dimanche 20 septembre 2020
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La page tournée du franc CFA en Afrique de l’Ouest

La page tournée du franc CFA en Afrique de l’Ouest

Avec la fin de 2019, ce n’est pas une page qui se tourne mais une ère qui s’achève en Afrique de l’Ouest. Le 21 décembre, à l’occasion de la visite officielle du président français Emmanuel Macron en Côte d’Ivoire, le ministre des Finances du Bénin, Romuald Wadagni, président en exercice du Conseil des ministres de l’UEMOA, a signé à Abidjan avec le ministre français de l’Economie et des finances, Bruno Lemaire, un nouvel accord de coopération monétaire qui remplace celui existant depuis plus de 46 ans : le franc CFA cède la place à l’Eco. « On pourrait parler du Brexit de l’Afrique de l’Ouest« , a commenté le 1er janvier l’éminent Financial Times britannique. Et David Pilling dans son article de rappeler que l’acronyme « CFA » signifiait « Colonies françaises d’Afrique ».

« C’est donc bien une étape historique qui est franchie ici« , a souligné, à Abidjan le 21 décembre, Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse commune avec son hôte, le président ivoirien Alassane Ouattara dont, rappelons-le, le mandat s’achève cette année.

« C’est aussi en entendant votre jeunesse que j’ai souhaité à vos côtés, Monsieur le Président, engager la France dans une réforme historique et ambitieuse de la coopération monétaire entre l’Union économique et monétaire ouest-africaine et notre pays. Oui, la question du français CFA cristallise de nombreux débats et de nombreuses critiques sur le rôle supposé de la France en Afrique. Et c’est la jeunesse africaine qui la pose », a déclaré le chef de l’Etat français. « Alors moi, je n’appartiens pas à une génération qui a connu le colonialisme, beaucoup des jeunes qui nous le reproche ne l’ont pas connu davantage et parfois prêtent à cette époque les difficultés d’aujourd’hui. Donc rompons les amarres, ayons le courage d’avancer, de regarder et de bâtir ensemble en effet un partenariat décomplexé. »

La nouvelle relation monétaire

Concrètement, le franc CFA dans le cadre de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa) qui, rappelons-le, regroupe le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, sera remplacé dès cette année par l’Eco, est-il confirmé. Mais la parité fixe avec l’euro (actuellement 1 euro = FCFA 655,96) sera maintenue et garantie par la France.

Ceci s’accompagnera par deux changements techniques « majeurs » : la fin de la centralisation obligatoire auprès de la Banque de France de 50% des réserves de change de l’Uemoa , en supprimant le mécanisme du compte d’opérations ; la France ne siègera plus dans aucune des instances techniques de gouvernance de l’Union. « Plus spécifiquement« , a précisé Emmanuel Macron, « elle ne nommera plus de représentants au Conseil d’administration [de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), Ndlr.], au Comité de politique monétaire de la Banque centrale, ni à la Commission bancaire de l’Union« .

Mais, indique le Financial Times, la France nommera un représentant « indépendant » auprès de la BCEAO et « gèrerait » quotidiennement les réserves de change.

La garde est donc réformée mais rapprochée. Toutefois, un pas considérable est franchi par rapport aux exigences du Nigeria  dans la mise en place d’une devise unique pour toute la région de la Cedeao : que la monnaie commune soit déconnectée du Trésor français. Apparemment, c’est chose faite.

commodafrica

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