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L’Autorité de la concurrence menace l’alliance Canal+ / BeIN Sports

L’Autorité de la concurrence menace l’alliance Canal+ / BeIN Sports

Le verdict de l’anti-trust sur les projets de distribution exclusive de BeIN par Canal+ est attendu en milieu de semaine.Si la position du gendarme de la concurrence est trop dure, Canal+ pourrait renoncer.

Les projets de distribution exclusive des chaînes BeIN Sports par Canal pour permettre à la filiale de Vivendi de repartir à la conquête des abonnés en France se présentent mal. Selon nos informations, l’Autorité de la concurrence devrait en effet rendre en milieu de semaine un verdict imposant des conditions difficiles à accepter pour la filiale de Vivendi.

Alors que les pertes de la chaîne cryptée française risquent selon le groupe audiovisuel de flamber jusqu’à 475 millions d’euros en 2017, son patron Vincent Bolloré s’est dit est prêt à verser entre 300 et 400 millions d’euros par an au groupe qatari pour pouvoir distribuer lui-même BeIN Sports. Car fort de ces contenus, Canal+ estime qu’il pourrait retrouver un leadership incontesté sur le sport à la télé ce qui lui permettrait de remodeler ainsi le marketing de son offre pour séduire de nouveaux abonnés ou faire dépenser plus son actuelle base de clients.

Des « remèdes » difficilement acceptables

Pour cela, n’en déplaise au camp Vivendi qui juge cette étape administrative anormale, il faut cependant convaincre l’antitrust. Celui-ci doit en effet lever une injonction concernant la distribution de chaînes premium. Une mesure imposée au groupe Canal en 2012 parce qu’il n’avait pas respecté ses engagements de 2006 suite à la fusion entre son bouquet CanalSat et TPS. Problème pour la filiale du groupe Vivendi, l’autorité présidée par Bruno Lasserre n’est visiblement pas disposer à autoriser ce rapprochement BeIN-Canal sans que ne soient mis en place certains « remèdes » sans doute difficilement acceptables pour le champion français de la télévision payante.

Bien que Canal estime que le paysage audiovisuel français a évolué avec l’arrivée de nouveaux concurrents comme SFR ou Netflix, l’alliance du numéro un et du numéro deux dans les droits sportifs pose selon l’antitrust un véritable risque pour les consommateurs, ses concurrents et les vendeurs de droits comme les ligues de football et rugby.

Canal+ a fait le deuil de ses ambitions initiales

Depuis l’annonce de ce projet d’accord avec BeIN en février, Canal+ a d’abord fait son deuil de ses ambitions initiales que tout nouvel abonné à BeIN soit aussi obligé de s’abonner à CanalSat ou Canal+. Mais cela n’a pas suffi.

Le groupe présidé par Vincent Bolloré a ensuite proposé que l’on puisse toujours s’abonner en solo à BeIN mais que ce soit Canal qui maîtrise la relation avec le client pour pouvoir le convaincre de souscrire à d’autres offres. Le groupe s’est heurté là à l’opposition des fournisseurs d’accès comme SFR et Orange, qui souhaitent à la fois continuer de prélever une marge pour la distribution de BeIN, mais qui voulaient surtout pouvoir conserver des liens directs avec leurs clients en leur proposant des « packages » de contenus personnalisés. Canal a certes proposé, mais sans convaincre, d’informer les « telcos » des clients qu’il signait.

Installer des contre-pouvoirs face à Canal+

Pour l’Autorité de la concurrence, en fait, il n’est apparemment pas question de freiner l’essor des opérateurs télécoms dans les contenus en renforçant trop le poids de Canal+ dans l’univers de la télé payante. L’important reste visiblement pour l’instant de favoriser l’installation de contre-pouvoirs face à Canal dans les contenus premium afin que les Orange, SFR, Free ou Bouygues Telecom puissent faire jouer la concurrence.

Dès lors, l’Autorité de la concurrence aurait, selon nos informations, suggéré que Canal propose des prix de revente en gros à ses concurrents de ces contenus BeIN. Une pratique courante outre-Manche mais risquée pour BeIN qui fait face à de lourdes pertes et qui ne disposerait ainsi pas d’un minimum garanti bien supérieur à celui qu’il obtiendrait en accordant l’exclusivité à un seul acteur.

Pendant les quelques semaines de délibérations au sein de l’antitrust, Vincent Bolloré a brandi la menace de la fermeture de Canal en France, qui serait une catastrophe pour le financement de la création hexagonale, ou de sa sortie des contenus sportifs, qui fragiliserait les clubs. Reste à savoir s’il mettra ces menaces à exécution. En attendant, un accord avec BeIN mais sans exclusivité pourrait quand même être trouvé. Mais à un prix bien moindre.

Pas de menace mortelle pour Canal+

L’Autorité de la concurrence semble cependant estimer que la situation est moins noire pour Canal+ que ne le dit Vincent Bolloré . Avec CanalSat, le bouquet qui en est inséparable, les bénéfices sont toujours au rendez-vous. L’antitrust ne voit pas non plus l’émergence d’offres « low cost » dans le sport (Be IN) ou dans les séries et les films (Netflix) comme une menace mortelle pour Canal+ à court terme.

Même la montée en puissance de SFR dans l’achat de droits sportifs ne serait pas dans l’immédiat de nature à fragiliser outre mesure Canal. En outre, pourquoi détricoter les règles du marché maintenant, pense le gendarme de la concurrence. Les fameuses injonctions arrivent à échéance en juillet 2017. Il faudra d’ici là remettre à plat tout le paysage de la télé payante afin de déterminer s’il faut reconduire ces injonctions ou les adapter et ce travail va commencer bientôt…

Nicolas Madelaine
lesechos.fr

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