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La remontée de Donald Trump dans les sondages inquiète les marchés

La remontée de Donald Trump dans les sondages inquiète les marchés

La nervosité fait son retour sur les marchés financiers.
Les investisseurs se reportent sur les valeurs refuge.

C’est l’heure américaine en Bourse. Le rebond spectaculaire de Donald Trump dans les sondages fait renaître un parfum oublié ces dernières semaines : celui de l’aversion au risque. L’indice de la peur, le VIX, vient ainsi de rebondir de 47 % en sept séances. « Une victoire de Trump signifierait la possibilité élevée de changements radicaux, ce qui implique une plus forte volatilité pour les marchés », explique Daniel Fermon, de la Société Générale. Pour Pictet AM, elle serait « source de changements profonds, notamment dans les domaines de la santé, des impôts, de l’énergie, de l’immigration et potentiellement sur le fonctionnement de la Fed elle-même ». De quoi susciter des incertitudes autour d’une économie américaine qui compte pour 24 % du PIB mondial.

La surprise du Brexit est dans toutes les têtes

Ce rebond de la volatilité s’accompagne d’une baisse des marchés actions, sans toutefois provoquer de panique. « Même si la probabilité d’une victoire de Donald Trump a augmenté à 29 % contre 10 %autour du 3e débat, l’écart entre les deux candidats reste supérieur à ce qu’il a été fin septembre »,
tempère Laurent Clavel, chez AXA IM. L’hypothèse d’une victoire de Clinton reste privilégiée sur les marchés. Mais la prudence incite à prendre des bénéfices. C’est le cas à Wall Street pour l’indice S&P 500, qui reste sur sept séances consécutives de – petite – baisse (-2,41 % à mi-séance). A Paris, le CAC 40 a perdu près de 3 % depuis le début de la semaine. Face à l’incertitude croissante sur le résultat du vote, la surprise du Brexit est en effet dans toutes les têtes. Ce scrutin a montré que les investisseurs « ont tendance à sous-estimer le risque lors des jours qui précédent un événement majeur et qu’ils ont aussi tendance à exagérer les implications lorsqu’un tel événement se produit », constate ainsi Pictet AM.

La nervosité des marchés ne se lit pas que dans le rebond de la volatilité et dans le repli des actions. Deux données servent aussi d’indicateur des chances de Donald Trump d’emporter la course à la Maison-Blanche : le peso mexicain et l’or. La devise mexicaine vient de perdre 3,5 % en cinq jours ! « Il y a deux faces dans le programme de Trump, explique Laurent Clavel. Il y a le “Trump compromis” avec un stimulus budgétaire qui sera positif pour la croissance et donc pour les actions. Et il y a le “Donald fait la totale” avec son discours anti-commerce, anti-immigration et anti-establishment. Ce thème isolationniste aura un impact très négatif sur la croissance mondiale » et donc sur les devises partenaires comme le peso, et dans une moindre mesure sur les dollars canadien et australien.

Cette thématique pourrait aussi être négative pour les « devises des pays qu’il accuse de manipuler leur monnaie comme le Japon, l’Allemagne ou la Chine. On peut imaginer que la Chine ne se laissera pas imposer des barrières douanières sans réagir ». En attendant, le yen a gagné 1,60 % en deux jours et le franc suisse 1,8 % . L’euro est repassé au-dessus de 1,11 dollar (+1,9 % en quatre jours).

De son côté l’once d’or a progressé de 3 % en 5 jours à 1.305 dollars. Selon ETF Securities, elle pourrait bondir de 10 % en douze mois en cas de victoire de Trump et perdre 6 % si Clinton l’emporte. « L’or est perçu comme une protection contre l’incertitude politique et le président Trump apportera plus d’imprévisibilité politique qu’aucun autre président depuis des générations. »

Pour l’instant, les marchés plient mais ne rompent pas. « Quelle que soit l’issue pour la Maison-Blanche, l’impact économique dépendra grandement de la couleur du Congrès », rappelle Amundi. Et, en cas de victoire de Trump, de la capacité des démocrates à reprendre la majorité au Sénat. C’est là aussi toute la subtilité du système politique américain, selon Laurent Clavel, « les Etats-Unis sont une démocratie fonctionnelle, et ce que montre l’histoire des élections, c’est que les élections ont au final peu d’impact sur la profitabilité et la solvabilité des entreprises ». Ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour les investisseurs.

Pierrick Fay,
Les Echos

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