dimanche 09 août 2020
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La dette des entreprises: un remède qui peut être mortel

La dette des entreprises: un remède qui peut être mortel

On saura ce mardi après-midi si l’unique candidat à la reprise du chausseur André est retenu par le tribunal de commerce de Grenoble. Acculé par le confinement, le groupe français était déjà perclus de dettes avant la pandémie. L’endettement excessif peut tuer une entreprise, un risque qui semble aujourd’hui être passé au second plan.

Dans le monde d’après le Covid-19, l’urgence est de sauver les entreprises et les emplois qui vont avec. Avec la bénédiction des États, les sociétés en difficulté empruntent donc massivement. C’est particulièrement vrai en France où leur endettement a bondi depuis le début du mois de janvier. Leur dette cumulée se monte à 1800 milliards d’euros, à mettre en rapport avec celle des entreprises du monde entier estimé à 7 057 milliards d’euros. Parmi les bénéficiaires on retrouve aussi bien des entreprises du CAC40, -Air France a levé 4 milliards d’euros-, que des PME, comme un restaurant ayant besoin de quelques dizaines de milliers d’euros pour sa trésorerie. Aux États-Unis l’ivresse de la dette est tout aussi spectaculaire. Les entreprises, y compris les plus mal notées par les agences, se précipitent pour lever de la dette. Boeing déjà mal en point avant le coronavirus a emprunté la somme record de 25 milliards de dollars (21,26 milliards d’€).

Et on leur fait facilement crédit ?

Que ce soit via les banques ou sur le marché obligataire, c’est « open bar » pour les entreprises. En France la garantie de l’État libère la prudence des banques. Aux États-Unis, le signal est venu de la Réserve fédérale qui s’est mise à acheter de la dette privée à partir du mois de mars, pour la première fois de son existence. Le risque est pour ainsi dire anesthésié par l’intervention de la puissance publique. Et le coût réduit à un niveau très faible grâce au programme de rachat massif de dettes orchestré par toutes les banques centrales occidentales. Cette orgie d’emprunt fait le bonheur des investisseurs. C’est plus rentable que la dette souveraine qui flirte régulièrement avec des rendements négatifs dans la zone euro. Et les entreprises y trouvent donc une seconde vie.

Voire une assurance vie ?

Dans la vie réelle des entreprises, il faut rembourser ses dettes ou bien c’est la faillite, la fin de l’histoire. Il y a donc une épée de Damoclès qui pèse sur les plus faibles, et cela ne date pas de la pandémie. Car cette addiction à la dette est bien antérieure au Covid-19. Elle a commencé avec la crise de 2008 et la persistance des taux d’intérêts ultra bas favorisés par l’action des grands argentiers. Le Fmi a donné l’alerte dès 2018 sur les risques que représentent ce boulet ; si un incident quelconque venait à faire grimper les taux d’intérêt sur les marchés obligataires, beaucoup d’entreprises se retrouveraient au bord du défaut de paiement avertit le fonds. Voilà de quoi fragiliser les banques également, qui ont des créances d’entreprise à risque dans leur portefeuille. Outre ce scénario catastrophe encore très hypothétique, d’autres menaces plus immédiates pèsent sur les entreprises surendettées et l’économie en général. Les plus fragiles qui auraient dû succomber à la crise survivent, vivotent, mais elles auront sans doute le plus grand mal à retrouver les moyens d’investir, contraintes de consacrer tous les profits retrouvés au remboursement de leurs dettes. Ces entreprises zombies vont ralentir le rythme de la reprise, et les plus précaires seront balayées. On s’attend l’an prochain à un taux de faillite d’au moins 10%, 20% selon les scénarios les plus pessimistes.

rfi

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