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Lait : la feuille de route du nouveau patron de Sodiaal

Lait : la feuille de route du nouveau patron de Sodiaal

Le dirigeant du groupe coopératif aura pour mission d’accroître la rentabilité.

Sodiaal a créé la surprise il y a quelques jours en se séparant de Frédéric Rostand, son directeur général depuis cinq ans. L’homme a accompli une tâche importante. Et le président du groupe coopératif, Damien Lacombe, le reconnaît volontiers. Frédéric Rostand a remis ce groupe de 5 milliards de chiffre d’affaires sur les rails, élargi le périmètre et organisé l’absorption d’Entremont, le leader européen de l’emmental.

La tâche n’était pas aisée même si la hausse des cours des matières premières a aidé Frédéric Rostand en 2011-12 à reconstituer les marges du fromager très endetté. Pourtant les deux hommes se sont séparés. Leur vision des arbitrages financiers à opérer, alors que les éleveurs traversaient une crise historique, s’est avérée trop différente. Damien Lacombe est éleveur dans l’Aveyron et le fils de Raymond Lacombe, longtemps président de la FNSEA, qui répétait à l’envi qu’il n’y a « pas de pays sans paysans ». Difficile d’expliquer à des agriculteurs que leur coopérative paie le lait en dessous du coût de production. A l’avenir, « la clef de répartition entre les adhérents et la coopérative sera fixée à l’avance et soumise au vote », prévient Damien Lacombe. Difficile aussi de justifier des investissements destinés à servir la Chine quand, brusquement, celle-ci ferme ses portes.

Face aux difficultés extrêmes des éleveurs, le conseil d’administration a décidé en juin de verser à ses 12.500 producteurs de lait le résultat de l’année 2015, soit 17 millions d’euros. Le directeur général, lui, regardait plus loin et pensait développement industriel ou commercial. « Jamais nous n’avions connu une crise de cette ampleur », dit Damien Lacombe, qui constate la désespérance des éleveurs.

Combien quitteront le métier ? Jamais la production n’avait autant baissé en deux ans. Sodiaal a 70 usines en France et besoin de lait partout sur le territoire pour rentabiliser cet outil. « Il faut redonner confiance aux éleveurs », martèle Damien Lacombe. La Chine a repris ses achats. Et le prix du lait, qui a été jusqu’à 20 % inférieur (256 euros la tonne) au coût de production (320 euros) en 2016, remonte. Mais il ne couvre toujours pas les coûts. Le marché mondial s’est beaucoup assaini grâce à la baisse de production dans les grands pays laitiers, et les cours du beurre et du fromage ont rebondi. Mais les industriels se refusent à annoncer une meilleure rémunération aux éleveurs par crainte d’un trop fort redémarrage de la production.

De nombreuses inconnues

C’est toute cette situation que va devoir gérer Jorge Boucas, le nouveau directeur général de Sodiaal. Un polytechnicien de quarante-quatre ans débauché par un cabinet de recrutement. Il présidait le directoire de Roullier, un groupe familial de nutrition végétale, animale et humaine de 3,1 milliards d’euros de revenus, basé à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine).

Sa feuille de route est riche et jalonnée d’inconnues. Le marché mondial est durablement inscrit dans la volatilité. Les pays émergents sont instables. L’Europe agricole se délite. Les pays voisins sont devenus les premiers concurrents de la France au lieu d’être des soutiens dans la construction d’une stratégie face à la concurrence internationale. Dans ce contexte, la mission prioritaire de Jorge Boucas sera d’« augmenter fortement » la rentabilité de Sodiaal jusqu’à 5 % au moins contre 2,36 % en 2015. Mieux lotie que la moyenne des coopératives françaises, Sodiaal est deux fois moins performante que celles de l’Europe du Nord. Les poids lourds néerlandais, allemands, danois ont pour atout d’être plus gros, dominants sur leur marché national et internationalisés de longue date.

L’internationalisation est la deuxième mission de Jorge Boucas, mais elle sera fonction de la hausse de la rentabilité. L’homme devra doubler le chiffre d’affaires hors UE de 10 % à 20 % du total (5 milliards d’euros) en trois ans. Sodiaal ne désespère pas d’obtenir quelques outils de gestion des marchés de Bruxelles. Et expérimente de son côté des contrats à marge garantie.

Marie-Josée Cougard, Les Echos

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