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La mise en garde du plus grand banquier de Wall Street.

La mise en garde du plus grand banquier de Wall Street.

Le PDG de JP Morgan redoute une volatilité excessive des marchés.•Paralysées par les régulateurs, les banques auront moins de latitude pour résoudre une crise, prévient-il.

Les banques américaines sont en plein boom. La plus grande d’entre elles, JP Morgan, n’a jamais réalisé autant de profits de toute son histoire (22 milliards de dollars en 2014, soit 20 % de plus que l’année précédente). Elle a beau avoir payé 26 milliards de dollars d’amendes au titre de divers scandales financiers (baleine de Londres, crise des subprimes, etc.), elle a accumulé cinq records de profits au cours des cinq dernières années, se félicite son PDG Jamie Dimon, dans la lettre envoyée aux actionnaires mercredi soir. « Le système bancaire n’a jamais été aussi fort et aussi sûr », ajoute-t-il, très content d’avoir soldé par ailleurs l’essentiel de ses déboires juridiques.

Et pourtant, le gourou de Wall Street n’est pas totalement rassuré. Il lance deux avertissements quant aux mois à venir. Premier d’entre eux : certains marchés, tels les obligations et les devises, pourraient devenir excessivement volatils. Réputées très stables d’ordinaire, les obligations subissent des fluctuations jamais vues jusqu’alors. Jamie Dimon en veut pour preuve le 15 octobre dernier, où les taux d’intérêt associés aux bons du Trésor américain ont bondi de 40 points en l’espace de quelques minutes. « C’est un événement que l’on observe seulement tous les 3 milliards d’années », plaisante-t-il. Le mouvement n’a pas provoqué de panique. Mais s’il intervenait dans un moment de stress pour les marchés, il pourrait avoir des conséquences bien plus graves. « C’est un coup de semonce pour les investisseurs », ajoute-t-il.

« Tous les 3 milliards d’années »

Certaines choses sont immuables, et il y aura une nouvelle crise, prévient-il par ailleurs. Les marchés risquent de devenir tellement volatils qu’ils détruiront beaucoup de valeur, y compris dans les titres très liquides. Les banques solides, qui étaient venues au secours des plus faibles en 2008, auront cette fois-ci « plus de mal à résister à la marée [...]. Elles auront moins de capacité d’action pour agir positivement ». La faute aux régulateurs, qui imposent de tels niveaux de capitaux aux banques qu’elles ne pourront plus prêter aux établissements mal en point. Les bons du Trésor, qui constituent une valeur refuge en cas de crise, deviennent par ailleurs trop inaccessibles. « Seule la moitié d’entre eux circule sur les marchés », indique Jamie Dimon. Les pays et les banques centrales accaparent le reste, tout comme les banques qui doivent respecter leurs fameuses contraintes de capital. En cas de tempête financière, il n’y aura donc plus de valeur refuge pour les établissements en panique.

Lucie Robequain
lesechos.fr

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