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L’Afrique, nouvelle terre de conquête du capital-investissement

L’Afrique, nouvelle terre de conquête du capital-investissement

L’Afic, qui défend les intérêts du capital-investissement français, vient d’annoncer la création d’un “club Afrique.” Au premier semestre 2014, les fonds internationaux de private equity ont investi 1,5 milliard de dollars en Afrique, un montant en hausse de 137%.

Il y a eu les dragons asiatiques. Place, désormais, aux “lions” africains, ces pays qui tirent la croissance économique de l’Afrique, nouvelle terre de conquête du capital-investissement après les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). L’association française des investisseurs pour la croissance (Afic), qui défend les intérêts du capital-investissement français, vient ainsi de lancer un “club Afrique”, qui a pour but d’identifier les expertises en matière d’investissement sur le continent africain et de favoriser le partage des expériences dans ce domaine.

“Les acteurs français du capital-investissement sont encore peu présents en Afrique, notamment par rapport aux Anglo-Saxons, mais nous sentons un intérêt très fort de leur part pour se développer sur ce continent”,

explique Hervé Schricke, président du club Afrique et fort de plus de dix années d’expérience dans de grandes banques africaines. Il faut dire qu’avec une croissance économique de l’ordre de 5% et des besoins de financement estimés par la Banque mondiale à 90 milliards de dollars par an au cours des 15 ou 20 prochaines années, le continent africain a de quoi faire saliver une industrie du capital-investissement en quête de relais de croissance.

Des initiatives françaises encore rares

Au premier semestre 2014, les fonds internationaux de capital-investissement ont ainsi investi un total de 1,5 milliard de dollars dans des PME africaines non cotées, un montant en hausse de…137% par rapport à la même période de 2013, selon une récente étude du cabinet d’avocats Freshfields. Un montant qui représente également 83% du total des sommes injectées par le capital-investissement dans l’économie africaine, ce qui relègue les acteurs africains du “private equity” tels qu’Abraaj Group et Helios Investment Partners loin derrière Carlyle, KKR, Blackstone et autres géants mondiaux du secteur.

A l’inverse, les initiatives françaises sont demeurées rares jusqu’à présent, exception faite de Wendel : sur les deux milliards d’euros que la société entend investir d’ici à 2017, un tiers environ sera consacré à des prises de participation en Afrique, à l’image des 304 millions de dollars supplémentaires injectés en novembre dans le spécialiste panafricain des tours de télécommunications IHS Holding. Début février, un autre fonds français, Investisseurs & Partenaires, a annoncé un deuxième investissement au Ghana, ainsi que l’ouverture d’un bureau à Accra. Mais Investisseurs & Partenaires, présidé par Jean-Michel Severino, ancien vice-président de la Banque mondiale, présente un profil bien particulier. Il ne s’agit pas d’un fonds de capital-investissement à proprement parler, mais d’un fonds “d’impact investing”, qui cherche à conjuguer rentabilité et impact social positif.

L’Afrique de l’Est aussi en ligne de mire

Amethis Finance n’est pas non plus vraiment représentatif de l’industrie française du capital-investissement. Créé en décembre 2012 par Luc Rigouzzo et Laurent Demey, des anciens de l’Agence française de développement, en partenariat avec la compagnie Benjamin de Rothschild, ce fonds a une stratégie d’investissement qui fait la part belle aux critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). Il est présent non seulement en Côte d’Ivoire et au Ghana, via des investissements dans Petro Ivoire et Fidelity Bank, mais également au Kenya et dans l’Ile Maurice.

“Nous avons probablement un champ d’action plus naturel en Afrique francophone mais il y a encore beaucoup de choses à faire en Afrique de l’Est, malgré la présence anglo-saxonne, cette partie du continent africain étant en plein développement et ayant encore besoin de renforcer son expertise dans le domaine du capital-investissement”,

analyse Hervé Schricke. Ce qui est vrai aussi pour “l’Afrique de l’Ouest, moins structurée, avec quelques fonds opérant depuis Abidjan”, alors que “le Maroc et la Tunisie sont déjà bien avancés, en matière de capital-investissement.”

Des sauts technologiques qui favorisent le développement du capital-innovation

Mais il y a fort à parier que l’Afrique subsaharienne va rapidement refaire son handicap auprès des fonds de private equity, attirés par l’émergence d’une classe moyenne qui les autorise à rêver d’investissements ailleurs que dans le traditionnel secteur des ressources naturelles. “Les secteurs d’activité les plus porteurs en Afrique sont tout particulièrement l’agroalimentaire, les infrastructures, la santé, l’énergie et les services financiers, compte tenu de la faible bancarisation”, confirme Hervé Schricke. Une bancarisation qui devrait progresser grâce à l’essor spectaculaire du mobile sur le continent africain, lequel a brûlé l’étape de la téléphonie fixe pour aller directement à celle du portable.

“Des sauts technologiques” qui, au passage, font “qu’il existe un début de capital-innovation, (alors que), pour l’instant, le capital-développement est le segment du capital-investissement le plus développé en Afrique”, précise Hervé Schricke. Reste que le continent africain, comme bien des économies émergentes, présente de nombreux risques, qu’il s’agisse de troubles politiques, de gouvernances d’entreprise encore balbutiantes ou de marchés de capitaux trop peu développés pour céder aisément des participations en Bourse. “Nous voulons être là dès le début, sans attendre que le marché soit déjà très structuré”, rétorque Hervé Schricke.

Christine Lejoux
latribune.fr

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