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L’accord de libre-échange CAE-COMESA-SADC…

L’accord de libre-échange CAE-COMESA-SADC…

L’accord de libre-échange CAE-COMESA-SADC: Un pas de plus vers le marché commun africain.

Les deux dernières décennies ont été résolument marquées par la multiplication des accords commerciaux régionaux constituant une des caractéristiques principales de la globalisation.

Cette prolifération des blocs économiques a pour objectif principal d’abattre les cloisonnements que constituent les barrières tarifaires et non tarifaires en vue d’accroître les échanges commerciaux et les flux financiers entre pays appartenant au même regroupement économique. Ainsi, l’intégration économique est devenue synonyme de prospérité partagée, de codéveloppement, d’alliances stratégiques entre entreprises, de transformation et partant d’industrialisation.

Force est de constater qu’avec les défis de la mondialisation, de l’interdépendance entre pays et l’intensification de la concurrence entre firmes multinationales pour l’accès aux marchés et aux ressources rares, l’intégration régionale africaine est devenue, plus que jamais, prioritaire.
De même, nous observons une prise de conscience des dirigeants de ces pays quant à l’importance stratégique de cette intégration et le potentiel de développement, de mise en complémentarité des ressources et de renforcement de la compétitivité des entreprises nationales en leur donnant accès à un marché régional. Ce qui fait que l’intégration africaine devient un outil indispensable pour une meilleure réinsertion de l’Afrique dans l’économie mondiale (repositionnement de l’Afrique dans la chaine de valeur et la gouvernance mondiales). Ceci est d’autant plus important que nous avons affaire à un monde changeant marqué par le déclin des anciennes puissances industrielles et l’émergence de nouvelles puissances (Chine, Inde, Brésil, Russie, Turquie, etc.).

L’intégration institutionnalisée avec un rapprochement entre les CER : pour une Afrique prospère et émergente Comme le montre R. Gérardin (2001/3, p. 27), le concept d’intégration traduit deux types de dynamiques : «l’une est spontanée, elle se réalise de fait, “par le marché” ; elle résulte de l’essor des flux commerciaux et financiers. L’autre est institutionnalisée, “formelle” ; elle traduit un volontarisme et des accords politiques ; obtenue par “les règles”, elle suppose la mise en place d’institutions et le passage d’étapes programmées dans le temps». Ainsi, pour Gérardin, ces deux approches renvoient à deux réalités différentes. La première est l’œuvre exclusive des agents économiques en ce qu’elle ne repose sur aucun soubassement institutionnel. La deuxième approche est l’œuvre des États en ce qu’elle s’appuie sur les accords intergouvernementaux (Ibid., p. 27). L’intégration économique entre pays géographiquement proches peut, dans un premier temps, avoir un impact positif sur la demande et la production. C’est ce que Gérardin (Ibid., p. 31) appelle «l’effet création d’échanges». En effet : «le pays membre d’un groupement modifie l’origine de ces importations en s’approvisionnant, désormais, auprès d’un membre de son groupement à un meilleur coût, plutôt qu’auprès d’un pays tiers».

Il est pertinent de souligner que le traité d’Abuja du 3 juin 1991 fut un tournant majeur dans l’histoire de l’intégration africaine dans la mesure où il a jeté les bases de l’établissement d’une communauté économique africaine prévue à l’horizon 2027. La mise en place des Communautés économiques régionales (CER) est une première étape de cheminement vers la Communauté économique africaine. Ainsi, «la rationalisation du cadre institutionnel en vue de l’intégration africaine, à travers des projets communs compatibles avec les programmes de développement intégré aux niveaux national et régional, et l’harmonisation des politiques et des pratiques sur le plan économique et en matière d’investissement», est l’objectif principal sous-tendant la création des CER (CNUCED, 2009, p. 10). Il existe en Afrique plusieurs CER et groupements économiques régionaux. Ce foisonnement des CER, malgré les promesses d’intégration qu’il renferme, constitue, néanmoins, une source de confusion dans la mesure où certains pays appartiennent à plusieurs CER à la fois. D’où les complications qui peuvent s’en suivre en termes de règles commerciales et préférentielles. En effet, il ne faut pas occulter le fait que les pays africains sont engagés dans des accords commerciaux internationaux, régionaux et bilatéraux. Ce qui fait que la multiplicité des CER ne fait que complexifier les engagements régionaux des pays africains. C’est dans cette perspective que des efforts en matière de rationalisation de ces CER constituaient une véritable voie de salut.

Le rapprochement entre certaines CER à l’instar de la SADC, la CAE et le COMESA, par le biais de la création d’une zone de libre-échange associant les trois blocs, est une initiative salutaire et pionnière qui pourrait être dupliquée dans l’ensemble du continent africain. L’objectif sous-tendu étant d’aller vers le marché commun africain. Force est de souligner que les efforts d’intégration régionale se mesurent en fonction de la mise en commun des ressources naturelles pour renforcer la prospérité économique, réduire la pauvreté et améliorer la position de l’Afrique dans le monde.
Mercredi 10 juin 2015 : une date historique dans le processus d’intégration économique en Afrique :
Une zone de libre-échange «du Cap au Caire» : la plus grande zone de libre-échange d’Afrique. Un marché commun couvrant la moitié du continent.

L’accord sur la Zone de libre-échange tripartite (SADC, COMESA et CAE) est l’aboutissement de cinq années de négociations pour mettre en place un cadre pour des tarifs préférentiels d’assouplissement de la circulation des marchandises dans une zone qui abrite 625 millions de personnes.

En effet, ce projet d’intégration s’assigne comme ambition de promouvoir la libre circulation des marchandises et des personnes. Dit autrement, il porte l’espoir d’une allocation efficace et efficiente des ressources, du renforcement du commerce intrarégional ainsi qu’une forte insertion dans la chaîne de valeur mondiale. Comparativement aux autres CER, ces trois blocs régionaux, depuis leur institutionnalisation, ont réalisé des progrès indéniables de plusieurs ordres. Sur le plan institutionnel, la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE), dont l’objectif est la réalisation de l’union économique totale, a déjà franchi les deux premières étapes de l’intégration, matérialisée par la mise en place d’une zone de libre-échange et d’une union douanière (effective depuis janvier 2010). La CAE a rendu convertible la monnaie de l’Afrique de l’Est en 1997 et l’union monétaire est en cours. La SADC a réalisé des avancées notables en matière d’intégration économique et politique. En effet, la zone de libre-échange est opérationnelle depuis 2000 et des négociations sont en cours pour la mise en place d’une union douanière si ce n’est l’élargissement de la SACU (l’Union douanière de l’Afrique australe) aux autres pays de la sous-région. En outre, en matière d’intégration politique, la SADC s’est dotée d’un dispositif de paix et de sécurité en son sein. Le marché commun est prévu pour 2015, l’union monétaire pour 2016 et l’union économique à l’horizon 2018. Le COMESA, qui est déjà une Union douanière, a connu une croissance de son commerce intrarégional de près de 35% entre 2000 et 2013.
Sur le plan géographique, la nouvelle zone de libre-échange jouit d’une position hautement stratégique, elle s’étend de la Méditerranée jusqu’au cap de bonne espérance avec plus de la moitié des pays du continent (26 pays faisant partie des trois blocs) et une population estimée à 657 millions d’habitants, soit 57% de la population totale du continent, avec un taux d’urbanisation avoisinant 47%.

Une zone de libre-échange totalisant 57% de la population et 60% du PIB africain

Sur le plan économique, la zone offre un potentiel socio-économique considérable (population jeune ayant l’âge de travailler, ressources hydrauliques, terres arables, ressources minières et pétrolières, etc.), certains pays de cette zone à l’instar du Kenya, Éthiopie, ile Maurice, Angola, Afrique du Sud deviennent de plus en plus dynamiques à l’échelle régionale voire internationale. Le PIB de la zone est de 1.200 milliards de dollars soit plus de 60% du PIB africain. Le tableau ci-dessus renseigne sur la destination des exportations des trois CER. Il nous permet de mieux rendre compte du niveau d’intégration des trois blocs. On constate qu’entre 1995 et 2000, la part de chaque partenaire y compris l’Afrique dans les exportations des trois CER a nettement changé. Les efforts en matière d’intégration entre les pays de la CAE sont largement perceptibles dans la mesure où la part des échanges intracommunautaires dans le total des exportations de cette CER est passée de 17% en 1995 à 19% en 2013. On s’attend à ce que cette part augmente considérablement du fait de la mise en place de l’Union douanière et les négociations engagées entre les pays de la sous-région pour la mise en place d’une organisation fédérale. De même, on constate une tendance à la diversification des partenaires commerciaux de la CAE. Le Kenya est considéré comme étant le principal exportateur avec près des trois quarts des exportations au sein du CAE et plus d’un tiers du total des exportations à l’intérieur de la COMESA.

Quant aux échanges au sein de la SADC, la dominance de l’Afrique du Sud est marquante, le pays détient, à lui seul, plus de 15% des exportations totales du bloc, suivi du Swaziland (14%).
Maintenant que cette zone de libre-échange tripartite est en train de devenir réalité (quoiqu’il faille attendre qu’elle soit avalisée par les parlements des 26 pays), il est temps pour les autres pays africains appartenant à l’UMA, la CEN-SAD, la CEDEAO, la CEEAC et la CEMAC de penser à la mise en place d’une zone de libre-échange similaire allant de Rabat à Luanda. L’Afrique ne s’en sortira que bénéficiaire et plus forte. En effet, celle-ci réunit tous les atouts et les ingrédients pour une intégration économique et politique réussie. Ceci est d’autant plus important que nous avons affaire à un nouvel ordre économique mondial marqué par la fragmentation du système productif. D’où l’importance pour les pays africains, au vu de leurs ressources stratégiques, de mettre en place par le biais de l’intégration économique, un ou des systèmes productifs régionaux basés sur la transformation, la productivité et l’investissement dans le capital humain. C’est vrai que les obstacles d’ordre idéologique, logistique et politique sont énormes, mais qu’à cela ne tienne !

Echkoundi Mhammed,
Professeur d’économie à l’Université Mohammed V Institut des études africaines.
Hicham Hafid,
Professeur d’économie ˆ l’Université Mohammed V Institut des études africaines.
Otando Gwenaelle,
Enseignante chercheur l’Université d’Artois (France)
lematin.ma

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