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L’Afrique entre pouvoir vert et péril jeune

L’Afrique entre pouvoir vert et péril jeune

L’actualité du continent charrie son flot de nouvelles incessantes, oblitérant deux tendances de fond auxquelles l’Afrique est confrontée : la nécessité d’assurer sa sécurité alimentaire et l’obligation d’imaginer une croissance plus inclusive, notamment en faveur de la jeunesse. Formidable opportunité d’une part et défi prégnant de l’autre, le développement de l’agro-industrie pourrait constituer un début de solution au chômage des jeunes . Dès lors, pourquoi ne pas les mettre en regard ?

Peut-être ne réaffirmons-nous pas assez l’importance du développement de l’agriculture et de l’agro-industrie pour développer l’Afrique. Pour Akwinumi Adesina, Président de la Banque africaine de développement (BAD), la cause est entendue. Dans une tribune publiée sur nos colonnes la semaine dernière, le Président de la BAD affirmait avec une détermination rare sa volonté d’accompagner le mouvement d’industrialisation de l’Afrique en l’appuyant sur l’agriculture et l’agro-industrie. Pour cet ancien ministre nigérian de l’agriculture, qui avait basé en 2015 l’essentiel de son programme de candidat pour prendre la tête de la BAD sur la nécessité de créer un «choc agricole», l’agriculture constitue en effet «la clé de l’accélération de la croissance, de la diversification et de la création d’emplois».

Si ce constat semble partagé -et depuis longtemps- par la plupart des protagonistes, pourquoi donc l’Afrique n’arrive-t-elle pas à faire décoller ce «pouvoir vert» dont elle dispose en abondance ? Pourquoi ne sommes-nous pas en mesure d’accélérer le développement de ce secteur alors même que nous disposons d’une main-d’œuvre abondante et jeune aspirant à l’emploi ?

Vivre tous en ville ?

Si le patron de la BAD pointe comme raisons principales aux performances médiocres de l’agriculture africaine le sous-investissement et le manque d’infrastructures, une troisième dimension tout aussi essentielle n’a pas été soulevée : l’accroissement urbain frénétique que connaît le continent.

Depuis vingt ans, un mouvement de fond vide les zones rurales, engorge et étouffe les agglomérations urbaines africaines, et affaiblit d’autant la capacité de développement de l’agriculture et de l’agro-industrie. Selon la Banque mondiale, pas moins de 472 millions d’Africains vivent actuellement en ville, chiffre appelé à doubler lors des vingt-cinq prochaines années. Et cette urbanisation galopante, sans surprise, touche en très grande majorité les jeunes, qui sont donc moins enclins à travailler dans l’agriculture. En clair, une course contre la montre est en train de se jouer, et l’accès au capital et le développement des infrastructures pourraient bien à terme devenir des sujets moins essentiels que la disponibilité des hommes en capacité de travailler.

De fait, cette situation oblige les pouvoirs publics des pays africains à se poser les bonnes questions quant aux modes d’occupation de l’espace et au couplage nécessaire des politiques d’aménagement du territoire avec les stratégies agricoles et agro-industrielles. Or, trop souvent en Afrique, l’exécutif est fragmenté et les titulaires de maroquins ministériels ont tendance à favoriser les agendas immédiats situés au sein de leurs périmètres, au détriment d’une action collective et convergente qui permettrait d’adresser les temps longs et de faire face aux défis découlant de la pression démographique ou de la mondialisation.

Energie en priorité

Reste donc à espérer que la vague de croissance de l’agriculture et de l’agro-industrie se déploiera suffisamment rapidement pour ralentir l’urbanisation et permettre de fixer des populations au plus près des terres agricoles. Pour cela, un effort supplémentaire doit être consenti afin d’achever les différents programmes d’électrification rurale, que ce soit à travers le raccordement aux sources d’énergie principales ou grâce au développement d’unités autonomes et durables. Là encore, il s’agit d’une nécessité vitale qui participerait au cercle vertueux de développement africain de l’agro-industrie tout en permettant aux populations d’accéder à une vie décente et aux industries d’alimenter leurs unités.

Abdelmalek Alaoui
La Tribune Afrique

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