mercredi 08 juillet 2020
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La faillite du Trader Zen Rock à Singapour bouscule les financiers suisses et les pétroliers africains

La faillite du Trader Zen Rock à Singapour bouscule les financiers suisses et les pétroliers africains

Par Rodrigue Fénélon Massala, grand reporter.

La mise sous scellés, vendredi, du siège du trader ZenRock à Singapour provoque la frayeur des milieux financiers suisses et pétroliers africains. Dénoncée par HSBC, qui se plaint de “pratiques malhonneêtes”, ce trader rejoint une liste de trois sociétés soupçonnées de fraude dont le légendaire Hin Leong. Les découverts se chiffrent à 5 milliards de dollars pour les grandes banques, notamment suisses, l’ONG Public Eye. Derrière les banquiers, les acteurs du négoce sont sur les dents. Au rang des lésés, le trader genevois Totsa, la branche singapourienne de Crédit Agricole et la discrète Banque de Commerce et de Placements (BCP).

Une ardoise salée

La faillite de ZenRock, une société de négoce fondée en 2014 à Singapour, disposant de filiales en Chine, dans les Emirats et à Genève (fraîchement inaugurée il y a un an), et dont les actionnaires sont connus dans le secteur pour se déplacer en vol affrété spécialement et réserver les meilleures suites à l’Armani Hotel de Dubaï, laisse une ardoise salée. L’alerte avait été donnée dès la fin avril quand la banque HSBC a alerté l’autorité de réglementation de Singapour (ACRA) sur une «série de transactions hautement frauduleuses» de la part de ZenRock.

La banque demande dans la foulée la nomination d’une tierce partie indépendante pour régler la restructuration. Le 6 mai, le trader demande officiellement des mesures de protection judiciaire contre ses créanciers. Outre HSBC, exposée à hauteur de 51 millions de dollars, la BCP est également aspirée dans la faillite de Singapour. La seule banque autorisée sous Obama à faire des transactions avec l’Iran avait prêté 19,2 millions de dollars à ZenRock, un montant qui arrivait à échéance le 27 avril dernier et qui n’a pas été réglé, selon la déclaration sous serment (affidavit) du patron de ZenRock auprès de la Haute Cour de Justice de Singapour, datée du 6 mai, que Public Eye a publié durant le mois de mai.

L’ardoise de ZenRock auprès de Crédit Agricole pourrait, elle, se monter à 23,7 millions de dollars si le groupe ne remplit pas ses obligations d’ici au 5 juin. Par ailleurs il sied de noter, si ZenRock est noyé, c’est parce que ses traders pratiquaient ce qui est considéré comme «un sport national» sur le marché chinois, à savoir obtenir plusieurs financements pour une seule et même cargaison de matières premières. L’opération rappelle certaines escroqueries comme la pyramide de Ponzi. «J’ai beaucoup de mal à comprendre comment les banques ont pu accepter cela, résume un avocat genevois spécialiste du domaine. En principe, les Bills of Lading (connaissements, titres de propriété, NDLR) sont endossés au nom d’une seule banque. Beaucoup de gens ne comprennent pas comment cela marche. »

Cette situation embarrasse les gouvernements de plusieurs pays pétroliers qui collaborent avec les traders qui utilisent la plateforme financière Singapourienne pour les placements. En effet, selon les informations en notre possession, les sociétés de négoce suisses et singapouriennes achètent une part considérable du pétrole provenant du continent. Les paiements versés par les firmes des traders génèrent une part significative des recettes de ces pays, dont certains figurent parmi les plus pauvres de la planète. Ces paiements présentent en outre d’importants risques de gouvernance puisqu’ils sont effectués dans des contextes caractérisés par des institutions faibles et une corruption endémique. Mais jusqu’à présent et malgré leur importance, ces transactions ont échappé à toute surveillance, suite aux pratiques peu transparentes adoptées par les firmes comme ZenRock et à la faiblesse des réglementations.

Aujourd’hui où tout éclate au grand jour du fait la faillite de ZenRock ,on se rend compte de l’opacité qui a toujours entouré la vente et la commercialisation du pétrole des pays africains à l’instar du Congo.

Comme tous les pays producteurs de pétrole africains, l’économie du Congo est fortement dépendante du secteur pétrolier, qui représente 80 % des recettes de l’État. La compagnie pétrolière nationale, la Société Nationale des Pétroles du Congo (SNPC), est chargée de commercialiser des volumes importants, lesquels se sont élevés à 151 000 barils par jour jusqu’à la période de l’embellie et à 126 000 en 2012 et 2014. La société compte à son actif des épisodes de gabegie financière et de détournement de fonds publics.

Par exemple, en 2005, une procédure engagée au Royaume-Uni a révélé que la SNPC vendait du pétrole à travers un réseau de sociétés offshore contrôlées par des officiels congolais. Les sociétés fictives avaient été créées pour tenir les revenus pétroliers hors de portée des nombreux créanciers de l’État, une partie du profit ayant également été détournée par les officiels qui les dirigeaient. Glencore ,Vitol et Zenrock ont acheté du pétrole à ces sociétés offshores. L’affaire ZenRock vient faire tomber le château de cartes, suscitant des inquiétudes banquiers suisses et des milieux politiques et pétroliers africains.

financialafrik

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