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La solution d’avenir pour les caisses de pension

La solution d’avenir pour les caisses de pension

Capital-risque. Le gouvernement a ici une magnifique opportunité de débloquer la situation.

Il y a quelque chose qui cloche. La Suisse ne sait plus quoi faire des milliards de francs qu’elle épargne, et pourtant, elle souffre d’un manque chronique de capital-risque. Les caisses de pensions disposent en effet de centaines de milliards de francs très embarrassants dans le contexte actuel, avec du cash à rendement négatif, des obligations qui ne rapportent rien, et un immobilier à la peine. Seules les actions permettent d’espérer un pénible 3 à 4%, mais avec une forte probabilité de pertes. Les caisses accumulent ainsi des tonnes d’obligations et d’actions, et prennent de gros risques pour un rendement très faible, alors que des centaines d’entreprises prometteuses cherchent du capital-risque, et n’en trouvent pas. Et quittent donc la Suisse pour lever des fonds auprès de… caisses de pension américaines. Il est temps de mettre un terme à cette situation kafkaïenne. Elle était déjà absurde avant la crise du franc fort. Mais depuis les taux négatifs, elle devient carrément injustifiable, et intenable.

Les caisses de pension en sont conscientes. Certaines ont réagi depuis un certain temps déjà, comme les Retraites populaires, et investissent de plus en plus dans les PME innovantes de notre pays. Mais cela reste rare, dans un milieu traditionnellement conservateur. Les jeunes entreprises à la pointe du progrès technologique, porteuses d’avenir, reçoivent moins de 0,02% de ces fonds. Car si la majorité des caisses sont conscientes de l’absurdité de la situation, elles continuent toute de même à fuir le capital-risque. Et ce pour trois raisons principales.

1) Premièrement, la réglementation encadrant les activités des caisses est trop stricte. Comme le souligne Théodore Economou, président du comité de placements des Fondations de prévoyance auprès de Lombard Odier, les caisses de pensions ont les «mains liées par une réglementation fédérale prescriptive, qui, de fait, impose la structure du porte feuille d’une caisse de retraite». Ce constat semble unanime dans la profession, comme nous avons pu l’entendre la semaine dernière à Montreux aux Journées de la prévoyance. Pour certains, il est indispensable de modifier voire de supprimer les articles 53 et suivants de l’ordonnance (OPP 2), et le plafonnement des placements alternatifs à 15%. Pour d’autres, l’ordonnance ne rend pas impossible des investissements dans le capital-risque, mais tout le monde s’accorde à dire qu’il constitue un encouragement à ne rien faire dans un milieu déjà hostile au changement.

2) Le milieu n’aime pas le private equity, car le rendement n’est pas immédiat. Les cinq premières années sont des années de pertes, dans le capital-risque. Voire les dix premières années, dans le domaine de la santé. Le comité de placements, qui doit justifier de résultats permanents, est sous pression pendant de longues années. On ne lui demande rien, si tout va bien. Il doit perpétuellement justifier ses placements en cas de perte. Ce qui est hautement décourageant, notamment pour de petites caisses.

3) Et pour cette raison, le milieu n’aime pas la manière dont le capital-risque engage la responsabilité de la direction et du comité de placement. Si vous perdez de l’argent en actions en suivant la tendance générale du marché, on ne vous demande rien. Si vous perdez de l’argent avec du capital-risque, on vous demande des explications. Les médias, les politiciens, tout le monde va vous demander pourquoi vous avez investi dans tel ou tel secteur «sans avenir».

Le problème du capital-risque, aujourd’hui, n’est pas tant le risque lui-même, ni plus ni moins important que les actions. Le problème du capital-risque est un problème de connaissance du milieu, et de confiance. On peut réduire sensiblement les risques en investissant fortement dans de nombreuses jeunes entreprises, et en étant patient. Pour permettre des investissements sûrs, il faut atteindre une masse critique, investir des sommes importantes, avec des professionnels, et beaucoup de patience. La solution, proposée par l’investisseur Henri Meier, déjà présentée ici, consiste donc à unir toutes les forces en présence, afin que les caisses de pension helvétiques constituent un Fonds suisse pour l’avenir, dans lequel elles investissent initialement 1% par exemple de leurs entrées de fonds annuelles? soit moins de 1 pour mille de l’ensemble des avoirs sous gestion. Elles mandatent un gestionnaire de fonds faîtier, qui procède à la sélection des sociétés de capital-risque investissant dans de jeunes entreprises à la pointe du progrès technologique. L’avantage est triple: 1) le risque est réduit par la masse critique; 2) on ne stigmatise pas un ou deux comités de placement, on se donne ainsi le temps; 3) les investissements sont faits par des professionnels.

Le Parlement a transmis le dossier au Conseil fédéral, chargé de proposer des pistes pour la création de ce fonds. Le gouvernement a ici une magnifique opportunité de débloquer la situation. Sans contraindre les caisses – solution politiquement improbable – il peut les encourager à contribuer à la création du fonds, en s’y engageant par une forme de garantie à déterminer. Pour créer une dynamique positive, l’Etat pourrait contribuer au lancement du fonds avec un prêt ou un cautionnement conséquent, en complément d’investisseurs privés et d’engagements de caisses. Le fonds, sous forme de partenariat public-privé, permettrait ainsi de diversifier les investissements des caisses, tout en soutenant le tissu économique local. Un rendement minimal serait garanti, meilleur que les obligations et les actions, et moins risqué. Nous placerions ainsi l’argent de nos retraites de manière plus sûre qu’aujourd’hui, et plus durable, dans l’avenir économique du pays.

Fathi Derder
Conseiller national, Le Réseau
agefi.com

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