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L’Arabie saoudite se prépare à un rendez-vous historique avec les marchés

L’Arabie saoudite se prépare à un rendez-vous historique avec les marchés
Le prince Mohammed Ben Salmane se fait le promoteur d’un ambitieux plan de réformes depuis le début de l’année, sur fond de chute des revenus pétroliers - Nicolas Asfouri/AP/SIPA

L’Arabie saoudite, qui a inondé le monde de pétrodollars pendant des décennies, lance son premier emprunt obligataire. Cela fait des mois que le pays prépare cette révolution.

C’est l’une des opérations les plus attendues de l’année sur le marché obligataire. L’Arabie saoudite va effectuer son premier emprunt auprès d’investisseurs internationaux. Une révolution pour le Royaume qui, grâce à la manne des pétrodollars, a été plus habitué au rôle de créancier vis-à-vis du reste du monde qu’à celui d’emprunteur . Mais la chute des cours pétroliers est passée par là, dégradant les comptes du pays, comme ceux de toute la région, rappelle Standard&Poor’s. Selon l’agence, le déficit de l’Arabie saoudite devrait s’élever à environ 10 % par an sur la période 2016-2019.

Les dirigeants de Saudi Aramco présents lors du roadshow

C’est ce mercredi qu’est programmée l’émission de dette. Riyad envisage de lever entre 10 et 20 milliards de dollars (plutôt entre 15 et 20 milliards selon un investisseur) sur trois maturités : 5, 10 et 30 ans. Une méga-émission qui fait l’objet d’un marketing intense depuis des mois et qui vient d’être présentée aux investisseurs au cours d’une semaine marathon. Les représentants du Royaume et leurs trois principaux banquiers, Citi, HSBC et JPMorgan – les deux dernières ayant aussi participé à un prêt de 10 milliards de dollars en début d’année – ont multiplié les conférences aux Etats-Unis et à Londres ces derniers jours. Au cours de ces réunions, auxquelles ont participé des ministres ou dirigeants de la compagnie pétrolière étatique Saudi Aramco , les investisseurs ont pu poser leurs questions sur la nouvelle stratégie de Riyad.

« L’Arabie saoudite n’a pas un besoin urgent d’emprunter sur les marchés », relève un analyste, qui a assisté à l’une des présentations. « Les réserves de changes permettent encore au pays de tenir quelques années, mais l’idée est d’entamer un processus pour que Riyad ne soit pas un jour obligé de liquider ses actifs dans la panique ». Le Royaume qui, avec cette émission va devenir la référence de marché pour tous les acteurs publics et privés du Golfe, envisage en effet de lever régulièrement de la dette au cours des prochaines années. Ce qui, à terme, pourrait lui permettre d’intégrer l’indice des obligations émergentes de JPMorgan, et ainsi lui garantir des flux d’investissements récurrents. Dans cette optique, Riyad a dû mettre sur pied une agence de la dette, qui serait dirigée par Fahad Al Saif, un ex-banquier de HSBC, selon plusieurs médias.

L’Arabie saoudite envisage de procéder à des privatisations

Parmi les autres points abordés lors du « roadshow », le pays a affiché sa volonté de libéraliser ses marchés financiers domestiques et de faciliter leur accès aux étrangers. Il a par ailleurs affirmé qu’il comptait défendre l’arrimage de sa devise au dollar. En ce qui concerne les grands chantiers économiques, l’accent a été mis sur les privatisations et sur la diversification hors du pétrole. Un objectif qui devient concret, comme en témoigne la récente création d’un fonds de capital-risque dédié à la high tech avec le japonais Softbank .

L’émission va-t-elle susciter autant d’ engouement que celle de l’Argentine, qui avait été souscrite à hauteur de 70 milliards de dollars en avril ? La quête de rendement de la part des investisseurs devrait en tout cas aider. En outre, l’Arabie saoudite a mis les moyens. En dehors des trois grandes banques qui mènent les opérations au niveau mondial, elle est accompagnée par sept autres établissements : BNP Paribas, Bank of China, Mitsubishi UFG, Deutsche Bank, Goldman Sachs, Morgan Stanley et une banque locale, NCB.

Si le « roadshow » qui s’achève mardi sur la côte est des Etats-Unis n’est pas passé par l’Asie, le Royaume aurait néanmoins déployé une campagne en direction de ces très gros investisseurs au début de l’été. De quoi lui garantir la participation des banques centrales et fonds souverains asiatiques dès mercredi ? « Riyad souhaite peut-être aussi les cibler dans un second temps, en émettant des titres libellés dans une grande devise d’Asie ou en plaçant des obligations islamiques (sukuks), dont la Malaisie et l’Indonésie sont friandes », suggère un analyste.

A ce stade, l’émission prévue ce mercredi est jugée assez chère par plusieurs intervenants. « Un rendement proche de celui offert par le Qatar a été évoqué par les banquiers, alors que les fondamentaux économiques de l’Arabie sont moins solides. Le taux à 5 ans du Qatar traite 100 points de base au-dessus des emprunts d’Etat américains. Les titres saoudiens seraient intéressants si la prime offerte était d’environ 150 points de base », juge l’un d’eux. D’ailleurs, le CDS (qui mesure le prix d’une assurance contre le risque de défaut) de l’Arabie est plus cher que celui du Qatar. Et il a bondi depuis 2015.

ISABELLE COUET / lesechos.fr

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