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L’Autriche retient son souffle dans un poker bancaire à 11 milliards d’euros

L’Autriche retient son souffle dans un poker bancaire à 11 milliards d’euros

L’Autriche retenait son souffle vendredi alors qu’expirait en fin d’après-midi une offre destinée à éviter une possible faillite de la petite province de Carinthie, plombée par 11 milliards d’euros de dettes de son ex-banque publique Hypo Group Alpe Adria (HGAA).

Après avoir multiplié les investissements hasardeux dans les années 2000, sous la férule du dirigeant populiste Jörg Haider, la banque a littéralement explosé en vol lors de la crise financière de 2008.

Elle laisse à la charge de la Carinthie un passif de pas moins de 11 milliards d’euros, équivalant à plus de quatre années du budget de cette petite province de 550.000 habitants, déjà très endettée par ailleurs.

Après avoir injecté 5,5 milliards d’euros dans la banque au fil des ans, l’Etat fédéral autrichien a annoncé l’an dernier arrêter les frais, quitte à ce que la Carinthie se retrouve en défaut de paiement.

Mi-janvier, le fonds public carinthien chargé de gérer ce passif, K-AF, a proposé de racheter la majeure partie de la dette pour 75% de sa valeur, une offre «de la dernière chance» qui expire vendredi à 17h00 locales (16h00 GMT).

Le ministre des Finances, Hans Jörg Schelling, a assuré que l’offre faite aux investisseurs avait été calculée au plus juste de manière à éviter un défaut de paiement de la province, déjà endettée à hauteur de plus de 4 milliards d’euros.

Dans un geste destiné à amadouer les créanciers, le Trésor autrichien a en outre proposé d’émettre des obligations préférentielles au profit des investisseurs qui accepteraient l’offre, de façon à limiter leurs pertes.

Mais les principaux créanciers, dont le franco-belge Dexia et les allemands Commerzbank, Deutsche Bank et GDV ont tous annoncé qu’ils refuseraient l’offre et exigeraient un remboursement intégral.

Loin d’un investissement spéculatif, la dette de HGAA était en effet considérée à l’époque comme un placement sûr: la Carinthie disposait d’un fort taux de confiance au moment où elle avait accordé sa garantie à la banque, grâce notamment au soutien implicite de l’Etat autrichien.

- «Opération suicide» -

Selon un des principaux groupes de créanciers, «un défaut de paiement de la Carinthie représenterait le premier cas au sein de l’UE où un Etat membre ne viendrait pas au secours d’une de ses provinces».

Mais M. Schelling a souligné à plusieurs reprises qu’il laisserait si nécessaire la Carinthie aller au dépôt de bilan. Et que dans cette hypothèse, les créanciers ne recouvreraient pas davantage les sommes réclamées, tout en s’épuisant dans de longs et coûteux recours.

Le K-AF, tout comme le gouvernement, ont annoncé qu’ils ne communiqueraient pas sur les résultats de l’offre avant lundi, où les ministres provinciaux de Carinthie doivent se réunir en conseil exceptionnel consacré à ce dossier.

La faillite d’une collectivité publique – qui en toute hypothèse n’interviendrait pas avant plusieurs mois – est techniquement possible en Autriche, l’Etat n’ayant pas d’obligation de secours en dernier ressort.

«Ce serait une manière d’agir peu conventionnelle qui serait sanctionnée à court terme par les marchés financiers, mais qui ne devrait pas causer de difficultés à long terme», a estimé jeudi Bernhard Felderer, président du Conseil fiscal autrichien, un organisme public.

A l’inverse, l’économiste Manfred Biegler juge qu’un tel défaut de paiement équivaudrait à une «opération suicide» pour la signature autrichienne.

En tout état de cause, de nombreux rebondissements sont encore possibles, même si M. Schelling a assuré qu’aucune nouvelle offre ne serait formulée.

L’Autorité financière autrichienne doit publier d’ici fin mai le montant officiel des dépréciations liées au passif de Heta, la structure de défaisance créée en 2014 pour gérer le passif de HGAA. Selon des analystes, ces dépréciations pourraient représenter jusqu’à 60% du montant des créances.

A défaut d’accord, les créanciers pourront alors engager une procédure contentieuse contre la Carinthie pour tenter d’obtenir le remboursement intégral de leurs titres.

«La Carinthie est prête pour tous les scénarios», a affirmé jeudi le gouverneur de la province, Peter Kaiser.

afp/20minutes.fr

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