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Le boom des fusions fait les choux gras de Wall Street

Le boom des fusions fait les choux gras de Wall Street

Goldman Sachs, le maître du genre, a vu son profit trimestriel bondir de 40 %.

Les banques de Wall Street doivent une fière chandelle aux groupes de pharmacie et de télécommunications. Ils n’ont en effet jamais annoncé autant de mariages depuis la crise financière. Le montant des fusions et acquisitions lancées au cours du premier trimestre 2015 représente l’équivalent de 900 milliards de dollars, soit pratiquement autant que le record de 2007.

C’est pain bénit pour les banques, qui monnaient leurs conseils au prix de lourdes commissions. Goldman Sachs est le maître du genre. Il est intervenu dans 40 % des « deals » annoncés au dernier trimestre, selon les données publiées par Thomson Reuters, accaparant près de 1 milliard de dollars de commissions au passage (960 millions précisément). Il affiche un peu moins de 3 milliards de profits sur trois mois, soit 40 % de plus qu’à la même période de l’année précédente !

JP Morgan a aussi profité du boom des fusions en augmentant ses activités de conseil de l’ordre de 42 % sur un an. Comme Goldman Sachs, il a ravi la Bourse en surpassant les attentes. Il a ainsi réussi l’exploit de dégager 6 milliards de dollars de profits sur trois mois, dépassant sa performance déjà exceptionnelle de 2014 (la meilleure année de son histoire).

L’accélération des fusions n’explique pas tout. Si les banques américaines se portent bien, c’est surtout grâce à la volatilité des marchés. Plus les valeurs bougent, plus leurs clients ont envie d’acheter et de ­vendre des actifs. Le pôle banque d’investissement de JP Morgan a ainsi engrangé 10 milliards de dollars de revenus entre janvier et mars, soit 8 % de plus qu’il y a un an. « Nous avons là un établissement exceptionnel qui prend moins de risques et continue de gagner des parts de marché », s’est félicité son PDG, Jamie Dimon. Les actionnaires applaudissent : ils ont propulsé le cours de Bourse à son plus haut niveau depuis quinze ans.

Le tableau est moins glorieux pour Bank of America, qui tente de rebondir après une année noire, marquée par une amende de 16 milliards de dollars au titre de ses malversations pendant la crise financière. La banque a enfin renoué avec les profits au premier trimestre, dégageant un bénéfice net de 2,98 milliards de dollars sur trois mois. Mais la performance tient moins au redressement de son chiffre d’affaires qu’à la maîtrise de ses coûts. Ses revenus ont ainsi reculé de 6 %. Comme les autres, elle profite du dynamisme des fusions et acquisitions. Mais ses activités de marché s’effondrent de 27 %. Avec des taux d’intérêt au plus bas, la banque n’arrive pas à faire prospérer ses activités de « fixed income ». Le courtage des obligations, matières premières, taux et devises génère ainsi 7 % de recettes de moins qu’il y a un an.

Assèchement du marché

Bank of America n’est pas le seul à s’en émouvoir : le lobby bancaire international (IFF) a tiré la sonnette d’alarme jeudi en adressant un courrier au FMI. Il dénonce les effets catastrophiques provoqués par les grandes banques centrales, qui assèchent le marché en achetant des actifs à tout-va. Proches de zéro, les taux d’intérêt brisent tout espoir de faire des bénéfices par ailleurs.

Comme Bank of America, Citigroup joue la carte de l’austérité. Il s’est retiré d’une vingtaine de pays récemment (Japon, Turquie, Hongrie, Pérou, etc.). Il a fermé nombre d’agences aux Etats-Unis et cédé des activités jugées non stratégiques, tel le crédit à la consommation. Longtemps considéré comme le mauvais élève de Wall Street, le groupe a fait progresser son bénéfice trimestriel de plus de 20 % par rapport à 2014 (à 4,8 milliards), bien au-delà des attentes. Il est «  en voie d’atteindre ses objectifs pour l’année », s’est félicité son directeur général, Michael Corbat.

Lucie Robequain / Correspondante à New York
lesechos.fr

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