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La Tunisie veut se donner les moyens de développer le financement participatif

La Tunisie veut se donner les moyens de développer le financement participatif

Faute d’un cadre légal, le financement participatif peine à éclore en Tunisie. Fadhel Abdelkafi, ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale promet d’y remédier bientôt.

Organisé par divers partenaires (1) fin octobre à Tunis, le forum Crowdfunding, innovation financière pour le développement du bassin méditerranéen visait à promouvoir le financement participatif dans l’espace méditerranéen et africain. À l’image de Lamia Cherif, ministre tunisienne des Finances, tous les intervenants ont mis l’accent sur la nécessité de son développement pour dynamiser l’économie tunisienne. Ce mode de financement a été présenté comme la « planche de salut » des jeunes investisseurs tunisiens, d’autant qu’en 2020 le crowdfunding pourrait drainer 2 000 milliards de dollars à travers le monde.

Des financements en progression, mais grâce à des plateformes non-tunisiennes

Mais où en est aujourd’hui en Tunisie ce mode de financement alternatif, qui peut se conjuguer avec une micro-finance déjà porteuse de résultats plutôt honorables ? Plusieurs projets de plateforme de crowdfunding ont été initiés, mais leur élan s’est immédiatement heurté à des contraintes règlementaires. Ainsi, en l’absence d’un cadre légal défini avec précision, les porteurs de projets tunisiens ont été contraints de lever des fonds à l’aide des plateformes étrangères. En témoignent les études menées par les plateformes CoFundy et Switchmed. En juin 2014, sur 109 projets sollicitant 1,9 M€ de financement, seuls 9 d’entre eux sont parvenus à lever des fonds pour un total de 0,9 M€. Mais, en avril 2015, 32 projets ont réussi à attirer 2 M€ au total, soit une hausse de plus de 120 %.

En réelle progression, ces financements ont ainsi été réalisés auprès de plateformes généralement extérieures au pays : KissKissBankBank (basée en France), Zoomaal (Liban) et CoFundy (Tunisie et France). En revanche, Afrikwity, établie en Tunisie et en France, est axée sur un type d’investissement davantage classique. Reste que CoFundy et Afrikwity ont été fondées par des Tunisiens. Certes, leur implantation en France s’explique par le souci de bénéficier d’un cadre règlementaire davantage propice au développement du crowdfunding. Mais leur objectif est aussi de collecter des fonds auprès de la diaspora pour financer des projets en Tunisie (et plus largement en Afrique). Car, faute d’une réglementation spécifique en Tunisie, elles ne peuvent solliciter directement l’épargne de ses citoyens.

Le double frein du change et de la contrefaçon

C’est un véritable obstacle que le gouvernement tunisien et la Banque centrale doivent renverser. Mais, outre l’autorisation effective de collecter des fonds auprès du public, le crowdfunding se heurte d’abord à la réglementation relative au change des monnaies étrangères. Elle est telle que la détention d’une monnaie étrangère peut constituer une infraction pénale. Doté ou non d’une carte de crédit, le citoyen tunisien ne peut, par exemple, réserver une chambre d’hôtel ou louer une voiture à l’étranger. Et l’investisseur étranger éprouve mille difficultés pour rapatrier son capital.

L’absence du concept de propriété intellectuelle constitue un autre frein. Le foisonnement des produits contrefaits, étalés au grand jour, au vu et au su d’autorités fermant les yeux, n’incite pas l’investisseur étranger à se lancer dans tel ou tel projet.

Enfin, la Tunisie est dotée d’un code du travail rigide. Il date de l’Indépendance. C’est un symbole, mais il souffre d’inadéquation avec le monde moderne. Et le gouvernement n’ose guère y toucher de peur de s’attirer les foudres de l’UGTT, le plus influent des syndicats du pays.

Autrement dit, le crowdfunding peut à terme constituer en Tunisie un moyen de financement alternatif mais il convient, au préalable, de réactualiser son système financier ainsi que son code du travail. Un constat qui, loin de concerner la seule Tunisie, vaut aussi pour l’ensemble des pays de la rive sud de la Méditerranée. Mais ce premier forum aux accents volontaristes aura déjà eu une première conséquence prometteuse : un projet de loi régissant ce mode de financement participatif devrait être bientôt élaboré par le gouvernement tunisien. C’est du moins l’engagement pris par Fadhel Abdelkafi, ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale.

1 – À l’initiative de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (CONECT) en partenariat avec FPM (Financement Participatif Méditerranée) et la plateforme de coopération pour le développement économique (ANIMA, Marseille).

Brahim Mariem (Ipemed, Paris) et Hassan Ben Janina (ISG, Sousse)
latribune

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