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Le Brexit va saper la finance de Londres

Le Brexit va saper la finance de Londres

Centre bancaire mondial, la capitale britannique verra une partie de son activité transférée vers des villes au sein de l’UE. L’ampleur du phénomène dépendra de décisions politiques.

Le Brexit ne sera pas effectif avant avril 2019. Après que la première ministre britannique Theresa May a déclenché le 29 mars l’article 50 du traité sur l’Union européenne, le Royaume-Uni dispose de deux années pour négocier sa sortie de l’UE. Même si les discussions formelles n’ont pas encore débuté, le monde des affaires s’agite depuis déjà longtemps. Et en particulier le secteur bancaire.

«Toutes les entités financières réfléchissent aujourd’hui sur la base du scénario du pire, celui d’un Brexit dur, afin de s’assurer que leurs clients n’aillent pas voir ailleurs par crainte de ne pas avoir accès aux mêmes services qu’aujourd’hui, explique Mark Boleat, responsable de la stratégie de la City of London. N’oublions pas que de nombreuses banques se sont installées à Londres parce que le Royaume-Uni est membre de l’UE. A l’image d’UBS, elles doivent désormais dévoiler leurs plans pour l’avenir.»

Goldman Sachs, AIG, JP Morgan Chase, Morgan Stanley et Deutsche Bank ont déjà fait savoir qu’elles déplaceront certains emplois dans d’autres juridictions européennes. Selon la firme de consulting EY, plus d’un quart des 222 plus grandes institutions financières britanniques qu’elle suit ont indiqué qu’elles pourraient transférer des ressources hors du pays ou changer de domicile suite au Brexit.

Francfort, avec son écosystème bancaire, fait figure de favori pour les attirer, alors que Dublin espère profiter de son statut de dernier pays anglophone de l’UE et de son faible taux d’imposition. JP Morgan a d’ailleurs admis avoir acheté un nouvel immeuble qui pourrait accueillir 1000 employés. Mais avec l’élection du libéral et probusiness Emmanuel Macron en France, Paris pourrait redevenir séduisante, aux yeux des entités étrangères. Quoi qu’il en soit, face à la difficulté de reproduire l’environnement londonien, le secteur financier se fragmentera et perdra ainsi les avantages liés aux économies d’échelle.

Des dommages difficiles à évaluer

Reste à savoir à quel point en pâtira l’attractivité londonienne. Cette évolution dépendra avant tout des choix politiques qu’effectueront les autorités européennes. La plupart des banques semblent déjà résignées à perdre leur passeport européen, qui leur permet actuellement d’opérer dans toute l’UE sans avoir à ouvrir de filiales dans chacun des pays.

«Mais toutes les permissions accordées aux activités bancaires ne seront pas perdues une fois le Brexit effectif, rappelle Simon Ainsworth, un des vice-présidents de l’analyste Moody’s. Même si cela concerne surtout les activités d’investissement, l’accord MIFID II, qui entrera en vigueur en janvier 2018, devrait permettre aux banques de bénéficier des mêmes droits d’accès qu’aujourd’hui. Mais pour cela, la Commission européenne doit décider que les approches réglementaires européenne et britannique sont équivalentes, ce qui n’est pas évident.»

L’attitude de la Banque centrale européenne est également scrutée de près. Elle pourrait en effet imposer aux institutions financières d’être basées dans l’UE pour pouvoir se charger des compensations des transactions en euro. «La plupart des firmes basées à Londres disposent toutefois d’une filiale au sein de l’UE qui leur permettrait de poursuivre leurs activités avec peu de mouvement de personnes et de fonctions», tempère Simon Ainsworth.

Rien ne dit que cela sera suffisant. Mark Boléat, de la City of London, estime que les transferts d’emplois seront limités à court terme. Très pessimiste, cependant, il redoute que «si leurs filiales européennes fonctionnent bien, certaines entreprises se diront que cela ne vaut plus la peine de poursuivre leur activité britannique en raison du coût élevé des affaires à Londres. Elles n’auront alors pas d’états d’âme.»

TRISTAN DE BOURBON
bilan.ch

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