mardi 04 août 2020
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L’Afrique championne du cacao peut aussi devenir reine du chocolat si…

L’Afrique championne du cacao peut aussi devenir reine du chocolat si…

L’Afrique compte sur son territoire les deux plus grands producteurs de cacao au monde et pourtant la plus grande partie du chocolat disponible sur le marché continental est d’origine étrangère. Si cette situation a longtemps perduré, notamment en raison d’une économie essentiellement tournée vers les exportations de matières premières, les nouvelles orientations économiques des pays africains semblent offrir de belles opportunités pour l’essor de ce secteur à forte valeur ajoutée…

70% de la production mondiale

Contrairement aux pays européens qui doivent en importer pour satisfaire leurs besoins de consommation, l’Afrique dispose aujourd’hui des capacités pour alimenter son propre marché intérieur en fèves de cacao. En effet, avec plus de 70% de la production mondiale, le continent est le premier exportateur mondial de cacao. Les trois plus grands producteurs mondiaux du secteur (Côte d’Ivoire, Ghana et Cameroun) sont africains. A elle seule, la Côte d’Ivoire représente déjà plus de 43% de la production mondiale de cacao.

Cependant, comme pour la plupart des matières premières produites par le continent, le cacao africain reste encore largement exporté sous sa forme brute. Cette situation crée d’énormes disparités dans la répartition des revenus générés par l’industrie chocolatière mondiale, à la fois en défaveur des Etats producteurs et de leurs paysans.

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La hausse de la consommation des ménages représente une aubaine pour l’industrie africaine de la chocolaterie.

Selon les chiffres de l’International Cocoa Organization (ICCO), l’industrie chocolatière mondiale génère 100 milliards de dollars ; les pays producteurs ne captent que 6% de cette somme dont seulement 2% pour les paysans, producteurs directs des fèves. Pour Biendi Maganga Moussavou, ministre camerounais de l’Agriculture : « les 3 pays africains, qui exportent 70% du cacao brut dans le monde, ne perçoivent que 3% des revenus générés par le chocolat ».

Selon les chiffres de l’International Cocoa Organization (ICCO), l’industrie chocolatière mondiale génère 100 milliards de dollars ; les pays producteurs ne captent que 6% de cette somme dont seulement 2% pour les paysans, producteurs directs des fèves.

Non seulement la transformation des fèves de cacao en Afrique est quasi inexistante, mais la consommation du chocolat est marginale sur le continent. Actuellement, le marché africain du chocolat est très faible par rapport à la moyenne mondiale, avec une consommation par habitant tournant autour de 0,5 kg par an contre un niveau pouvant aller de 4 à 12 kg sur les marchés occidentaux. Selon une étude coréalisée par la société Barry Callebaut et l’Agence française de développement, la filière cacao qui emploie environ un tiers des habitants de la Côte d’Ivoire et du Ghana, ne fait gagner qu’un peu plus de 1 $ par jour aux producteurs ivoiriens.

Selon une étude coréalisée par la société Barry Callebaut et l’Agence française de développement, la filière cacao qui emploie environ un tiers des habitants de la Côte d’Ivoire et du Ghana, ne fait gagner qu’un peu plus de 1 $ par jour aux producteurs ivoiriens.

Ce qui reste en dessous du seuil international de pauvreté de 2$, fixé par la Banque Mondiale.

Pourtant, le continent dispose d’un marché potentiel suffisamment important pour générer une véritable industrie du chocolat, indépendante des marchés occidentaux.

Une classe moyenne en hausse

Avec une population de 1,3 milliard d’habitants, l’Afrique dispose d’un énorme marché intérieur pour la commercialisation de ses produits. D’ici 2050, cette population devrait d’ailleurs doubler, estiment les experts. Cependant, si on considère que pour une bonne partie de ses habitants, le produit peut être considéré comme inaccessible (41,1% de la population d’Afrique noire est extrêmement pauvre), l’émergence récente d’une classe moyenne, capable d’absorber les produits de consommation fabriqués sur le continent, peut changer la donne.

D’après la Banque africaine de développement, 370 millions de personnes font aujourd’hui partie de la classe moyenne africaine, avec des revenus situés entre 2,2 et 20 dollars par jour. Pour d’autres institutions, cette classe moyenne serait en réalité plus réduite. Dans une étude réalisée en 2015 pour le groupe CFAO, leader de la distribution en Afrique, l’institut de sondage français Ipsos et le cabinet de conseil Bearing Point estiment que la classe moyenne africaine ne compte que 143 millions d’individus.

 2instant chocolat ivoirien

Instant Chocolat, lancé en Côte d’Ivoire en 2014.

Néanmoins, toutes ces institutions semblent s’accorder sur le fait que cette classe moyenne devrait continuer à grandir au cours des prochaines années. La société Proparco s’attend par exemple à ce que les classes moyennes africaines stables passent de 132 millions d’individus en 2020 à 243 millions en 2040, soit un marché d’une valeur globale de 1750 milliards de dollars. Dans une étude publiée en mars 2018, la Société financière internationale (IFC) a estimé de son côté que 100 millions de personnes devraient rejoindre les classes moyennes et celles à revenus élevés en Afrique subsaharienne, d’ici 2030.

Avec l’émergence de cette classe moyenne, les dépenses de consommation devraient elles aussi continuer à augmenter. D’après l’IFC, les dépenses des ménages devraient augmenter à un rythme de 5% par an dans la région, d’ici à 2030, contre une moyenne de 3,8 % dans les autres pays en développement.

D’après l’IFC, les dépenses des ménages devraient augmenter à un rythme de 5% par an dans la région, d’ici à 2030, contre une moyenne de 3,8 % dans les autres pays en développement.

Cette hausse de la consommation des ménages représente une aubaine pour l’industrie africaine de la chocolaterie. En effet, même si les habitudes de consommation sur le continent restent encore loin de celles des pays occidentaux, le chocolat représente l’une des formes de luxe les plus abordables et les plus accessibles pour cette classe moyenne émergente.

La ZLECAf et son marché unique

Lancée il y a quelques mois par l’Union africaine (UA), la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) vise à créer un marché unique de 1,2 milliard de personnes, représentant un produit intérieur brut de 2500 milliards $. L’objectif affiché est d’accroître le commerce intra-africain de 52,3 %, d’ici 2022. Pour ce faire, les pays africains ambitionnent de lever toute barrière tarifaire entravant le commerce intracontinental, en réduisant, voire supprimant les droits de douane sur les importations de certains produits provenant de pays africains.

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57 Chocolate, une marque ghanéenne.

Cette stratégie couplée à un réel développement des infrastructures (qui prennent de plus en plus de place dans les investissements publics des pays africains) devrait stimuler le développement du secteur agro-industriel, contribuant à diminuer la dépendance des économies africaines à l’exportation de produits de base.

D’après le professeur Landry Signé, fondateur et président du Global Network for Africa’s Prosperity, d’ici 2030, les secteurs produisant le plus de valeur en Afrique seront ceux de la nourriture et des boissons (740 milliards de dollars) loin devant l’éducation et les transports (397 milliards de dollars).

Les secteurs produisant le plus de valeur en Afrique seront ceux de la nourriture et des boissons (740 milliards de dollars) loin devant l’éducation et les transports (397 milliards de dollars).

En matière de dépenses business to business, les plus grands secteurs seront ceux de l’agro-industrie (915 milliards de dollars), loin devant l’industrie manufacturière (666 milliards de dollars). Cette croissance prévue de l’agriculture et de l’agro-industrie reflète le fait que la nourriture et les boissons constitueront la plus grande part de la dépense totale des ménages, ce qui offre de nouvelles perspectives de développement au secteur du chocolat africain.

L’essor du « Made in Africa »

Malgré la faiblesse du marché africain du chocolat, plusieurs entrepreneurs, conscients du potentiel du continent, ont lancé ces dernières années des initiatives pour promouvoir le chocolat « made in Africa ». En la matière, la Côte d’Ivoire et le Ghana, les deux principaux producteurs mondiaux, semblent donner le ton.

Des marques comme Instant Chocolat, lancé en Côte d’Ivoire en 2014, ou 57 Chocolate (qui produit du chocolat haut de gamme au Ghana) ont déjà pour ambition de concurrencer les géants mondiaux tels que le suisse Nestlé en Afrique, avant peut-être de s’exporter sur d’autres continents. Pour se démarquer, ces nouvelles entreprises misent parfois sur les produits bio, ou des designs reflétant les cultures africaines. Le sud-africain De villiers Chocolate a ainsi récemment annoncé son intention de distribuer les produits de sa marque sur le marché étasunien.

 4mousse au chocolat

Bien sûr, ces initiatives privées ne pourront porter leurs fruits que si elles sont soutenues par des politiques publiques allant dans le même sens. « Si les gouvernements africains sont déterminés à diversifier leurs économies et à fournir des emplois mieux rémunérés dans le secteur manufacturier à leur population, la production de chocolat est une industrie qu’il est évident de poursuivre. Les conditions idéales sont réunies pour que les producteurs de chocolat prennent racine », indiquait à cet effet le cabinet Gro Intelligence, spécialisé dans le traitement de données agricoles.

« La production de chocolat est une industrie qu’il est évident de poursuivre. Les conditions idéales sont réunies pour que les producteurs de chocolat prennent racine », indiquait à cet effet le cabinet Gro Intelligence

D’ailleurs, la récente initiative lancée par la Côte d’Ivoire et le Ghana pour mettre en place un prix minimum du cacao plus avantageux pour les producteurs locaux indique clairement que l’Afrique veut désormais obtenir une part plus conséquente du gâteau au chocolat mondial.

Moutiou Adjibi Nourou
agenceecofin

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