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La dette, risque majeur pour les pays émergents

La dette, risque majeur pour les pays émergents

Dans sa chronique publiée dans Investir-Le Journal des Finances du 30 mai, Alicia Garcia-Herrero, chef économiste spécialiste des marchés émergents chez BBVA, explique que nombre de pays émergents, comme la Chine et le Brésil, voient leur dette s’envoler. La hausse des taux de la Fed sera donc déterminante.

L’accumulation de dette n’est plus une problématique exclusive des économies développées. Bien qu’ils se situent à une étape assez précoce du cycle d’endettement, les pays émergents leur emboîtent désormais le pas : la vitesse à laquelle ils accumulent de la dette est impressionnante et, dans de nombreux cas, la tendance est encore plus soutenue que dans les pays matures. La « nouvelle normalité » des prix des matières premières a un impact sur bon nombre de pays émergents exportateurs, en particulier sur ceux qui n’ont pas su se constituer un coussin budgétaire ou ceux dont la balance des paiements n’est pas suffisamment excédentaire.

Le Brésil représente un bon exemple. En plus d’avoir subi une évolution défavorable des conditions d’échange commercial, en raison de la chute brutale des prix des matières premières qu’il exporte (minerai de fer, pétrole, soja), le pays a dû endurer le resserrement des conditions monétaires. Cela a non seulement réduit le potentiel de croissance économique du Brésil, mais a aussi alourdi le fardeau de la dette du pays, déjà conséquente. Le poids de cette évolution ne doit pas être sous-estimé car le Brésil joue toujours un rôle majeur en tant qu’investisseur dans l’ensemble des autres économies émergentes. Une dégradation de la notation de crédit du Brésil – qui conduirait à la perte de son statut investment grade – pourrait rapidement se propager à d’autres pays émergents.

De son côté, la Chine est aussi concernée par l’endettement. L’économie chinoise, malgré de plus faibles perspectives de croissance, est confrontée à une flambée des prix des actifs boursiers. Difficile à justifier par les fondamentaux économiques, la récente euphorie des marchés boursiers reflète plutôt l’engouement des fonds d’investissement pour les mesures exceptionnelles d’assouplissement monétaire déployées par la Banque de Chine. Mais cette politique d’expansion monétaire comporte un risque important, celui d’encourager une poursuite de l’endettement vers des niveaux de moins en moins soutenables. La situation chinoise est peut-être plus préoccupante qu’on le croit. Depuis la crise financière, la dette a explosé et, selon les données de McKinsey Global Institute, la Chine s’est autant endettée que les économies du sud de l’Europe. Avec toutefois cette différence notable que la Chine s’endette à un moment beaucoup plus précoce de son cycle de développement. Comparons la Chine au Japon, le pays d’Asie le plus endetté. Même si les niveaux de dette publique sont encore bien moindres en Chine (50 % du PIB en Chine contre 250 % au Japon), le rythme de l’accumulation de dette a été beaucoup plus intense en Chine depuis l’éclatement de la crise.

Reste enfin à considérer l’impact que pourrait avoir le resserrement monétaire de la Fed sur les flux de capitaux en direction des marchés émergents et sur les taux obligataires dans ces pays, avec un renchérissement possible du coût du crédit. En Asie, des pays comme l’Indonésie et l’Inde seront probablement les plus sensibles à l’inversion du cycle monétaire de la banque centrale américaine. Les expériences récentes prouvent que la politique de la Fed est une force déterminante pour le comportement des marchés émergents, en particulier en Asie et en Amérique latine.

Alicia Garcia-Herrero
bourse.lesechos.fr

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