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L’Afrique au défi de la diversification économique

L’Afrique au défi de la diversification économique

A la veille du sommet Europe-Afrique, les intervenants aux rencontres Afrique-Europe de l’Institut Aspen ont fait preuve d’un optimisme prudent.

L’Afrique a pris de plein fouet la chute depuis deux ans des cours des matières premières. Son taux de croissance est passé de 5 % en moyenne sur la période 2000-2015, à 1,5 % l’an dernier et en 2017, ont souligné les intervenants à la douzième rencontre Europe-Afrique organisée vendredi et samedi par l’Institut Aspen.

Ce cercle de réflexion international de référence avait rassemblé à Annecy une cinquantaine d’intervenants de haut niveau (entrepreneurs, financiers, analystes et ministres européens et africains) sous la règle dite de Chatham, qui impose l’anonymat des intervenants mais permet de libérer la parole des officiels.

Le dilemme de l’endettement

Alors que le président français Emmanuel Macron s’apprête à exposer sa vision économique des relations entre la France, l’Europe et l’Afrique, les intervenants ont dans l’ensemble reconnu que la chute des cours du pétrole, du fer ou des produits agricoles (qui peut aussi être une aubaine pour les pays africains importateurs) impose une accélération de la diversification économique. L’Afrique ne pèse que pour 2 % de l’industrie manufacturière mondiale, contre 40 % pour l’Asie.

Mais le financement par l’emprunt de cette transition se révèle délicat, vu le niveau d’endettement de certains pays, même s’il a été convenu que la qualité de la dette publique s’améliore : elle est plus souvent consacrée à des infrastructures à fort effet de levier (transports, énergie, santé, écoles) qu’aux « éléphants blancs » de jadis ou au comblement du déficit d’entreprises publiques mal gérées.

Devant la chute des royalties tirées des exportations de matières premières, qui se traduit par des arriérés de paiement dramatiques à leurs fournisseurs, les Etats doivent aussi élargir leur assiette fiscale. Leurs recettes, équivalentes à 15-20 % du PIB, sont très basses au regard des standards mondiaux. Le secteur informel réalise encore plus de la moitié de l’activité économique, « ce qui peut se comprendre » a souligné un intervenant, « puisqu’une entreprise figurant sur les écrans radar du fisc est assurée d’être harcelée sans grand chose en retour en termes de services publics ».

Un progrès spectaculaire

Le défi de la diversification est d’autant plus redoutable que les pays africains doivent parallèlement absorber une forte croissance démographique : l’Afrique doit scolariser et trouver un emploi à 35.000 jeunes… par jour.

Pour autant, le désespoir n’est plus de mise sur le continent, au vu de l’amélioration spectaculaire des indices de développement depuis le début du siècle. Un tiers des enfants sont scolarisés dans le primaire, contre un cinquième en 2000, le taux de pauvreté est descendu à 35 % et l’espérance de vie a progressé de 9,4 ans, comme si en fait les Africains ne vieillissaient actuellement que de 4 mois par an.

Yves Bourdillon
lesechos

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