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La méthode Barnier pour négocier le Brexit

La méthode Barnier pour négocier le Brexit

EXCLUSIF Le négociateur européen veut d’abord un accord sur trois questions clefs. L’accord de libre-échange doit éviter tout risque de dumping.

Maintenant que la procédure de divorce avec le Royaume-Uni est lancée , Michel Barnier ne va plus pouvoir être aussi discret. Le négociateur en chef du Brexit pour la Commission européenne, qui va piloter l’ensemble des discussions pour l’Union européenne, était très sollicité, mercredi à Malte, lors d’un sommet du parti des droites européennes (PPE). En marge de celui-ci, il l’a reconnu lui-même auprès des « Echos » : il va falloir « pratiquer la transparence aussi largement que possible » pour cette « négociation extraordinaire » qui « ne peut pas être secrète ».

Ses maîtres mots : rigueur et respect mutuel. Se défendant de toute arrière-pensée tactique, le Savoyard estime qu’une rupture des négociations sans aucun accord serait « dramatique » et n’est donc, à ses yeux, « pas une option ». Celui qu’une certaine presse britannique a pu voir, un temps, comme « l’homme le plus dangereux d’Europe », assure au contraire « marcher au milieu de la route », « travailler sur la base des faits en évitant les émotions » afin d’aboutir à un accord permettant « aux Britanniques de sortir correctement, et à l’Union de ne pas être fragilisée ».

Ce qui ne l’empêche pas d’être très clair sur le fait que les Britanniques vont « perdre le passeport européen » en matière financière, un point sur lequel il sera « extrêmement vigilant » pour avoir supervisé, en tant que commissaire européen aux Services financiers, l’architecture financière européenne.

Régler trois questions clefs

Il voit le calendrier qu’il s’est fixé comme « logique car conforme à ce qui est écrit dans le traité » : il faut d’abord tracer les grandes lignes d’un accord sur trois questions clefs permettant un retrait ordonné du Royaume-Uni. D’une part, le chèque que devra verser le pays aux Européens , au titre des engagements auxquels il a souscrits en tant que membre. D’autre part, le statut des citoyens européens installés au Royaume-Uni , de même que celui des Britanniques sur le continent . Enfin, la question de la frontière avec l’Irlande .

Indispensable sécurité juridique

A ceux qui pourraient voir dans ce séquençage une stratégie délibérée pour mettre d’abord sur la table des questions explosives (notamment le chèque britannique), Michel Barnier oppose un argument très différent : « la décision des Britanniques de quitter l’Union engendre de l’incertitude juridique et notre première mission est de recréer de la sécurité juridique car derrière tout cela, c’est aussi de confiance qu’il est question. Nous devons bâtir le nouveau partenariat avec Londres sur des bases solides ». L’idée, sur ces trois dossiers, serait de se mettre d’accord rapidement sur les principes directeurs, quitte à prendre le temps nécessaire pour peaufiner les détails.

Ce scénario, outre qu’il est indispensable compte tenu du temps très limité dont disposeront les négociateurs, permettrait d’embrayer rapidement sur d’autres sujets. Et même, éventuellement, d’envisager un accord intérimaire . « Si l’objectif est de signer un accord de libre-échange rapidement, on peut imaginer un arrangement intermédiaire limité dans le temps et encadré par les règles et supervisions européennes », reconnaît l’ancien Commissaire.

Prévenir tout rique de dumping

Mais attention : l’accord de libre-échange devra être « accompagné de garanties contre tout risque de dumping », prévient le négociateur en chef. Alors que Londres a brandi, à plusieurs reprises, la menace d’une guerre des taux d’imposition pour attirer sur son sol les entreprises, les Vingt-Sept ont l’intention d’être intraitables sur la question. Explication de Michel Barnier : « Tous les accords de libre-échange négociés par le passé ont été construits dans un processus de convergence économique, or cette fois nous sommes totalement intégrés et nous allons diverger par la volonté britannique ». Dès lors il convient de faire le nécessaire pour que la divergence réglementaire soit « contrôlée, maîtrisée, vérifiée » afin d’éviter un dumping « social, environnemental, fiscal ».

Une attitude prudente, afin de réunir la signature des vingt-sept Parlements nationaux. Inutile d’espérer obtenir ces validations sans un texte qui prémunisse sérieusement l’Union européenne d’une guerre fiscale avec Londres. Même mise en garde concernant l’ensemble de la négociation autour de l’article 50 : l’unité des Vingt-Sept sera fondamentale car sans elle, le Conseil européen ne pourra pas accepter l’accord final. « Je préfère prévenir », conclut-il.

Gabriel Gresillon, bureau de Bruxelles.
lesechos

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