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La monétisation de la 4G reste un défi pour les opérateurs

La monétisation de la 4G reste un défi pour les opérateurs

En Europe, la tendance est au gonflement des offres data, mais sans hausse de prix.

C’était l’un des grands espoirs des opérateurs télécoms. Grâce à la 4G, ils allaient pouvoir renouer avec la croissance des revenus et des marges. Cela ne s’est pas vraiment passé comme prévu. Trois ans après ses débuts, la question de la monétisation du très haut débit mobile reste posée, en France comme dans le reste de l’Europe.

Selon une note du cabinet Raymond James, les 50 premiers opérateurs ont affiché en moyenne une baisse de 0,5 % de leur chiffre d’affaires mobile au ­premier trimestre. Certes, il y a du mieux par rapport aux trimestres précédents, mais cela reste décevant, considère le cabinet, compte tenu de la pénétration de la 4G (51 % des forfaits en Europe) et de la hausse croissante du volume de data échangées.

A ce titre, la tendance qu’ont les opérateurs à gonfler les enveloppes data sans augmenter les prix n’est pas forcément de nature à rassurer sur le potentiel de monétisation de cette technologie. En France, Free avait dégainé le premier l’an dernier en poussant le plafond de consommation de 20 Go à 50 Go. La semaine dernière, Bouygues Telecom s’est engouffré dans la brèche en offrant la 4G illimitée le week-end (pour des forfaits 5 Go et plus) et en octroyant plus de data pour ses forfaits moyen et haut de gamme.

Faire basculer vers le forfait opérateur

Aux Pays-Bas, c’est T-Mobile qui vient d’octroyer gratuitement 8 Go supplémentaires sur son offre à 12 Go. Au Danemark aussi, Telenor a relevé généreusement les ­plafonds de ses forfaits. « C’est la tendance un peu partout en Europe, sauf en Espagne », explique Stéphane Beyazian, chez Raymond James. Chez les opérateurs qui pratiquent de telles offres, on met en avant l’évolution des usages et la croissance naturelle de la consommation de data avec la 4G.

« Il y a une certaine logique dans les ­télécoms à changer les offres et à proposer plus au fur et à mesure de l’avancée des technologies », remarque un bon connaisseur du secteur. En outre, le gonflement des enveloppes data concerne des forfaits plutôt haut de gamme et représente une incitation à faire basculer vers le forfait supérieur, donc à payer plus. « Le modèle économique d’un ­Bouygues Telecom n’est pas bouleversé avec ces offres, juge Vincent Maulay, analyste chez Oddo. Cela aurait été plus problématique si cela concernait l’entrée de gamme. »

Le message envoyé à destination des consommateurs peut néanmoins être ambigu. « Ce n’est pas forcément une bonne idée d’offrir trop de data dans les forfaits. On laisse à penser que la data ne vaut pas grand-chose, regrette un dirigeant d’opérateur français. Or il y a un réseau et des investissements derrière. Ce n’est pas rien, cela a un coût. » Reste à savoir si ce type d’offre peut se généraliser chez tous les opérateurs.

Contexte ultraconcurrentiel

Compte tenu du contexte ultraconcurrentiel dans le mobile, c’est probable. « Gonfler les enveloppes data est plutôt une stratégie de conquête de clients », nuance Sylvain Chevallier, associé chez BearingPoint. « Il y a aussi une volonté pour certains opérateurs de tester le marché, de voir comment se comportent les clients », poursuit-il.

Offrir ou ne pas offrir de la data en plus ? En Finlande, on ne se pose pas la question en ces termes. Alors que la majorité des opérateurs européens a basé son modèle de monétisation sur le volume de data disponibles, le groupe Elisa a décidé de facturer la technologie. Pour bénéficier de la 4G, ses clients 4G paient un supplément de 8 euros par rapport aux forfaits classiques, mais jouissent d’une consommation illimitée. Résultat : l’opérateur vient d’enregistrer une croissance des revenus de 8 %, avec seulement un quart d’abonnés 4G. Et la ­consommation moyenne par abonné s’élève à 8 Go. De quoi faire rêver.

Fabienne Schmitt
lesechos.fr

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