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Le Brésil s’enfonce dans le scandale politico-financier de Petrobras

Le Brésil s’enfonce dans le scandale politico-financier de Petrobras

Les malversations porteraient sur 4 milliards de dollars en dix ans et le groupe pétrolier, incapable de publier des résultats détaillés, chute lourdement en bourse

Découvert il y a moins d’un an, le scandale Petrobras n’en finit pas de faire des vagues. Non seulement il s’est invité dans la campagne électorale 2014 pour les législatives et la présidentielle afin de tenter de déstabiliser la candidate Dilma Rousseff, mais son ampleur qui s’affirme un peu plus chaque jour, affaiblit considérablement la principale entreprise du pays.

A partir d’une simple station-service, les enquêteurs ont mis à jour début 2014 l’existence d’un cartel de sous-traitants incluant les plus grandes entreprises de construction du pays, qui versaient des dessous-de-table à certains directeurs de Petrobras pour obtenir de juteux contrats. Trente neuf personnes au total, entrepreneurs de construction et ex-responsables du groupe pétrolier, sont soupçonnés d’être impliqués dans cette affaire, qui en même temps fait des ravages dans les milieux politiques. Une partie de ces pots-de-vin étaient en effet reversés à des parlementaires, principalement de la coalition de gauche au pouvoir, dont les noms sont encore, à ce jour, couverts par le secret de l’enquête. D’anciens ministres, les présidents des deux chambres du Parlement sont concernés tout comme les proches de Dilma Rousseff, même si aucun acte d’accusation n’a encore été formulé. La présidente du Brésil est d’autant moins à l’aise qu’elle a été, dans le passé, ministre de l’Energie et présidente du Conseil d’administration de Petrobras. José Dirceu, l’ancien bras droit de Lula est lui aussi dans le collimateur de la justice. Il aurait reçu plus de 3,7 millions de réals (1,26 million d’euros) entre 2009 et 2013 d’entreprises de construction toutes impliquées dans ce scandale. Selon la police, et alors que toutes les ramifications n’ont pas été mises au jour, les malversations au sein de Petrobras s’élèveraient selon la police à près de quatre milliards de dollars en dix ans. Un chiffre invérifiable pour l’instant tant l’affaire n’en est qu’à son début. Qu’importe, elle illustre la collusion entre le pouvoir politique et l’entreprise. Ainsi, la nomination des dirigeants du groupe avait un caractère éminemment politique, ces postes étant réservés à de fidèles serviteurs du gouvernement. Des commissions correspondant à 3 % des contrats passés par Petrobras auraient alimenté les caisses noires des formations politiques proches du pouvoir, celles-là mêmes qui procédaient aux nominations.

Plaidoyer de Dilma Rousseff

Le scandale Petrobras montre, tout autant, le haut degré de corruption qui demeure au Brésil . La veille de la publication des résultats du groupe pour le 3ème trimestre, Dilma Rousseff a pourtant pris la défense de Petrobras et des entreprises impliquées dans les malversations. « Nous devons fermer la porte à la corruption. Mais nous ne pouvons absolument pas fermer la porte à la croissance, au progrès et à l’emploi », a-t-elle clamé. Sans critiquer l’action de la justice, Dilma Rousseff a fait remarquer que la lutte contre la corruption « ne peut pas être synonyme de destruction des entreprises privées » qui sont « essentielles » pour l’économie brésilienne. Elle a demandé que les sanctions visent les directeurs corrompus, et non pas les entreprises.

Michel de Grandi / Journaliste, service international
lesechos.fr

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