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L’appel d’offres géant de la SNCF ne peut plus échapper à Alstom et Bombardier

L’appel d’offres géant de la SNCF ne peut plus échapper à Alstom et Bombardier

Un audit a jugé insuffisantes les capacités industrielles de l’unique concurrent, l’espagnol CAF. Sans cette commande, les usines des deux constructeurs dans le Nord risquaient de lourdes suppressions d’emplois.

Après le remue-ménage créé le mois dernier par l’affaire Alstom Belfort , le gouvernement n’aura pas à voler une nouvelle fois au secours de constructeurs ferroviaires en mal de commandes. Selon la lettre spécialisée « Mobilettre », le consortium formé par Alstom et Bombardier est désormais assuré de remporter l’appel d’offres de près de 3 milliards d’euros pour construire plus de 270 RER NG (nouvelle génération) pour l’Ile-de-France, un marché dont leurs usines de Valenciennes (pour Alstom) et Crespin (pour Bombardier) ont désespérément besoin pour remplumer leurs plans de charge.

L’autre constructeur en lice, l’espagnol CAF, s’est vu signifier par la SNCF, qui pilote l’appel d’offres pour le compte de la région Ile-de-France, que sa capacité de production industrielle n’était pas jugée suffisante pour tenir les cadences demandées par l’appel d’offres. L’entreprise publique s’est appuyée pour arriver à cette conclusion sur un audit commandé au cabinet d’expertise Oliver Wyman, indique « Mobilettre ».

Une expertise qui tombe à pic

Le contenu de l’audit n’est pas connu, mais le site français de CAF à Bagnères-de-Bigorre ne compte qu’une centaine de salariés, là où celui de Valenciennes en compte 1.000, et celui de Crespin 2.200. CAF aurait dû embaucher de 500 à 600 salariés, les former, et lancer une nouvelle chaîne de montage, ce qui pouvait exposer l’entreprise à des retards de livraisons, juge un expert. Surtout, la cadence de production demandée a été portée l’an dernier de 25 à 70 trains par an. Sur ce plan, l’attelage Alstom-Bombardier présentait plus de garanties, même si CAF misait sur le renfort éventuel des usines pour faire face.

Cet audit tombe toutefois à pic pour sauver la SNCF, mais aussi le gouvernement, d’un dénouement explosif, à côté duquel le pataquès Alstom Belfort aurait fait figure d’aimable divertissement. Cette commande de quelque 250 RER était vitale pour maintenir l’activité des sites de Valenciennes et Crespin. C’est d’ailleurs pour maximiser leur chances que les deux constructeurs on fait alliance, quitte à partager la commande.

CAF demande une communication de l’audit

Mais CAF a crânement joué sa chance en outsider, en étant nettement mieux-disant sur les prix. A tel point que la rumeur donnait jusqu’à ces dernières semaines CAF gagnant. Une hypothèse qui semblait inenvisageable sur le plan politique à quelque mois de l’élection présidentielle, puisqu’elle aurait poussé Alstom et Bombardier à supprimer des centaines de postes dans leur sites respectifs, qui ne sont distants que de quelques kilomètres dans le Nord.

L’expertise d’Oliver Wyman arrive donc à point… sauf pour CAF évidemment. Le directeur général France, Francis Nakache, demande à avoir communication de l’audit. Et ne se prononce pas sur la possibilité d’une procédure devant les tribunaux : « Quand notre société a des éléments pour faire un recours, elle sait le faire, même si il est difficile commercialement d’affronter des donneurs d’ordre publics devant les tribunaux. Nous allons continuer à soumettre des offres financièrement et techniquement gagnantes, et nous espérons qu’il y aura des contrats à l’avenir qui nous reconnaîtront le droit de nous développer sur notre site français. »

Lionel Steinmann
lesechos

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