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La conquête du marché africain, une chimère pour l’Algérie

La conquête du marché africain, une chimère pour l’Algérie
l’un des objectifs primordiaux du groupe, est important à plus d’un égard, surtout que le secteur emploie 60% de la main-d’œuvre, mais en face, il ne représente que 25% du PIB.

Le transport maritime étant un sérieux handicap

Se tourner vers l’Afrique, en ces temps de crise, est une manière d’amortir les lourds impacts directs et réparer les dommages collatéraux qui s’enchaînent depuis la conclusion de l’Accord d’association avec l’UE et l’intégration de la Grande zone arabe de libre-échange (Gzale). Car il est bien beau de miser sur les nouvelles perspectives qui pourraient s’offrir aux PME/PMI algériennes de se repositionner sur ces vastes territoires, mais faudrait-il encore avoir les moyens de sa politique, notamment en ce qui concerne la chaîne logistique et transport.

L’urgence de mettre en place deux problématiques majeures à prendre très au sérieux et qui «doivent servir d’axe de travail lors du très attendu Forum africain d’investissements et d’affaires, prévu à Alger du 3 au 5 décembre 2016, pour renverser la situation avant que celle-ci ne se renverse encore une fois.

Le cas des deux accords conclus avec les deux ensembles régionaux UE et Gzale a mis à nu le peu, pour ne pas dire l’absence totale, de performance de la chaîne logistique et des transports», estiment des spécialistes. Car quand bien même l’on se serait rendu compte qu’il était temps de repenser le marché, tout porte à croire que ces deux secteurs ne pourraient se hisser à la hauteur de l’ambition des milieux politiques et des affaires. «Il est regrettable de constater le temps mis par notre pays pour se rendre compte de l’intérêt économique de notre continent.

L’Algérie indépendante a très fortement soutenu les mouvements Africains qui luttaient encore pour la libération de leurs pays du joug colonialiste et de l’apartheid. Une ouverture plus précoce vers ce continent aurait permis à nos opérateurs de bénéficier de toutes les faveurs des autorités de ces pays, des entreprises et des populations…

Nous en serions aujourd’hui à un degré de développement conséquent», réagissait, dans une déclaration destinée à notre rédaction, Saadi Arezki, expert-consultant international, basé à Aix-en-Provence (France). Malheureusement, déplore-t-il, «il en a été autrement et la dernière chute des cours des hydrocarbures, qui a mis en exergue la fragilité d’une économie basée sur la seule ressource pétrolière, a mécaniquement ramené la réflexion des autorités sur les possibilités de développement vers l’Afrique pour permettre de sortir de cette dépendance pétrolière.

Encore plus malheureusement, cette prise de conscience ne pourrait être bénéfique en l’état actuel des choses».
Il serait plus judicieux de mettre au point, au préalable, des stratégies de conquête et de structurer une démarche globale et par secteur qui s’adaptent au mieux aux besoins de ces marchés africains et surtout aux réalités du pays : «Repenser le marché africain et ses ouvertures est une chose, réaliser des opportunités en est une autre…

Les échanges économiques, car c’est de cela qu’il s’agit, ne peuvent se concrétiser, dans des conditions bénéfiques, sans l’existence d’une chaîne logistique permettant le transport, le stockage, la distribution des produits, équipements, matières premières, pièces détachées, etc.» Ainsi décrypté par cet expert, l’environnement est tout sauf favorable à l’épanouissement des partenariats commerciaux et industriels entre les milieux du business algérien et africain auquel aspirent le département de Lamamra et le FCE, initiateurs du regroupement économique de décembre prochain, le premier du genre de par sa dimension géographique et sa portée économique mais aussi diplomatique.

«L’Algérie n’a pas les moyens dont elle disposait dans les années 1970-80 : 50 navires de transport maritime, une couverture des échanges extérieurs de 34% avec un poids important sur la détermination des services et des taux offerts, une flotte SNTR de plus de 5000 camions, des entrepôts de stockage appartenant à plusieurs entreprises nationales…»

Mieux, déplore encore M. Saâdi, et il sait de quoi il parle, après 36 ans d’activité dans le domaine des transports maritimes (18 ans à la Cnan, 6 ans à Cma Marseille et 12 ans à Maersk). «Aujourd’hui, le pavillon national CNAN couvre moins de 2% des échanges extérieurs, les transports maritimes sont passés sous le contrôle de trois opérateurs européens qui offrent les services qu’ils veulent et appliquent les taux et les surcharges qu’ils veulent, la chaîne logistique nationale (entrepôts…) est réduite à sa plus simple expression…»

Des obstacles lourdement pénalisants qui laissent augurer d’un avenir pas tout à fait clair pour le projet gouvernemental de mettre le cap sur la destination Afrique. «Dans le cas où des marchés s’y ouvriraient pour les produits algériens, dans quelles conditions les acheminerait-on vers ces marchés attendus qu’ils doivent y être présentés dans un cadre compétitif ouvert avec des produits venant du monde entier ?», s’interroge M. Saâdi, qui citera le cas du Maroc qui semble avoir mieux saisi cette opportunité, et ce, en permettant à ses PME/PMI d’avoir une bonne visibilité aux fins d’un débarquement réussi en Afrique. «Il a construit un port international capable de réceptionner les plus gros navires en exploitation.

Ce port accueille les cargaisons, en transit, pour les acheminer vers certaines régions du continent, leur destination finale et parachève la réalisation d’un réseau de rail et d’autoroutes reliant ce port, le nord du pays, les villes et centres de production au sud du pays avec le projet de liaison et de connexion avec les pays africains», tient-il à souligner.

Naima Benouaret / elwatan.com

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