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Le cruel destin d’HTC, précurseur du smartphone

Le cruel destin d’HTC, précurseur du smartphone

Considéré comme le meilleur rival d’Apple en 2011, HTC – qui vient de vendre une partie de son activité à Google – ne représente aujourd’hui plus que 0,5% du marché des smartphones. Retour sur le lent déclin d’un pionnier.

Google rachète une partie des équipes smartphone de HTC pour 1,1 milliard de dollars. Cet accord entre les deux entreprises remet en question l’avenir du Taïwanais sur le marché des smartphones. Deux mille employés des équipes R&D et Design de HTC vont rejoindre Google pour se consacrer à la division matérielle du géant du Web, bien décidé à concurrencer directement Apple. Si l’entreprise assure qu’elle continuera à sortir des terminaux de son côté, son destin de précurseur ne peut qu’être freiné par cette annonce.

Google et HTC se connaissent bien. En 2008, le Taïwanais devenait la première entreprise à proposer un smartphone tournant sous Android, la réponse de Google à l’iPhone OS d’Apple. L’HTC Dream était un appareil hybride entre un iPhone et son écran tactile et des smartphones plus traditionnels à clavier. Deux ans plus tard, Google s’alliait de nouveau avec HTC pour concevoir son premier Nexus, un téléphone proposant une expérience Android pure et facilement mis à jour. HTC était aussi le constructeur de certaines tablettes Google, comme la Nexus 9, ou plus récemment du smartphone Pixel, le premier à porter le nom de Google. Bien avant de travailler avec Google, HTC était l’allié de Microsoft. En 2002, alors que le projet d’iPhone n’avait pas encore commencé chez Apple, HTC rejoignait un étonnant consortium composé de Samsung, Sendo et Compal pour concevoir le premier téléphone équipé de Windows Mobile, une version portable du système de Microsoft. En enchaînant les alliances avec Microsoft et Google, HTC était un des premiers à avoir anticipé la révolution du smartphone.

Peter Chou, faux Steve Jobs

Avec 8,8% de parts de marché en 2011, il était impossible d’imaginer un tel déclin pour HTC. Apple, alors en très bonne position, était concurrencé par deux outsiders: Samsung et HTC. Beaucoup imaginaient déjà l’entreprise taïwanaise devancer Apple et devenir numéro 1 du smartphone un jour. Pourtant, HTC n’a pas réussi à conserver sa croissance, les ventes de ses nouveaux smartphones devenaient de plus en plus décevantes malgré de bonnes critiques et l’entreprise quittait rapidement le top 10 des meilleurs vendeurs de smartphones, se voyant rattrapée par des nouveaux acteurs comme Huawei, Vivo ou Oppo. Samsung, de son côté, devenait numéro 1 et dépasse toujours Apple aujourd’hui. Incapable de se relever, le précurseur du smartphone est largement devancé par le duopole incarné par les constructeurs coréen et californien.

Derrière HTC, il y avait Peter Chou, cofondateur de l’entreprise et PDG de 2005 à 2015. L’emblématique patron de la marque, souvent perçu comme le Steve Jobs taïwanais, n’avait qu’un seul mot à la bouche: «iconique». Son objectif était de propulser HTC au premier rang des entreprises technologiques mondiales et d’en faire tout simplement la référence. En mars 2015, après des résultats toujours plus décevants, Peter Chou est remplacé par Cher Wang, l’autre cofondatrice de la marque. Un temps placé à la tête du groupe «Projets du Futur», Peter Chou quittait définitivement le navire HTC en 2016, tournant une page de l’entreprise qui devait réussir à se réinventer.

La réalité virtuelle pour survivre

Depuis l’année dernière, HTC commercialise le Vive, le casque de réalité virtuelle le plus haut de gamme du marché. Si l’appareil domine sa concurrence, le marché de la réalité virtuelle peine encore à décoller et ne trouve pas d’autre public que celui du jeu vidéo. Après avoir longtemps fait l’objet de rumeurs de vente, le business réalité virtuelle d’HTC devrait finalement constituer le cœur de sa réinvention une fois le deal avec Google conclu. Si l’entreprise affirme qu’elle continuera à fabriquer des téléphones, le doute est permis. En se séparant de la moitié de son effectif smartphone, tout en souffrant d’une faible part de marché, continuer à investir dans la téléphonie mobile semble un pari risqué pour HTC.

De son côté, Google se félicite de cet accord concrétisant un plan lancé il y a plusieurs années: celui de devenir un constructeur d’appareils en plus d’un développeur de logiciel. L’entreprise avait déjà tenté en 2012 une telle opération en rachetant Motorola pour 12,5 milliards de dollars, avant de le revendre à Lenovo pour moins de 3 milliards. En rachetant seulement la division en charge des smartphones Pixel, Google se montre plus prudent et ne fait qu’achever sa transformation en un créateur de produits. En plus des appareils existants comme le Google Wifi ou le Google Home, l’entreprise doit annoncer le 4 octobre la seconde génération du smartphone Pixel, toujours conçu par HTC. «Ce n’est que le début pour l’activité matérielle de Google» affirme Rick Osterloh, vice-président matériel du géant du web.

Nicolas Lellouche
lefigaro

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