous pression aujourd’hui, avec un recul de 5 % ces deux derniers jours. Une chute à double tranchant, car si elle permet de maintenir les ressources budgétaires de Moscou, elle étrangle les entreprises et ménages russes souvent endettés en devises. C’est le cas également de la Colombie, qui tire plus de 10 % de ses exportations du pétrole, et du Mexique. Ceux en revanche qui se sont refusés à dévaluer, comme la Malaisie ou le Nigeria, sont confrontés aujourd’hui à de réels problèmes.

Une action concertée

D’autres enfin flirtent, comme le Venezuela, avec le défaut de paiement. Fort des principales réserves mondiales d’or noir grâce à son pétrole non conventionnel, Caracas a dilapidé sa rente et est aujourd’hui au bord du précipice. L’Iran se trouve dans une situation intermédiaire, puisqu’il a besoin d’un pétrole trois fois plus cher pour équilibrer ses comptes mais dispose d’abondantes réserves financières. Ce qui n’empêche pas le président iranien Hassan Rohani de dénoncer le « complot » de la baisse des cours du pétrole, avertissant que l’Arabie saoudite « le regrettera ». Comme l’Iran, Russes et Vénézuéliens sont enclins à croire que la chute du pétrole résulte d’une action concertée. Même si elle est surtout provoquée par un déséquilibre de l’offre et de la demande et de la volonté de l’Arabie saoudite de protéger ses parts de marché à tout prix, il faut reconnaître qu’en affaiblissant Téhéran, Caracas et Moscou, elle est une aubaine géostratégique pour Washington et Riyad.

Michel de Grandi et Yves Bourdillon
lesechos.fr

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