Accueil / Finances / La mauvaise santé des BRICS peut-elle déstabiliser l’économie mondiale ?

La mauvaise santé des BRICS peut-elle déstabiliser l’économie mondiale ?

La mauvaise santé des BRICS peut-elle déstabiliser l’économie mondiale ?

Vous savez que nos amis anglo-saxons adorent les acronymes, on avait ainsi eu droit lors de la crise de l’euro aux « PIGs », P comme Portugal, I comme Irlande, G comme Grèce (évidemment…) et S comme Spain, Espagne en anglais – quatre pays dits périphériques ayant alors en commun un problème de surendettement et regroupés sous une même abréviation modérément flatteuse puisque, comme chacun sait, PIG signifie « cochon » dans la langue de Shakespeare. Les BRICs, eux, sont au contraire ces pays émergents de grande taille dont le décollage a été spectaculaire ces dernières décennies, B comme Brésil, R comme Russie, I comme Inde et C comme Chine – c’est l’économiste de Goldman Sachs Jim O’Neill qui avait forgé cette appellation il y a une douzaine d’année, à l’époque, l’idée paraissait d’ailleurs tout à fait saugrenue…

Pourquoi saugrenue ?

On est alors en 2001 et, à ce moment là, unir en un concept unique des pays aussi distants géographiquement comme politiquement que Chine, Inde, Russie et Brésil est à soi seul très osé , certain ont même parlé de Brics à brac… Mais, en plus, O’Neill annonçait quelque chose d’alors incroyable, il prédisait que les BRICs, qui tous sortaient alors péniblement du sous-développement – ou, s’agissant de la Russie, du désastreux planisme soviétique – auraient dès 2040 un PIB cumulé supérieur à celui des 6 plus grands pays industrialisés, Etats-Unis, Allemagne, Japon, France, Royaume-Uni et Italie pris ensemble – tout cela apparaissait assez délirant…

Alors, qu’en est-il ?

Et bien non seulement Jim O’Neill a eu raison en anticipant un rattrapage effréné de tous les BRICs, mais les faits risquent même de consacrer sa prophétie plus tôt que prévu, on attend désormais pour 2030 ou 2032 le dépassement du G6 par les BRICs, et non pour 2040. Après quinze années d’une croissance comprise entre 4% et 9% par an – ça fait rêver…- les BRICs pèsent déjà à eux quatre 20% du PIB mondial, tous figurent parmi les dix premières puissances économiques mondiales, la Chine est numéro deux derrière les Etats-Unis et devrait faire jeu égal avec eux dans sept ou huit ans, elle leur a même déjà ravi le titre de première puissance commerciale de la planète. Les trajectoires de tous ces pays ont été phénoménales, juste un chiffre, Guillaume, depuis 12 ans, le Brésil a vu son poids économique multiplié par plus de trois, c’est dire !

Et quel impact tout cela a-t-il eu sur nous ?

Un impact puissant et très positif, vous vous en doutez, l’envolée des BRICS a littéralement tiré la croissance mondiale, en réalité la demande supplémentaire qu’ils nous ont adressée a puissamment soutenu notre activité économique – d’ailleurs, contrairement à ce que l’on croit souvent, à part avec la Chine, notre balance extérieure est équilibrée ou peu déficitaire avec beaucoup d’émergents, voire dans certains cas franchement excédentaire, par exemple avec le Brésil, l’Afrique du Sud ou encore les Philippines. Le problème, Guillaume, c’est justement que ce moteur là de l’économie mondiale connaît actuellement des ratés très inquiétants, il semble bien que la fête soit finie pour les BRICs. Cette année, deux d’entre eux, le Brésil et la Russie, sont carrément en récession et la Chine connaît un fort ralentissement, seule l’Inde continue à enregistrer 7% de croissance, cela fait un tableau beaucoup, beaucoup moins glorieux qu’il y a seulement un ou deux ans – il y a donc du souci à se faire chez eux, mais aussi chez nous qui sommes leurs fournisseurs presqu’autant que leurs clients…

Pourquoi ce ralentissement ?

En réalité, de même que les causes des malheurs des BRICs sont aussi variées qu’ils le sont eux-mêmes. Le Brésil et la Russie ont en commun l’effondrement du prix des matières premières et du pétrole, dont ils sont de gros producteurs, mais la Russie subit en plus les sanctions occidentales tandis que le Brésil souffre d’une économie suradministrée et d’une inflation de moins en moins contrôlée. Quant à la Chine, elle souffle un peu après avoir opéré un rattrapage tel que, aujourd’hui, sur la bande côtière, la zone la plus développée, les salaires ne sont plus très loin des niveaux américains, ce qui fait que la compétitivité à l’export s’évapore – et puis, la Chine est aussi un peu rattrapée par la spéculation immobilière et l’endettement de tous les agents économiques. Rien d’irrémédiable, même si les choses semblent assez graves au Brésil, mais, au total, une contribution durablement plus faible à la prospérité mondiale durant au moins quelques années, à part dans le cas de l’Inde, la seule vraie rescapée – d’ailleurs, c’est en grande partie à cause des BRICs que la Banque Mondiale révise régulièrement à la baisse ses prévisions de croissance, elle parle désormais de 3 à 3,5%, c’est moitié moins que lorsque les BRICs caracolaient et tiraient tout le monde derrière eux… Il n’y a plus qu’à souhaiter, Guillaume que l’autre prophétie de Jim O’Neill, qui est d’ailleurs récemment devenu secrétaire au Trésor au Royaume-Uni, soit fondée : après les BRICs, O’Neill voyait se profiler l’aurore des « Next 11 », les onze suivants, onze pays qui, du Bengladesh au Mexique en passant par le Nigeria et le Vietnam, sont censés prendre le relais – et bien, on ne demande que ça…

 

 

Aller en haut