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Le blé au cœur de la géopolitique mondiale

Le blé au cœur de la géopolitique mondiale

Base de l’alimentation quotidienne de 3 milliards de personnes dans le monde, le blé, à la différence des autres céréales, a surtout pour vocation de nourrir les hommes. Cette spécificité donne au blé une dimension géopolitique sans doute inégalée, un pouvoir stratégique et une valeur diplomatique.

Dans son ouvrage à paraître le 1er juillet prochain, Géopolitique du blé. Un produit vital pour la sécurité mondiale, aux éditions IRIS/Armand Colin, Sébastien Abis, administrateur au secrétariat général du Ciheam (Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes), rappelle deux événements de l’histoire contemporaine qui ont été marqués par l’utilisation du blé comme arme stratégique. En 1979, au moment de la signature de l’accord de paix entre l’Egypte et Israël, Henry Kissinger, alors secrétaire d’Etat américain, pose sur la table de négociations le blé comme moyen de coercition. Si le président Anouar el-Sadate s’obstinait à ne pas parapher les documents, le robinet à blé des Etats-Unis vers l’Egypte serait fermé. Plus méconnu encore, l’achat de blé sur le marché américain par les Soviétiques dans les années 1970, après des récoltes très faibles en URSS et dans le cadre du rapprochement entre Léonid Brejnev et Richard Nixon. Il est certain qu’en achetant du blé à Washington, Moscou mettait à l’époque, symboliquement, un premier genou à terre.

Quatrième producteur mondial de blé, les Etats-Unis figurent en tête des pays exportateurs, exerçant ainsi une assise certaine sur les affaires céréalières mondiales. Washington exporte partout ou presque sur le globe, mais son hégémonie faiblit, concurrencée par l’Union européenne, le Canada, l’Australie et peut-être surtout les pays de la mer Noire, Russie, Ukraine et au-delà, le Kazakhstan. Seulement à peine vingt pays dans le monde peuvent produire du blé pour à la fois nourrir leurs populations et libérer des surplus à l’exportation quand les habitants de près d’une centaine consomment régulièrement du blé. Des régions comme l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient sont particulièrement dépendantes des marchés extérieurs. L’Egypte figurant en tête des pays importateurs, suivie, on peut s’en étonner quand on considère sa puissance agricole, par le Brésil.

Une valeur stratégique

La capacité ou non d’un pays à produire du blé en quantité suffisante, fait de lui une puissance ou un Etat vulnérable. D’où la valeur stratégique de cette céréale. L’Ukraine et le Kazakhstan… des pays à suivre, tant « ils ont compris le poids de l’agriculture dans les stratégies commerciales », estime Jean-Jacques Hervé, responsable de l’agriculture au Crédit Agricole Bank d’Ukraine et auteur de L’Agriculture russe. Du Kolkhoze à l’hypermarché, publié aux éditions L’Harmattan.

L’hyperdépendance de l’Egypte et de la région en général, fait du Moyen-Orient un espace fragile. Pour Racha Ramadan, maître de conférence à la faculté d’économie à l’Université du Caire, « l’Egypte l’a bien intégré, qui a mis sur pied des réformes pour réduire ses importations, qui pour un tiers proviennent de Russie ». Reste à savoir si l’augmentation de la production locale permettra d’alléger la facture face à la pression démographique dans de nombreuses régions du monde.

Le blé, un bien mondialisé. La question de son accès est devenue prégnante. Beaucoup d’insécurités humaines sont reliées à des insécurités alimentaires. Dans un contexte de besoins croissants, la concurrence entre les grands greniers à blé va s’intensifier.

Marie-France Chatin
rfi.fr

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