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L’actionnaire individuel, le laissé-pour-compte

L’actionnaire individuel, le laissé-pour-compte

Depuis une dizaine d’années, le fossé entre la Bourse et les particuliers ne cesse de se creuser. En cause : la perte de confiance des petits porteurs et le fonctionnement des marchés financiers.

Déstabilisé par des ruptures boursières à répétition, l’actionnariat individuel s’est considérablement restreint au fil des ans. Plus experts, plus pragmatiques, mais aussi plus opportunistes, les actionnaires individuels qui résistent ne se font plus d’illusions : l’idée selon laquelle l’investissement en actions est forcément gagnant à long terme a totalement été remise en cause.
Et si les flux nets sur les actions cotées ont pu, ponctuellement, être positifs, ils sont restés le plus souvent, largement négatifs ces dernières années (entre 2007 et 2009 puis entre 2011 et 2014). La baisse de l’actionnariat individuel est une tendance longue.

Un marché déconnecté des épargnants

Ne nous voilons pas la face, le sujet est moins lié à l’environnement économique ou fiscal qu’à la perte de confiance des épargnants envers le fonctionnement des marchés financiers.
Pour réconcilier la bourse et les actionnaires individuels, il conviendrait de leur renvoyer l’image d’un marché qui prenne mieux en compte leur stratégie – qui consiste à investir sur le long terme – et leur intérêt. De leur point de vue, leur intérêt est nié par la façon dont les grands mouvements en capital sont organisés et dont les acteurs de marché ont accès à l’information.
Le retour à la confiance pourrait passer par l’envoi par le monde institutionnel d’un certain nombre de signaux aux épargnants : une politique de distribution de dividendes régulière, la présence d’un actionnaire individuel aux conseils d’administration, un encadrement plus fort des ventes à découvert…
Dans quelle mesure n’y a-t-il pas, en effet, chez certains hedges funds, une très forte sensibilité à vendre à découvert les entreprises où le flottant est très élevé et composé d’un actionnariat individuel plus fragile sur lequel il est plus facile de spéculer ? Sur les forums, les épargnants se posent ces questions.

Des petits porteurs rapidement mis de côté

Bien qu’il existe quelques entreprises qui visent clairement à fidéliser l’actionnariat individuel et qui joignent l’acte à la parole, la plupart, dans leur fonctionnement, semble se désintéresser des petits porteurs. Les entreprises devraient, de manière plus explicite, prendre en compte l’intérêt de ces derniers dans leur logique d’évolution du capital.
Certaines entreprises s’appuient très fortement sur les actionnaires individuels pour s’introduire en bourse. Peut-être pourraient-elles, en retour, préserver l’intérêt de ceux qui les ont financées pendant les premières années les plus fragiles ?
Les actionnaires individuels d’Orange et de Wanadoo en furent un bon exemple : peu de temps avant la transformation de France Telecom, ces titres ont fait l’objet d’une offre publique de retrait et rachetés à un niveau qui n’était pas représentatif du potentiel que représentaient ces deux entreprises dans le changement de modèle économique de France Telecom et sur lequel, précisément, les actionnaires individuels avaient spéculé, au bon sens du terme.
La position d’investisseurs de long-terme des petits porteurs, judicieuse, a été complètement remise en cause par une situation de marché qui les a conduits à remettre leurs titres à France Télécom pour une valeur peu en phase avec la place qu’allaient prendre le mobile ou et l’Internet dans la structure de revenus de l’entreprise.
Cette réfutation de facto de la stratégie de long terme des petits porteurs par les modalités de fonctionnement du marché ne peut être ignorée. Soit, il faut consentir à l’idée que la sophistication et le degré de maîtrise de l’information des acteurs de marché exclut de facto les actionnaires individuels et en tirer les conséquences, soit il apparaît au contraire judicieux de promouvoir leur investissement direct et les règles de fonctionnement du marché doivent en tenir compte pour rétablir la confiance.

Alain Tourdjman, directeur des études économiques du groupe BPCE
lesechos.fr

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