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La solidité des banques italiennes à l’épreuve des marchés

La solidité des banques italiennes à l’épreuve des marchés

Monte dei Paschi di Siena doit procéder en début d’année prochaine à une augmentation de capital d’environ 4 milliards d’euros. – Sepp Spiegl/ROPI-REA
Le gouvernement est conscient de la fragilité d’un secteur qu’il s’efforce de consolider malgré une croissance en berne.

L’inquiétude suscitée par les difficultés de Deutsche Bank est teintée en Italie d’une légère pointe de satisfaction. Que le pays « premier de la classe » – l’Allemagne – soit pris en faute est vécu comme une petite revanche par celui trop injustement désigné à son goût comme le mauvais élève en la matière.

Mais dans une perspective d’ Union bancaire européenne , le malheur des uns ne fait pas le bonheur des autres. L’Italie est consciente que ses banques restent perçues comme l’un des maillons faibles du secteur. Avec 85 milliards d’euros net de créances douteuses, celles-ci sont soumises à une spéculation sur les marchés. L’indice du secteur a chuté de 50 % à la Bourse de Milan depuis le début de l’année, alors que l’indice européen Euro STOXX baissait de 23 % sur la même période.

Soutien du fonds Atlante 2

Et ce sont ces mêmes marchés sceptiques sur la solidité du système bancaire transalpin que Monte dei Paschi di Siena (MPS) s’apprête à solliciter pour la cession de 9,2 milliards d’euros net de créances douteuses exigée par la BCE. L’établissement doit aussi procéder en début d’année prochaine à une augmentation de capital d’environ 4 milliards d’euros. Cette recapitalisation entrera en concurrence avec celle estimée pour l’instant à 8 milliards d’euros environ qu’UniCredit devrait lancer au premier trimestre 2017. Elle pourra compter sur le soutien du fonds privé Atlante 2, dont le lancement est prévu d’ici à la mi-octobre. L’objectif de ce fonds est de récolter dans un premier temps 2,5 à 3 milliards d’euros pour atteindre entre 3 et 3,5 milliards d’euros d’ici au 31 juillet 2017. La priorité sera évidemment les créances douteuses de MPS, mais aussi le soutien aux recapitalisations de Veneto Banca et Banca Popolare di Vicenza.

« Notre système bancaire est indubitablement plus solide que ce qui est raconté », s’efforcent de répéter aussi bien Matteo Renzi, le président du Conseil, ainsi que son ministre de l’Economie, Pier Carlo Padoan. Pour que ces traditionnels propos rassurants deviennent réellement un constat et pas un simple souhait, il va falloir que les augmentations de capital s’opèrent sans encombre. Le gouvernement italien a aussi décidé d’insister sur la consolidation d’un secteur encore trop éclaté avec quelque 700 établissements. « Les banques doivent se regrouper. Il y a plus de fauteuils et de filiales que dans le reste du monde, et cela n’est pas bien », a déclaré Matteo Renzi. Banco Popolare et Banco Popolare di Milano ouvriront la voie à la lente application de la réforme favorisant la fusion des banques populaires. Le 15 octobre prochain, une assemblée sera convoquée pour entériner leur fusion, qui donnera naissance à la troisième banque du pays derrière UniCredit et Intesa Sanpaolo, avec 4 millions de clients et une part de marché de 8,2 %.

« Mais si les réformes structurelles et la consolidation du secteur sont indispensables, le retour d’une croissance solide est nécessaire », rappelle l’économiste Stefano Gatti de l’université milanaise Bocconi. C’est elle qui permettra efficacement d’alléger la pression avec un remboursement plus rapide des prêts de la part des entreprises et une hausse de la valeur des créances douteuses. La prévision de croissance été ramenée de 1,2 % à 0,8 % pour cette année et à peine 1 % en 2017.

Olivier Tosseri / lesechos.fr

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