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L’Afrique en 2018 : nettement plus optimiste que le FMI et la Banque mondiale, la BAD livre ses perspectives

L’Afrique en 2018 : nettement plus optimiste que le FMI et la Banque mondiale, la BAD livre ses perspectives

Dans l’édition 2018 de ses Perspectives économiques africaines (PEA 2018) dévoilée mercredi soir à son siège d’Abidjan, la Banque africaine de développement (BAD) a confirmé la résilience des économies africaines face aux chocs des dernières années. La crise étant désormais derrière, le continent va surfer sur un rebond de sa croissance avec une amélioration significative des indicateurs macroéconomiques. Avec une production en hausse, une amélioration de la mobilisation des ressources internes et des progrès dans la mise en œuvre des réformes structurelles, les prochaines années s’annoncent reluisantes pour le continent. A condition de maintenir le cap et de renforcer l’industrialisation du continent à travers les secteurs à forte valeur ajoutée pour une croissance plus soutenue durable et surtout inclusive.

La crise est derrière et les économies africaines ont tenu bon face aux chocs ! C’est la principale conclusion de l’édition 2018 du rapport de la Banque africaine de développement (BAD) sur les Perspectives économiques en Afrique (PEA 2018) qui a été publiée mercredi soir à Abidjan. Selon la BAD qui a passé au crible l’évolution ainsi que les perspectives de croissance des 54 économies africaines, le continent a dans l’ensemble confirmé sa résilience face aux multiples chocs des dernières années notamment les répercussions de la dernière crise financière mais aussi et surtout la crise économique engendrée par la baisse des cours des matières premières particulièrement celle de l’or noir à partir de 2014.  «De nombreuses économies africaines sont plus résilientes et mieux placées qu’auparavant pour faire face à des conditions extérieures difficiles » a relevé la BAD dans son rapport même si le document n’a pas occulté le fait que « la fin du cycle des prix des produits de base a vu les recettes tirées des exportations primaires se réduire dans de nombreux pays, sapant ainsi les investissements prévus ».

« Les chocs mondiaux et intérieurs de 2016 ont ralenti le rythme de la croissance en Afrique, mais l’année 2017 a déjà été marquée par des signes de reprise. L’augmentation de la production réelle est estimée à 3,6 % en 2017, contre 2,2 % en 2016, et devrait s’accélérer pour atteindre 4,1 % en 2018 et 2019 ».

L’un des faits illustrant cette embellie qui se profile, c’est la hausse réelle constatée de la production, laquelle selon la BAD reflète de manière général, la réussite de la mise en œuvre de bonnes politiques macroéconomiques, des progrès dans les réformes structurelles, en particulier dans le développement des infrastructures, et des cadres politiques pertinents.

La BAD a également relevé quelques leviers notables qui vont accompagner le rebond de la croissance africaine comme l’amélioration progressive du climat des affaires et surtout de la mobilisation des ressources internes. « Dans certains pays, la mobilisation des ressources intérieures dépasse désormais celle de pays d’Asie et d’Amérique latine dont les niveaux de développement sont comparables » souligne la BAD même si le niveau atteint demeure encore « insuffisant pour faire face au niveau élevé de financement nécessaires à l’expansion du capital humain ».

Rebond de la croissance

Dans l’ensemble, les projections de croissance à court et moyen terme sont prometteurs et le rapport de la BAD et nettement plus optimistes que ceux de la Banque mondiale dans ses perspectives publiées en début d’année ainsi que ceux du FMI. La reprise de la croissance a été même plus rapide que prévu en particulier dans « les économies à forte intensité de ressources », ce qui pour les auteurs du rapport confirme encore la capacité de résistance aux chocs du continent. Dans les pays producteurs de pétrole qui ont le plus pâtit de la conjoncture, les prochaines années s’avèreront même décisives dans le cadre de leur stratégie de transformation économique. Après un maigre 2,2 % en 2016 et une légère amélioration de 3,6 %, en 2016 et 2017, la BAD estime la croissance du continent attendue pour 2018 et 2019 à 4,1%.

Tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne et certains font preuve d’une croissance exponentielle qu’il convient certes de placer dans le contexte particulier de leur situation socioéconomique et politique. C’est le cas de la Libye avec une hausse estimée à plus de 55 %, en raison de la reprise de la production pétrolière. De manière générale, les champions africains vont confirmer leur potentiel avec un retour du niveau de croissance des années fastes comme le Ghana avec des projections de 8,5 % en 2018, la Côte d’Ivoire avec 7,9 %, le Sénégal avec 7 % ainsi que Djibouti avec 6,9 % ou la Tanzanie de 6,7 %. D’autres pays comme le Burkina Faso, le Bénin, la Sierra Leone et la Guinée atteindront une moyenne annuelle de 6 %. Même les pays les plus touchés par la crise et dont l’impact se rejaillit sur l’économie africaine en raison de leurs poids économiques, le Nigéria et l’Afrique du sud, renoueront avec la reprise alors que des pays comme l’Ethiopie maintiendront leur dynamique acceptable des dernières années où ils ont tiré la croissance du continent.

Le défi de l’industrialisation et d’une croissance inclusive

D’après la BAD, « cette amélioration ne résulte pas d’un facteur unique. Elle est le reflet d’une conjoncture internationale plus favorable, du rétablissement des prix des matières premières, principalement le pétrole et les métaux, de la demande intérieure soutenue, en partie satisfaite par la substitution des importations, et des améliorations de la production agricole ».

Le rapport a fait également de la persistance de certains défis notamment une croissance encore peu créatrice d’emplois ainsi qu’une faible mobilisation des financements au regard des opportunités qu’offrent le marché notamment avec la multiplication des fonds en quête de créneaux d’investissements. Pour la BAD, la première priorité pour les économies africaines est d’adopter des stratégies de croissance visant à absorber la main-d’œuvre. La deuxième priorité consiste à investir dans le capital humain, en particulier dans le développement des compétences entrepreneuriales des jeunes, afin de faciliter la transition vers des secteurs modernes à haute productivité.

« Des défis persistent toutefois, en particulier en ce qui concerne les stratégies de transformations structurelles susceptibles de créer plus d’emplois et de réduire la pauvreté. Celles-ci doivent impérativement renforcer l’investissement dans l’agriculture et y développer des chaines de valeur qui permettront de dynamiser le secteur manufacturier moderne et les services. La diversification économique est donc essentielle pour la résolution des problèmes du continent, ceci compte tenu notamment de la situation démographique qui pose des défis ». Akinwumi Adesina

Lors de la présentation du rapport, les principaux responsables de la BAD ont tenu à plaider pour le maintien du cap des réformes structurelles notamment l’accélération de l’industrialisation de l’Afrique afin de créer des emplois, de réduire la pauvreté et de promouvoir une croissance économique inclusive. En ce sens, le président de la BAD Akinwumi Adesina a souligné que les projets d’infrastructure étaient parmi les investissements les plus rentables que puisse faire un pays pour «contribuer significativement à la croissance économique d’un pays » d’autant que « l’infrastructure, lorsqu’elle est bien gérée, fournit les ressources financières nécessaires pour faire tout le reste ».

Lire aussi : L’industrialisation de l’Afrique passera par l’agriculture et l’agro-industrie

Le président de la BAD n’a pas manqué également de rappeler que la diversification économique est essentielle pour résoudre de nombreuses difficultés du continent et a exhorté les gouvernements africains à encourager le passage à des industries à forte intensité de main-d’œuvre, en particulier dans les zones rurales où résident 70% de la population. « L’agriculture doit être à la pointe de l’industrialisation de l’Afrique » a réitéré  Adesina ajoutant que l’intégration de l’énergie et des infrastructures des transports faciliterait l’intégration économique, le développement des chaînes de valeur agricoles et les économies d’échelle.

Aboubacar Yacouba Barma

La Tribune

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