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L’aventure hôtelière de cinq Romands au Rwanda

L’aventure hôtelière de cinq Romands au Rwanda

En voyage au Rwanda en 2015, cinq romands décident d’ouvrir un hôtel sur un coup de tête. Ils le gèrent depuis à distance grâce aux intenses efforts du gouvernement rwandais pour attirer des investisseurs étrangers.

Au croisement de la route 25 qui mène au cœur de Kigali, on aperçoit un panneau rouge et blanc. Il annonce l’Hôtel des cinq suisses. A sa réception, deux jeunes Rwandais se tiennent derrière un comptoir. Dans un français parfait, ils appellent leur patron. Arrivé à Montreux dès ses 9 ans, Shyaka a grandi en Suisse. Il y vit toujours et profite de ses vacances pour développer ses affaires dans son pays d’origine. En 2015, en voyage en Tanzanie avec ses amis, ils décident de faire une étape à Kigali.

Arrivés au Rwanda, le contraste les frappe instantanément. «Lorsque nous sommes arrivés nous nous sommes rendus compte qu’il n’y avait pas d’hôtels de qualité», explique cet ancien boxeur. Ils entendent parler de la volonté de l’ambassade américaine de se débarrasser de leur salle de sport. Présent le jour de l’enchère, les Helvètes sont agréablement surpris par la facilité des procédures administratives. «Au Rwanda, cela prend six heures pour ouvrir un business. Tu peux même le faire à distance ! Contrairement à beaucoup de pays africains, il n’y a pas de besoin de connaitre quelqu’un», explique-t-il. Classé 4ème au rang des pays les moins corrompus d’Afrique, le pays a fait des pas de géant depuis le génocide en 1994. Selon un indicateur des Nations-Unies, c’est même la nation qui a le plus progressé entre 1990 et 2015, devant la Chine.

Croissance du PIB de 8% par an

Avec une croissance de son PIB de 8% par année, tous les indicateurs économiques sont au vert. Le seuil de pauvreté est passé de 50 à moins de 40% et l’espérance de vie est passée de 50 à 65 ans en l’espace de quinze ans. Les fonctionnaires doivent remplir des contrats de performance et la corruption est sévèrement réprimandée. Une situation unique en Afrique qui a fortement séduite ces cinq Romands. Parmi eux, l’architecte fribourgeois Bernard Von Gunten. Aujourd’hui encore, il se souvient du choc éprouvé à son entrée dans le pays: «Dès que j’ai franchi la frontière, nous avons vu qu’il n’y avait pas de corruption, que le pays était très propre. Cela nous a rappelé la Suisse».

Comme ses collègues, il est tombé amoureux de ce pays où les sacs plastiques sont bannis et confisqués à l’aéroport. Chaque dernier samedi du mois, les habitants doivent aider la communauté pendant trois heures et nettoyer les espaces publics. «Ici, le président Kagame donne des directives et cela avance. Nous avons obtenu un permis de construire en moins trois mois. En Suisse cela aurait été impossible», nous explique-t-il par téléphone. Pour le Fribourgeois, l’inflation constante du pays, sa stabilité et la sûreté qu’il procure, en font un endroit idéal pour un investissement. Avec 1’200’000 francs, les cinq amis rénovent complètement l’hôtel qui comprend quatorze chambres, un superbe jardin et un restaurant. «Ici le crédit est à 19% donc c’est très difficile d’emprunter pour construire un hôtel. Nous avions la chance d’avoir des fonds propres», explique Shyaka.

Géré sur place, par Yannick et Patrick, deux jeunes Rwandais, l’hôtel est dirigé à distance. Chacun des propriétaires vient visiter une fois par année. Une gestion rendue possible par les massifs investissements du gouvernement rwandais dans la digitalisation du pays. «Aujourd’hui grâce à la digitalisation, nous pouvons tout vérifier, le nombre de chambres et les paiements, comment contrôler notre publicité online», se félicite le trentenaire africain. Pour lui, certains systèmes sont même en avance sur l’Europe: «Ici, chaque fois qu’il se passe quelque chose sur ton compte tu reçois un SMS».

Vivre avec un dollar par jour

Chaque année, le Rwandais d’origine est surpris par le développement réalisé par son pays mais tient à souligner que Kigali n’est pas le Rwanda. Pour nous montrer la différence, il nous emmène en campagne. Malgré des routes flambant neuves, les habitants n’ont rien à voir avec la capitale. «Ici c’est le vrai Rwanda, où la plupart de la population vit avec un dollar par jour», explique-t-il au volant de son SUV achetée à d’occasion à un chasseur valaisan. Après avoir entendu parler du développement du nouvel aéroport, à Bugesera, il a acheté 10 hectares: «Ici le terrain coûte 1 franc le mètre carré. Mais dès que l’aéroport sera terminé tout va changer».

Encouragé par le succès de son investissement dans l’hôtel à Kigali, Shyaka souhaite développer un projet écologique. Les travaux devraient démarrer en décembre avec la construction de deux lodges et d’une pompe à eau solaire. Pour le Suisso-Rwandais, le pays pourrait devenir le Costa Rica de l’Afrique: «Vu que nous devons encore nous développer, nous avons une occasion unique de le faire de façon écologique». Alors que nous visitons le terrain vague de ce projet devisé à 800 millions de dollars, qui deviendra le principal aéroport du pays, une dizaine de machines flambant neuves sont alignées au milieu de ce désert. N’en croyant pas ses yeux, il s’exclame: «Chacune une de ces machines vaut un demi-million de dollar. Tout va tellement vite». Alors qu’il se tourne dans notre direction, il aperçoit une femme âgée, à la recherche de bois. Tu vois cette vieille dame ? L’arrivée de l’aéroport va tout changer. Elle aura peut-être enfin de l’eau potable et de l’électrité».

bilan.ch

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