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Le 9 août 2007, BNP Paribas met le feu à la crise des “subprimes” en Europe

Le 9 août 2007, BNP Paribas met le feu à la crise des “subprimes” en Europe

Un an avant la chute de Lehman, la banque annonce la fermeture de Sicav adossées aux subprimes américains. Une étincelle qui embrase la planète finance.

La crise financière à l’origine du crash n’a pas démarré, comme tout le monde le croit, le 15 septembre 2008 avec la chute de Lehman Brothers, mais un an plus tôt. C’est en fermant trois de ses fonds Sicav que BNP Paribas a mis, sans le savoir, le feu à la planète finance le 9 août 2007. Les investisseurs n’étaient pas au courant que ces Sicav « dynamiques », assurant un meilleur rendement, étaient adossées aux fameux crédits hypothécaires à risque américains, les subprimes.

Il n’y a aucun nuage à l’horizon en cet été 2007, au propre comme au figuré. La France a un nouveau président, Nicolas Sarkozy, élu le 6 mai. L’UMP a remporté haut la main les élections législatives et depuis le remaniement du 18 juin, l’ancienne avocate d’affaires, Christine Lagarde est ministre de l’Économie, des Finances et de l’Emploi. Le chômage est au plus bas sur fond de croissance soutenue.

En apparence, il n’y a donc pas de quoi s’inquiéter. L’établissement de la rue d’Autin a annoncé de bons résultats trimestriels le 2 août. BNP Paribas n’a pas de problème de liquidités. Par ailleurs, les montants des trois Sicav concernées (entre 2 et 3 milliards d’euros) sont dérisoires par rapport à la totalité des fonds sous gestion, soit 700 milliards d’euros. Tout va très bien, chers épargnants !

Panique

Lors de la conférence de presse, le directeur général, Baudouin Prot, affirme que la banque n’est pas impactée par les subprimes américains puisqu’elle n’en possède pas dans son bilan. C’est à la fois vrai et faux. Car il ignore que trois de ses fonds, destinés surtout à des investisseurs institutionnels, comprennent des crédits toxiques américains qui permettent d’offrir une rémunération supérieure aux porteurs comme à la banque. Au sein du mastodonte qu’est BNP Paribas, la main gauche, la direction générale, ignore ce que fait la main droite, la gestion de patrimoine.

Mais la planète financière danse sur un volcan. En mars-avril 2007, deux hedge funds liés à l’immobilier d’outre-Atlantique de la banque d’affaires new-yorkaise Bear Stearns font faillite. En juillet 2007, des structures identiques vendues par deux institutions françaises, la banque Oddo et l’assureur Axa, sont fermées. Avec le renflouement, fin juillet, par les autorités allemandes de la banque IKB menacée de faillite, la situation s’assombrit.

Depuis la fin juillet, les trois Sicav de BNP Paribas, fortement exposées au risque de crédit américain, sont l’objet de retraits massifs par des investisseurs paniqués par la propagation de la crise des marchés des subprimes américains à l’Europe. Le 6 août, la situation des Sicav-maison empire. BNP Paribas est dorénavant incapable de les valoriser quotidiennement, du jamais-vu depuis les attentats du 11 septembre 2001.

Étincelle

Le 8 août, la direction décide de suspendre temporairement les trois véhicules en attendant des jours meilleurs. Mais le bref communiqué publié le 9 août à 7 heures du matin comprend un mot malheureux : « liquidités ». Le mot explosif est lâché. Le texte jette la suspicion sur l’état réel de la trésorerie non seulement de BNP Paribas, mais des banques européennes totalement solvables, mais désormais soupçonné d’être incapables, grâce aux capitaux propres, de faire face à leurs engagements.

L’annonce est l’étincelle qui embrase les marchés affolés. Si une banque comme BNP Paribas, deuxième établissement de la zone euro, claquemure ses fonds, c’est qu’il se passe quelque chose de grave. C’est l’apocalypse dû à l’effet papillon, ce battement de l’aile d’un papillon au Brésil capable de provoquer une tornade au Texas, sur fond de doutes sur la qualité des subprimes, d’absence de traçabilité des placements, de surdimension du système bancaire et de l’envolée de l’endettement comme des risques.

Coup de massue

En fin de matinée, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, sauve le système bancaire européen en injectant 95 milliards d’euros, soit trois fois le PIB du Luxembourg. Depuis Francfort, « Super Jean-Claude » réussit un sans-faute. Quand il y a une crise de ce genre, le coup de massue est obligatoire. La décision de la BCE a une énorme portée psychologique. Les banques, et par ricochet, l’économie réelle, ont été préservées ce jour-là du risque systémique. Les Bourses se stabilisent. L’incendie apparaît bel et bien circonscrit. Trichet est d’ailleurs désigné « personnalité de l’année », décerné par le Financial Times, c’est le titre le plus envié des décideurs de ce monde.
Le 28 août, BNP Paribas rouvre ses trois Sicav. Les investisseurs n’ont rien perdu. Mais le mal est fait. La confiance, mot-clé de la vie des affaires, est durablement ébranlée. Lehman Brothers s’effondre un an plus tard.

lepoint

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